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Le Coran m’a appris (n°47) - Parler comme le Coran : une éthique oubliée

  • il y a 2 heures
  • 7 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

Le Coran m’a appris que la parole n’est jamais neutre. Elle est orientation, direction, intention. Elle peut conduire vers la clarté comme elle peut plonger dans la confusion. Dans le Livre révélé, parler n’est pas simplement transmettre une information : c’est engager une responsabilité.


Le Coran m’a appris que la première exigence de la parole est la droiture. Il est dit de dire une parole droite, qawlan sadîdan. Une parole qui ne dévie pas, qui ne manipule pas, qui ne contourne pas la vérité. Dans un monde où l’on ajuste souvent ses mots à ses intérêts, cette exigence rappelle que la vérité n’est pas négociable sans que l’âme ne s’altère.


Le Coran m’a appris que la vérité, pourtant, ne suffit pas si elle n’est pas portée avec douceur. A Moïse, envoyé face à l’un des tyrans les plus redoutables, il est demandé de parler avec douceur qawlan layyinan. Cette injonction bouleverse nos réflexes : même face à l’injustice, la parole ne doit pas devenir violence. La douceur n’affaiblit pas le message, elle lui donne accès au cœur.


Le Coran m’a appris que la parole doit préserver la dignité, qawlan ma‘roûfan. Parler convenablement, c’est respecter l’autre même dans le désaccord, maintenir une forme de noblesse dans l’échange. Une société se reconnaît à la manière dont ses membres se parlent, surtout lorsqu’ils divergent.


Le Coran m’a appris que certaines paroles exigent une élévation particulière, qawlan karîman. A l’égard des parents, la parole doit être noble, presque enveloppante. Non seulement exempte de dureté, mais chargée de respect, de délicatesse, de gratitude. Ici, parler devient un acte de reconnaissance.


Le Coran m’a appris que la parole est aussi une épreuve. Il ne s’agit pas seulement de savoir quoi dire, mais quand le dire, et pourquoi. Une parole juste au mauvais moment peut blesser ; une parole retenue au bon moment peut protéger. Le discernement fait partie intégrante de l’éthique du langage.


Le Coran m’a appris que le silence n’est pas un vide, mais une possibilité. Ne pas répondre à l’ignorance par l’ignorance, ne pas nourrir la provocation, savoir se retirer lorsque la parole perd son sens. Le silence devient alors une forme de sagesse active.


Le Coran m’a appris que la parole construit des relations durables. Un mot peut ouvrir un cœur fermé, apaiser une colère, restaurer une confiance. Mais il peut aussi, s’il est mal employé, installer une distance, créer une rupture, laisser une trace difficile à effacer.


Le Coran m’a appris que la responsabilité de la parole dépasse l’instant où elle est prononcée. Elle continue d’agir dans la mémoire de celui qui l’a reçue. Elle peut devenir un souvenir lumineux… ou une blessure persistante.


Le Coran m’a appris que dans le débat, la parole doit élever et non humilier. Argumenter sans mépriser, exposer sans écraser, convaincre sans dégrader. La force d’une parole ne se mesure pas à sa capacité à dominer, mais à sa capacité à éclairer.


Le Coran m’a appris que parler, c’est finalement se positionner face à soi-même. Chaque mot révèle une part intérieure : sincérité ou calcul, patience ou précipitation, humilité ou orgueil. La parole devient ainsi un miroir discret mais fidèle.


Le Coran m’a appris que la langue peut être un chemin de purification. En la disciplinant, en la surveillant, en l’orientant vers le bien, le croyant affine son cœur. Car ce qui sort de la bouche façonne peu à peu ce qui habite l’intérieur.


Le Coran m’a appris que le message divin ne se limite pas à être récité avec justesse, mais à être incarné dans la manière de parler. Il ne s’agit pas seulement de porter le texte, mais de refléter son esprit dans chaque échange.


Le Coran m’a appris que l’éthique de la parole est une école de transformation. Elle commence par un effort conscient, puis devient une habitude, et enfin une nature. A ce stade, la parole juste ne se force plus : elle coule avec évidence.


Le Coran m’a appris que chaque mot est une trace laissée dans le monde, une empreinte invisible mais réelle. Et que, tôt ou tard, l’homme se retrouvera face à ce qu’il a semé.


Le Coran m’a appris que parler, ce n’est pas seulement dire… c’est déjà orienter.


Un mot qui éclaire… ou un mot qui égare.



*Article paru dans le n°108 de notre magazine Iqra.




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