Le Coran m’a appris (n°53) - L’enfant : un dépôt sacré entre nos mains
- 15 juin
- 8 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi
Entre les mains de l’homme, Dieu dépose parfois un trésor plus précieux que l’or, plus fragile que le cristal et plus fécond que les moissons : l’enfant.
Entre l’innocence qui éclot et l’avenir qui s’écrit, entre le regard qui découvre et le cœur qui s’ouvre, se trouve une responsabilité qui élève ou qui éprouve. L’enfant n’est ni une propriété que l’on possède, ni un projet que l’on façonne à son gré, il est une âme confiée, une promesse déposée, une Amana sacrée dont chacun devra rendre compte au Jour où les secrets seront dévoilés.
Le Coran ne parle jamais de l’enfance comme d’une simple étape biologique. Il l’inscrit dans l’ordre du sacré. Il rappelle que les fils et les filles sont à la fois une grâce accordée par le Très-Haut et une épreuve par laquelle se mesure la sincérité des cœurs :
« Vos biens et vos enfants ne sont qu’une épreuve, tandis qu’auprès d’Allah se trouve une immense récompense. »
Coran 64, v. 15
Ainsi, lorsque le croyant contemple un enfant, il ne voit pas seulement un être à nourrir ou à instruire, il voit une confiance divine placée entre ses mains.
Une Amana avant d’être une responsabilité
Dans la vision coranique, toute mission confiée à l’être humain relève de l’Amana, cette confiance dont la charge est si lourde que les cieux, la terre et les montagnes refusèrent de la porter :
« Nous avions proposé le dépôt aux cieux, à la terre et aux montagnes, ils refusèrent de le porter et en furent effrayés. L’homme, lui, s’en est chargé. »
Coran 33, v. 72
L’enfant entre pleinement dans cette logique de la con-fiance sacrée. Les parents, les éducateurs, les institutions et la société tout entière deviennent dépositaires d’une mission qui les dépasse.
Le grand exégète Ibn Kathir écrivait : « Toute personne à qui Allah confie une responsabilité sera interrogée à son sujet. » Cette responsabilité ne se limite pas à la protection physique. Elle englobe l’éducation morale, l’équilibre affectif, la transmission des valeurs et l’accompagnement spirituel.
Le Prophète ﷺ a résumé cette vérité dans une parole devenue un principe universel : « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son trou-peau. » (Rapporté par El-Boukhari et Mouslim).
A travers ce hadith, l’enfant cesse d’être un simple bénéficiaire de soins, il devient le miroir de notre propre responsabilité devant Dieu.
Le respect de la dignité dès les premiers instants
L’une des révolutions silencieuses apportées par le Coran fut de restaurer la dignité de l’enfant dans une société où certains nourrissons étaient privés du droit même de vivre. Le Livre révélé condamna avec force l’infanticide :
« Et lorsque la fillette enterrée vivante sera interrogée : pour quel péché a-t-elle été tuée »
Coran 81, v. 8-9
Ces versets demeurent parmi les plus bouleversants du Coran. Ils proclament que même la voix étouffée d’un enfant innocent sera entendue devant le Tribunal divin.
Bien au-delà de l’Arabie ancienne, ce principe fonde une règle intemporelle : aucune considération économique, sociale ou idéologique ne peut justifier que l’on sacrifie l’intérêt de l’enfant.
Le Coran affirme encore :
« Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté. C’est Nous qui leur accordons leur subsistance
ainsi qu’à vous. »
Coran 17, v. 31
Ainsi, la dignité de l’enfant ne dépend ni de son utilité, ni de sa rentabilité, ni des circonstances de sa naissance. Elle procède de son humanité même.
La miséricorde comme méthode éducative
L’éducation prophétique repose moins sur la domination que sur la miséricorde Anas ibn Mâlik rapporte : « Je n’ai jamais vu quelqu’un être plus miséricordieux envers les enfants que le Messager d’Allah ﷺ. »
Lorsque le Prophète ﷺ voyait un enfant, il le saluait. Il jouait avec eux. Il écourtait parfois la prière lorsqu’il entendait les pleurs d’un nourrisson, afin d’épargner l’inquiétude de sa mère.
Cette pédagogie de la compassion trouve un écho dans le verset :
« C’est par une miséricorde d’Allah que tu as été doux envers eux. »
Coran 3, v. 159
Le poète libanais Khalil Gibran écrivait : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. » Bien que formulée hors du cadre islamique, cette pensée rejoint une intuition profonde : l’enfant n’est pas une extension de notre ego, il est un être confié à notre bienveillance.
Une responsabilité collective
Le Coran ne limite pas la protection de l’enfant au cercle familial. L’attention portée aux orphelins constitue l’un des thèmes les plus récurrents de la Révélation.
« Quant à l’orphelin, ne le maltraite pas. »
Coran 93, v. 9
Le Prophète ﷺ déclara : « Moi et celui qui prend en charge un orphelin serons au Paradis comme ces deux doigts. » Puis il rapprocha son index et son majeur.
Cette parole fait de la protection de l’enfance une responsabilité communautaire. Une société ne se mesure pas à la hauteur de ses bâtiments ni à la puissance de son économie, elle se mesure à la manière dont elle traite ceux qui ne peuvent se défendre eux-mêmes.
L’historien britannique Arnold Toynbee observait : « La qualité morale d’une civilisation se révèle dans la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables. » A travers les siècles, cette vérité demeure intacte.
Protéger un enfant, c’est protéger une espérance, éduquer un enfant, c’est préparer une lumière, aimer un enfant, c’est honorer une confiance venue du Seigneur des mondes.
L’enfant n’est pas seulement l’avenir d’une famille, il est l’avenir d’une société, il n’est pas seulement un droit à défendre, il est un dépôt à préserver, il n’est pas seulement une présence fragile, il est un signe de la miséricorde divine.
Puissions-nous regarder chaque enfant comme une Amana confiée à notre conscience, accueillir chaque sou-rire comme une grâce déposée sur notre route, et ré-pondre à cette confiance avec justice, tendresse et fidélité.
Car lorsque l’innocence est protégée, la société est élevée, lorsque l’enfance est honorée, l’humanité est grandie, et lorsque l’Amana est respectée, la bénédiction descend et les cœurs sont apaisés.
*Article à paraître dans le n°114 de notre magazine Iqra.
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