Le Coran m’a appris (n°59) - « Ô mon fils » : les conseils de Loqman pour bâtir une vie de foi

Par Cheikh Khaled Larbi
Le Coran m’a appris que l’éducation véritable ne commence pas par la réussite, mais par la construction de l’être. Dans la sourate Loqman, Allah عزوجل nous fait entendre les conseils d’un homme sage à son fils.
Tout commence par deux mots d’une tendresse extraordinaire :يَا بُنَيَّ « Ô mon fils…». Avant même le conseil, l’enfant entend l’affection. C’est la première leçon : la vérité se transmet avec amour. Loqman dit :
« Ô mon fils ! Ne donne pas d’associé à Allah. Le polythéisme est vraiment une énorme injustice. »
Coran, 31:13
La vérité est ferme, mais sa transmission est empreinte de douceur. Le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « La douceur n’est présente dans aucune chose sans l’embellir. » (Sahih Muslim).
Corriger ne signifie donc pas rabaisser. Le parent peut être ferme sans être brutal, l’enseignant, corriger sans humilier, et l’imam, rappeler sans condamner. La vérité a besoin de force dans son contenu, mais de sagesse dans sa transmission.
La première richesse : connaître Allah
Le premier conseil de Loqman porte sur le tawhid, car l’être humain a besoin d’un centre autour duquel organiser sa vie.
Si tout dépend du regard des autres, il devient prisonnier de leur opinion, si tout dépend de l’argent, il devient prisonnier de l’argent, si tout dépend de la réussite, l’échec devient une catastrophe.
Mais celui qui connaît Allah عزوجل possède une boussole intérieure.
Le Prophète صلى الله عليه وسلم dit à Ibn ʿAbbas رضي الله عنهما : « Préserve les commandements d’Allah, Il te préservera » (Jâmiʿ at-Tirmidhî).
Honorer ses parents, même dans le désaccord
Après le tawhid, le Coran rappelle le devoir envers les parents :
« Nous avons recommandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère… »
Coran, 31:14
Puis il enseigne l’équilibre :
« Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas, mais accompagne-les ici-bas de façon convenable. »
Coran, 31:15
Même face à un désaccord profond, le musulman ne transforme pas le désaccord en mépris. On peut refuser une demande injuste tout en respectant celui qui la formule.
Rien n’est insignifiant devant Allah.
Loqman enseigne ensuite :
« Ô mon fils ! Fût-ce le poids d’un grain de moutarde, au fond d’un rocher, dans les cieux ou dans la terre, Allah le fera venir. »
Coran, 31:16
Une chose minuscule peut sembler insignifiante, mais rien n’échappe à Allah عزوجل. Cette parole construit la conscience intérieure : ne méprisons aucune bonne action et ne banalisons aucun mal.
Le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « Ne méprise aucune bonne action, même rencontrer ton frère avec un visage souriant. » (Sahih Muslim).
Le croyant apprend ainsi à faire le bien même lorsque personne ne le regarde.
La prière et la responsabilité
Loqman poursuit :
« Ô mon fils ! Accomplis la prière, ordonne le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’atteint. »
Coran, 31:17
La progression est magnifique : foi → prière → responsabilité → patience.
La prière organise le temps et apaise le cœur : أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« C’est par l’évocation d’Allah que les cœurs se tranquillisent. »
Coran, 13:28
Mais la foi ne reste pas enfermée dans le cœur. Elle devient responsabilité envers les autres, avec sagesse et discernement :
« Appelle au chemin de ton Seigneur avec sagesse et bonne exhortation. »
Coran, 16:125
Puis vient la patience, car faire le bien ne garantit pas toujours d’être compris. La patience n’est pas la passivité : elle est la capacité de rester debout sans perdre son équilibre intérieur.
L’humilité et la maîtrise de la parole
Loqman enseigne enfin :
« Et ne détourne pas ton visage des gens avec mépris, et ne foule pas la terre avec arrogance. »
Coran, 31:18
Puis :
« Modère ta voix, car la plus détestable des voix est bien la voix des ânes. »
Coran, 31:19
La sagesse se manifeste jusque dans notre manière de regarder, marcher et parler.
Le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « L’orgueil, c’est refuser la vérité et mépriser les gens. » (Sahih Muslim).
Et il صلى الله عليه وسلم a dit : « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main. » (Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim).
Ainsi, la connaissance doit produire l’humilité et la foi doit transformer le comportement.
Ce que Loqman me demande aujourd’hui
Les conseils de Loqman forment une véritable architecture de la personnalité : croire, remercier, honorer ses parents, avoir conscience d’Allah, prier, agir pour le bien, patienter, rester humble et maîtriser sa parole.
Et cette construction commence dans la famille. L’enfant n’apprend pas seulement par ce que ses parents lui disent, il apprend en les regardant.
S’il voit son père prier, il comprend la valeur de la prière.
S’il voit sa mère pardonner, il comprend que le pardon est une force.
S’il voit ses parents respecter les autres, il apprend le respect.
L’éducation la plus puissante n’est pas celle que nous prononçons, mais celle que nous incarnons.
Alors, si le « Ô mon fils » de Loqman devenait notre propre parole, que transmettrions-nous ?
Ô mon fils, connais ton Seigneur.
Ô mon fils, sois reconnaissant.
Ô mon fils, prie.
Ô mon fils, fais le bien et sois patient.
Ô mon fils, ne méprise personne.
Ô mon fils, marche humblement et surveille ta langue.
Ô mon fils, souviens-toi qu’Allah عزوجل voit ce que les hommes ne voient pas.
Nous ne transmettons pas seulement un héritage matériel : nous transmettons une manière de regarder le monde, les autres et notre Seigneur.
Le Coran m’a appris à ne pas chercher seulement à avoir des enfants qui réussissent, mais des enfants qui sachent pourquoi ils vivent, non seulement à remplir leurs esprits de connaissances, mais à remplir leurs cœurs de conscience.
Car une génération instruite possède le savoir, une génération éduquée possède les repères, mais une génération éclairée par la foi possède une boussole.
Et lorsque la boussole est juste, le monde peut changer, l’épreuve peut être difficile, le chemin peut être long : le cœur, lui, sait encore où aller.
*Article à paraître dans le n°120 de notre magazine Iqra.
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