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Sabil al-Iman (n°86) - Le croyant, la Terre et le Pacte invisible


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Par Cheikh Khaled Larbi

Dans le souffle du vent, un rappel…

Dans la brûlure des étés, un signal…

Et dans le silence des nuits pesantes,

Une voix murmure aux voyageurs :

« La Terre n’est pas un décor… elle est un témoin constant. »


La Terre : un signe parmi les signes d’Allah

 

Le Coran ne parle pas de la Terre comme d’un simple globe, mais comme d’un symbole vivant, un texte parallèle au Texte révélé.


Allah dit : « Sur terre il y a des signes pour ceux qui sont doués de certitude. » (51 :20)


Ainsi, marcher sur la Terre, c’est lire une écriture subtile : les montagnes comme des encriers, les rivières comme des lignes d’encre, les arbres comme des lettres déployées, et les saisons comme des chapitres successifs.


Ibn ‘Arabi affirmait que la Terre est une immense mosquée, un lieu de prosternation étendu jusqu’aux frontières de l’horizon.


Le Prophète ﷺ dit d’ailleurs : « La Terre entière m’a été rendue mosquée et pure. »


Cette parole résonne aujourd’hui avec une force nouvelle : si la Terre est mosquée, polluer, gaspiller, détruire équivaut à profaner un lieu sacré.

 

Le dérèglement climatique : causes visibles et causes invisibles

 

Les scientifiques parlent d’émissions, de degrés, de courbes.


Le Coran parle de fasad, la corruption morale, matérielle, sociale, spirituelle : « La corruption est apparue sur terre et sur mer à cause de ce que les mains des hommes ont acquis » (30 :41) Les deux diagnostics se rejoignent.


Ils pointent vers le même cœur du problème : un excès, une rupture du Mizan, l’équilibre voulu par Dieu.


Les causes visibles : émissions de CO₂, mégafeux, surconsommation, agriculture intensive, pollution des océans.


Les causes invisibles : indifférence, oubli du sens, désir illimité, rupture du lien avec la gratitude, cœur qui ne voit plus la Terre comme une Amana, une fiducie déposée chez l’homme. Le croyant sait que le dérèglement climatique est aussi un dérèglement du rapport intérieur au monde.

 

 

Belém 2025 : un tournant spirituel de l’humanité

 

Belém ne sera pas une simple conférence internationale. C’est la première fois qu’une COP se tient au cœur de l’Amazonie, là où les arbres respirent pour tous, les rivières dialoguent avec le ciel, les nuages naissent de la forêt, et les peuples autochtones vivent encore dans une éthique de sobriété.

 

Belém 2025 symbolise une idée nouvelle : une écologie du destin commun, où chaque nation reconnaît que son avenir dépend de l’autre.


La tradition musulmane parle de khilafa, la responsabilité spirituelle de l’être humain.


Belém en est la traduction contemporaine : une fiducie collective, non plus seulement religieuse, mais civilisationnelle.

 

La France face aux défis écologiques

 

La France n’est plus épargnée.


Chaque année apporte son lot de signaux : pluies trop faibles dans le Var, vignobles perturbés, nappes phréatiques en déficit chronique, canicules à répétition, hausse notable des prix alimentaires, tensions autour de l’usage de l’eau, multiplication des incendies dans le Sud-Est.


L’enjeu écologique est devenu une question quotidienne : éteindre une lumière, limiter le gaspillage alimentaire, choisir les transports doux, réduire la consommation d’eau des ablutions, apprendre à nos enfants la valeur de chaque goutte.

 

L’écologie n’est plus un débat idéologique : elle est un art de vivre, un acte de foi, une éthique de citoyen.

 

Le chemin du croyant : sobriété, gratitude, responsabilité

 

Dans un monde où tout pousse au gaspillage, le croyant doit retrouver la voie du Qasd, la modération. Le Prophète ﷺ a dit : « Mangez, buvez, donnez et habillez-vous… mais sans excès ni orgueil. » Cette simple parole résume une politique environnementale mondiale.


Le croyant moderne ne peut plus se contenter de prières et d’invocations : il doit agir, recycler, réduire, protéger.


Il doit se demander : « Quels seront mes témoins le Jour du Jugement ? La Terre parlera-t-elle contre moi… ou pour moi ? »


Dans la théologie musulmane, les lieux, les objets, les membres témoignent.


La Terre aussi témoignera.

 

Ô fidèle voyageur, marche léger…

Car la Terre compte chacun de tes pas.

Écoute son souffle avant qu’il ne soit trop tard,

Et fais de chaque jour un pacte renouvelé :

Protéger la création, c’est remercier le Créateur.

 


*Article à paraître dans le n°86 de notre magazine Iqra.



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À LIRE AUSSI :

Sabil al-Iman (n°76) - Le Prophète ﷺ, école de miséricorde et de foi



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