Le Coran m’a appris (n°58) - Construire l'avenir sans oublier le passé
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Par Cheikh Khaled Larbi
Les pages du temps se tournent, mais les leçons demeurent. Les générations se succèdent, mais les valeurs authentiques traversent les siècles. Celui qui oublie ses racines s'expose aux tempêtes, celui qui les cultive voit son arbre grandir, s'épanouir et porter des fruits dont profiteront ceux qui viendront après lui.
Le Coran ne se limite pas à enseigner les actes d'ado-ration. Il façonne notre regard sur l'histoire, éclaire notre compréhension du présent et nous apprend à envisager l'avenir avec responsabilité. A sa lumière, j'ai compris qu'aucune civilisation ne se construit contre son passé, mais qu'elle s'élève en s'appuyant sur les fondations héritées des générations précédentes.
A de nombreuses reprises, Allah عز وجل invite les croyants à contempler le destin des peuples qui les ont précédés. Ces récits ne sont pas destinés à satisfaire une simple curiosité historique, ils constituent une véritable école de sagesse. Chaque succès, chaque épreuve, chaque élévation et chaque déclin deviennent autant de signes pour ceux qui prennent le temps de réfléchir.
Allah dit :
« لَقَدْ كَانَ فِي قَصَصِهِمْ عِبْرَةٌ لِأُولِي الْأَلْبَابِ »
« Il y a certes, dans leurs récits, un enseignement
pour les doués d'intelligence. »
Sourate Yusuf, 12, v. 111
Le Coran nous enseigne ainsi que la mémoire est une responsabilité. Oublier son histoire, c'est courir le risque de reproduire les erreurs du passé, préserver et trans-mettre son héritage, c'est offrir aux générations futures des repères solides pour avancer avec discernement.
Allah nous rappelle également :
« فَاقْصُصِ الْقَصَصَ لَعَلَّهُمْ يَتَفَكَّرُونَ »
« Raconte donc ces récits afin qu'ils réfléchissent. »
Sourate El-A’raf, 7, v. 176
Dans le Coran, le récit n'est jamais un simple souvenir. Il est un instrument d'éveil, une école de réflexion et un moyen d'affermir les cœurs. Il éclaire les consciences, oriente les choix et rappelle que l'histoire n'a de valeur que lorsqu'elle nourrit l'action.
En méditant le Livre d'Allah, j'ai également compris que les œuvres sincères survivent toujours à ceux qui les accomplissent. Les hommes disparaissent, mais les bienfaits qu'ils ont semés continuent d'éclairer le chemin de ceux qui leur succèdent.
Allah dit :
« وَأَمَّا مَا يَنفَعُ النَّاسَ فَيَمْكُثُ فِي الْأَرْضِ »
« Quant à ce qui est utile aux gens, cela demeure
sur la terre. »
Sourate Er-Ra'd, 13, v. 17
Quelle admirable définition de l'héritage ! Ce qui demeure n'est ni la richesse, ni le prestige, ni les honneurs. Ce qui traverse le temps est ce qui profite durablement aux êtres humains : une école qui instruit, une mosquée qui ras-semble, une œuvre de bienfaisance qui soulage, une science utile qui éclaire, un livre qui transmet le savoir, une parole sincère qui réconcilie ou encore une génération éduquée dans la foi, le savoir et le sens des responsabilités.
Le Prophète Mohammed ﷺ nous a rappelé cette continuité lorsqu'il a dit : « Lorsque le fils d'Adam meurt, ses œuvres s'interrompent, sauf trois : une aumône continue, une science dont les gens tirent profit ou un enfant pieux qui invoque pour lui. » (Rapporté par Mouslim).
Ce hadith enseigne qu'une existence ne se mesure pas à ce que l'on accumule, mais à ce que l'on transmet. La véritable réussite réside moins dans ce que l'on possède que dans l'empreinte de bien que l'on laisse derrière soi.
Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris illustre parfaitement cette réalité. En célébrant un siècle de son existence, nous ne contemplons pas seulement un monument, nous rendons hommage à une œuvre qui a traversé les générations. Des hommes et des femmes ont élevé ses murs, d'autres y ont enseigné le Coran, transmis la langue arabe, formé des imams, accueilli les fidèles, accompagné les familles, développé des œuvres éducatives et entretenu un dialogue constant avec la société française. Leur engagement continue aujourd'hui encore d'inspirer et de porter ses fruits.
Le Coran m'a appris qu'aucune génération n'écrit son histoire sur une page blanche. Chacun reçoit un héritage qui lui est confié comme un dépôt. Notre responsabilité n'est ni de l'abandonner, ni de le figer, mais de le préserver, de l'enrichir et de le transmettre à notre tour. La fidélité au passé n'est jamais un obstacle au progrès, elle en constitue le fondement le plus solide.
Mais le Coran m'a également appris que la mémoire ne doit jamais devenir une nostalgie paralysante. Allah appelle constamment les croyants à agir, à construire, à réformer et à préparer l'avenir. Se souvenir est une nécessité, poursuivre l'œuvre est un devoir.
Chacun devrait ainsi s'interroger : quel héritage laisse-rai-je après mon passage ? Aurai-je été une pierre qui consolide l'édifice ou une pierre qui s'en détache ? Aurai-je ajouté un peu de lumière au monde ou me serai-je contenté d'en contempler les lumières héritées des autres ?
Une institution qui oublie son histoire finit par perdre son identité. Une institution qui ne vit que de ses souvenirs finit par perdre son avenir. La véritable sagesse consiste à puiser dans la mémoire l'énergie nécessaire pour bâtir demain.
Telle est peut-être l'une des plus belles leçons que le Coran nous offre : honorer ceux qui nous ont précédés avec gratitude, servir fidèlement notre époque avec responsabilité et préparer, avec confiance et espérance, le monde que nous léguerons à nos enfants.
Le temps emporte les hommes, mais il n'efface ni les valeurs ni les œuvres accomplies avec sincérité. Les générations se succèdent comme les vagues d'une même mer : chacune reçoit l'élan de la précédente avant de le transmettre à la suivante. Heureux celui qui fait du Coran son guide : il puisera dans son passé la sagesse, vivra son présent dans l'action et bâtira son avenir dans l'espérance.
*Article à paraître dans le n°119 de notre magazine Iqra.
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