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Le Coran m’a appris (n°62) - À chercher ce qui nous rassemble

il y a 2 heures
9 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

Quand les différences deviennent des murs, cherchons les ponts. Le Coran nous enseigne une attitude essentielle envers ceux qui ne partagent ni notre foi, ni notre histoire, ni nos convictions : chercher ce qui peut nous réunir sans effacer ce qui nous distingue.


Allah ﷻ dit : 


﴿قُلْ يَا أَهْلَ الْكِتَابِ تَعَالَوْا إِلَىٰ كَلِمَةٍ سَوَاءٍ بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمْ﴾

« Dis : “Ô gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous.” »

Coran, 3:64 


Cette « parole commune » ne signifie pas que les croyants doivent abandonner leurs convictions ou nier leurs diffé-rences. Elle invite plutôt à rechercher un terrain de dialogue, de respect et de justice.


Le terme coranique سَوَاءٍ — sawāʾ évoque ce qui est commun, partagé et équitable. Le Coran reconnaît ainsi la diversité humaine : 


 ﴿وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً﴾

« Si Allah l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. »  

Coran, 5:48


Et Il dit :


﴿وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا﴾

« Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. »

Coran, 49:13


Le mot لِتَعَارَفُوا — li-taʿārafū, « afin que vous vous con-naissiez », est particulièrement significatif. La différence n’est pas présentée comme une raison de se mépriser, mais comme une invitation à la connaissance mutuelle.


Connaître l’autre ne signifie pas penser comme lui, cela signifie refuser de le réduire à une caricature.


Chercher le commun sans effacer le différent


Dans une société plurielle comme la France, cette orientation possède une portée particulière. Nous ne partageons pas tous la même foi, les mêmes convictions ou les mêmes sensibilités, mais nous partageons une même société et une responsabilité commune envers l’avenir.


Nous pouvons nous retrouver autour de valeurs fonda-mentales : la dignité humaine, la protection de l’enfant, la solidarité, la justice, le respect des personnes vulnérables, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le refus de l’islamophobie et la recherche de la paix.


Le Prophète Mohammed ﷺ donna à cette fraternité humaine une expression remarquable lorsqu’il se leva devant le cortège funéraire d’un homme juif. Lorsqu’on lui rappela qu’il s’agissait d’un juif, il répondit : « N’est-ce pas une âme ? » ; (Sahih El-Boukhari et Sahih Mouslim).


Avant l’appartenance, il y a donc l’être humain ; avant l’étiquette, il y a la dignité.


Ghaza : préserver l’humanité dans la souffrance


Cette leçon prend une résonance particulière face à la situation de Ghaza. Les rapports humanitaires cités dans l’article décrivent les conséquences dramatiques de la guerre sur les populations civiles : morts, déplacements, bâtiments endommagés, difficultés d’accès aux soins, à l’eau, aux abris et à l’aide humanitaire.


Devant une telle souffrance, le croyant ne peut être indifférent. Mais son indignation doit demeurer guidée par la justice.


Défendre la vie des Palestiniens ne signifie pas haïr les Juifs.


Dénoncer la mort de civils ne signifie pas condamner une population entière.


Soutenir la dignité du peuple palestinien ne signifie pas nier la dignité d’un autre peuple.


Le Coran impose cette hauteur morale : 


 ﴿وَلَا يَجْرِمَنَّكُمْ شَنَآنُ قَوْمٍ عَلَىٰ أَلَّا تَعْدِلُوا ۚ اعْدِلُوا هُوَ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَىٰ﴾

« Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété. »

Coran, 5:8


Rester juste lorsque nous sommes blessés constitue l’une des plus grandes exigences morales. Une injustice ne devient pas juste parce qu’elle frappe ceux que nous considérons comme nos adversaires, de même, la souffrance d’un être humain ne perd jamais sa valeur parce qu’il appartient à un autre peuple.


Le bien : un langage commun


Chercher ce qui nous rassemble ne signifie donc pas relativiser les injustices. Cela signifie construire un langage capable de défendre la justice sans produire de nouvelles haines.


Allah ﷻ dit : 


﴿وَتَعَاوَنُوا عَلَى الْبِرِّ وَالتَّقْوَىٰ﴾

« Entraidez-vous dans l’accomplissement du bien et de la piété. »

Coran, 5:2


Le bien peut devenir un langage commun : aider une famille, visiter un malade, protéger un enfant, secourir une personne en détresse ou réconcilier deux personnes. Nous n’avons pas besoin d’être identiques pour agir ensemble.


Ce que le Coran m’a appris


Le Coran m’a appris que la différence n’est pas nécessairement une menace.


Il m’a appris à ne pas confondre désaccord et hostilité, différence et division, fermeté et haine.


Il m’a appris que je peux être fidèle à ma foi tout en respectant celui qui ne la partage pas, que je peux dénoncer une injustice sans déshumaniser celui que je considère comme mon adversaire, et que je peux rechercher une « parole commune » sans renoncer à mes convictions.


Dans un monde où les divisions se propagent rapidement, où les conflits franchissent les frontières et où les blessures collectives peuvent devenir des haines trans-mises de génération en génération, cette invitation  coranique demeure profondément actuelle.


Chercher ce qui nous rassemble ne signifie pas oublier ce qui nous différencie. C’est choisir de faire de nos différences un espace de dialogue plutôt qu’un motif de défiance.


Nous pouvons avoir des croyances différentes, des histoires différentes et des mémoires différentes. Mais lors-que l’enfant pleure, lorsque la famille souffre, lorsque l’injustice frappe ou lorsque la paix est menacée, demeure une vérité fondamentale : Ce qui nous rassemble est parfois plus grand que ce qui nous sépare.


Cherchons donc la parole commune : celle qui construit des ponts plutôt que des murs, celle qui défend la justice sans nourrir la haine, celle qui permet aux hommes de se comprendre plutôt que de se caricaturer.


Car celui qui cherche ce qui rassemble prépare déjà le chemin de la paix.



*Article à paraître dans le n°123 de notre magazine Iqra.




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