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Lumière et lieux saints de l'Islam, à la découverte des mosquées du monde (n°82) - Yaama : la mosquée qui surgit de la terre et s’élève vers Dieu


Par Noa Ory

Au cœur de la région de Tahoua, là où la savane pâle dialogue avec l’horizon sahélien, la mosquée de Yaama se dresse comme une prière longuement pétrie dans la glaise. Elle semble naître du sol même, telle une ascension minérale vers le ciel, souvenir éternel de la première poignée d’argile dont Dieu façonna Adam. Là-bas, tout parle de terre, et tout parle de foi.


Construite au fil des années par les mains d’un peuple uni dans son espérance, la mosquée de Yaama est née de la volonté des anciens du village. En 1962, ils voulurent un sanctuaire à la mesure de leur dévotion : un lieu où, chaque vendredi, la Parole descendue puisse retentir jusqu’aux confins du désert. Ils confièrent cette mission à l’un des leurs : Elhadj Mamoudou, dit Falké, un cultivateur devenu maître-maçon, artisan de l’invisible et sculpteur de lumière.


Avec des moyens simples, il éleva d’abord une salle de prière rectangulaire, soutenue par des rangées d’arches austères, afin que l’édifice fût achevé avant la saison des pluies. Ainsi naquit le premier sanctuaire : humble, voulu pour durer, porteur de l’attente d’un avenir plus vaste.


Mais le destin de Yaama n’était pas achevé


Le constructeur entreprit le pèlerinage sacré vers La Mecque en 1966. Dans les cités saintes, il vit ce que l’œil du village n’avait jamais contemplé : des coupoles comme des cieux ordonnés, des tours qui veillent comme des anges, des volumes qui laissent la lumière circuler comme une présence divine. Ces formes, il ne les copia pas : il les apprit. Il les laissa infuser en lui comme une eau de source qui féconde la terre à son retour.


Alors, Yaama se transforma


Dès 1975, Falké entreprit une renaissance du premier édifice. Il ôta une colonne afin d’ouvrir un vide, une respiration au centre de la salle, et y fit jaillir une coupole : la voûte céleste descendue à hauteur d’homme. Ses arcs, modelés de branchages pliés et enrobés d’argile, croisent leurs élans comme des doigts en oraison. Une danse de nervures conduit l’œil du fidèle vers le haut : là où se trouvent le Mystère, et la miséricorde qui descend.



Quatre tours, ensuite, furent ajoutées aux angles, comme quatre sentinelles en prière. Massives d’abord, elles s’effilent en montant, jusqu’à se couronner d’éléments ajourés où le vent murmure les Noms divins. Sur deux d’entre elles courent des escaliers secrets, permettant d’accéder au toit : marcher là-haut, c’est emprunter brièvement le chemin des minarets, c’est rejoindre les anges sur la ligne d’horizon.


La façade se couvre de jeux de reliefs, de petites ouvertures, de motifs à peine gravés dans la glaise : l’ornement ne veut pas éblouir, il veut signifier. Chaque creux, chaque saillie est un mot de l’alphabet silencieux de la piété.



À l’intérieur, huit rangées de piliers soutiennent la foi du village. Le banco, cette terre pétrie de paille, séchée au soleil et nourrie du souffle des artisans, enveloppe les fidèles dans une douceur rustique, comme si la maison de prière était elle-même une mère.


Et sous la coupole centrale, la lumière se fait prière


La mosquée fut achevée en 1982. Quatre années plus tard, le monde entier salua ce geste collectif : en 1986, le Prix Aga Khan d’Architecture honora Yaama comme une création où la beauté ne se sépare jamais de l’âme, où l’architecture ne peut être comprise qu’à travers le cœur de ceux qui l’ont construite.


Ce monument, qui n’est ni palais ni forteresse, est une œuvre vivante. Les villageois continuent de l’entretenir, car une mosquée en terre n’est jamais achevée : elle se renouvelle comme la foi, elle respire comme l’homme qui prie en elle. Elle appartient à toutes les mains du village, comme elle appartient à Dieu.



Aujourd’hui encore, la mosquée de Yaama, centre de vie, centre de l’Esprit, demeure un témoignage éclatant : celui d’une communauté qui a su, avec la seule terre de son territoire et la seule lumière de son âme, ériger un sanctuaire où le ciel vient toucher la poussière des hommes.


Yaama parle d’un islam enraciné, humble et grandiose à la fois, qui fait de la terre une échelle vers l’Éternel.




*article paru dans le n°88 de notre magazine Iqra.



 

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1 commentaire


msalz
msalz
08 déc. 2025

.,.,

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