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Résonances abrahamiques (n°42) - Yom Kippour : les cinq offices du pardon

il y a 1 heure
5 min de lecture

Par Raphaël Georgy

Le judaïsme et l’islam partagent une conception similaire du pardon des fautes envers Dieu et autrui. Mais elle trouve une expression singulière dans la fête juive de Yom Kippour, le jour du « grand pardon ». Cette année, elle coïncide avec la Journée internationale de la paix.


Un jour par an, la vie s’arrête. Les juifs du monde entier célèbrent Yom Kippour, le jour du « grand pardon » ou des « expiations », après dix jours de pénitence ouverts à Roch Hachana : c’est le jour le plus saint du calendrier juif. En 2026, il commence au coucher du soleil le dimanche 20 septembre et s’achève à la tombée de la nuit le lundi 21 septembre, dès que l’on peut distinguer trois étoiles dans le ciel. Les privations sont de plusieurs ordres : ne pas manger ni boire, ne pas se laver, ne pas s’oindre de parfum, ne pas porter de chaussures en cuir et s’abstenir de relations conjugales. Beaucoup portent le Kittel, une robe blanche simple qui évoque le linceul : tout dans ce rituel exprime l’humilité devant Dieu, suivant le commandement du livre du Lévitique.


De toute l’année, c’est le seul jour du calendrier juif à compter cinq offices de prière, contre trois à quatre les jours de fête. Le rituel s’ouvre par le chant du Kol Nidré (« tous les vœux ») qui annule tous les vœux non tenus envers Dieu. La Torah est bien sûr déroulée et lue pour rappeler le rite du grand prêtre au Temple de Jérusalem. On médite ensuite le livre biblique de Jonas où Dieu pardonne aux habitants de Ninive qui se repentent. La journée s’achève par une longue sonnerie du shofar, cette corne d’animal, souvent un bélier. Chaque office est rythmé par une confession collective, « Achamnou », c’est-à-dire « Nous avons fauté ».


Ce jour est aussi à l’origine de l’expression « bouc émissaire ». Le chapitre 16 du Lévitique met en scène deux boucs : l’un est offert en sacrifice, l’autre, « pour Azazel », est envoyé au désert. Le prêtre « confessera sur lui toutes les fautes des Israélites » puis « le bouc sera chargé de toutes leurs fautes et les emportera vers une terre inaccessible » (Lévitique 16, 21-22).


En plus des offices de prière et des privations, les juifs sont invités à demander pardon à ceux qu’ils ont blessés et à réparer leurs torts. Car la tradition rabbinique enseigne que Yom Kippour expie les transgressions entre l’homme et Dieu, mais pas celles entre l’homme et son prochain « tant qu’il n’a pas apaisé son prochain ». On trouve un parallèle direct dans le christianisme : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera, à vous aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes », dit Jésus dans l’Évangile de Matthieu (6, 14-15). Les chrétiens orthodoxes ont d’ailleurs conservé un « Dimanche du Pardon » le dernier dimanche avant le « Grand Carême » où chacun s’incline devant l’autre et lui demande pardon, pour entrer réconcilié dans le carême.


Dans l’islam, un célèbre hadith prophétique fait écho à cette sagesse : « Savez-vous qui est le failli ? (…) Le failli de ma communauté est celui qui viendra, au Jour de la Résurrection, avec des prières, un jeûne et une aumône, mais qui aura insulté l’un, calomnié l’autre, mangé le bien d’un autre, versé le sang d’un autre, frappé un autre. On donnera alors de ses bonnes actions à celui-ci, de ses bonnes actions à celui-là ».


En 2026, quand le judaïsme appelle les juifs à se réconcilier avec autrui, la Journée internationale de la paix invite le monde entier à la fin des conflits. Un jour par an, la vie s’arrête pour rappeler aux hommes ce qu’ils se doivent d’abord les uns aux autres : le pardon.



*Article paru dans le n°122 de notre magazine Iqra.




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