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Résonances abrahamiques (n°47) - Que dit la Bible sur la mort ?

il y a 10 heures
6 min de lecture

Par Raphaël Georgy

En cette semaine de la Toussaint et du jour des défunts, les chrétiens se souviennent de leurs proches disparus. Mais que dit la Bible elle-même de la mort ? Longtemps, elle en parle avec une sobriété proche du Coran, avant d'oser l'espérance de la résurrection.


« Tout ce qui est sur la terre est appelé à disparaître. Seul demeure le Visage de ton Seigneur, plein de majesté et de noblesse » (Coran 55, 26-27). Ces deux versets ont un air de famille avec la Bible. « (Le ciel et la terre) disparaîtront, mais toi, tu subsisteras, ils s'useront tous comme un vêtement (…) Mais toi, c'est toi : tes années ne finiront pas », dit le Psaume 102 (versets 27-28).


Angelika Neuwirth, grande spécialiste allemande du Coran, rapproche de ces versets le Psaume 104. Dieu y reprend leur souffle aux créatures : « ils périssent et retournent à leur poussière (…) Que la gloire du Seigneur subsiste toujours ! » (Psaume 104, 29-31).


Le verbe hébreu de la Genèse est celui du potier : Dieu façonne l'homme. Il prend pour cela « de la poussière de la terre », puis lui insuffle « un souffle de vie » (Genèse 2, 7). À la fin, le chemin s'inverse : « tu es poussière, et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3, 19). Plus tard, un sage désabusé, Qohèleth (l'Ecclésiaste), distingue ce qui retourne à la terre et ce qui retourne à Dieu : « la poussière retourne à la terre (…) le souffle retourne à Dieu qui l'a donné » (Qohèleth 12, 7). En apprenant un décès, un musulman dit à peu près la même chose : « Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons » (Coran 2, 156).


Pendant des siècles, la Bible juive ne promet guère plus. Au shéol, sous la terre, justes et méchants partagent le même silence. Le Psaume 6 s'en inquiète : « dans le séjour des morts, qui te célébrera ? » (verset 6). Mourir vieux, entouré des siens, voilà la bonne mort. Abraham s'éteint « âgé et rassasié », et il est « réuni aux siens » (Genèse 25, 8).


Avec lui surgit une question très actuelle : où reposer ? En Canaan, la première terre qu'il acquiert est une tombe, pour Sara. Il l'achète en se disant « un immigré et un résident temporaire » (Genèse 23, 4). Ses fils Isaac et Ismaël l'y enterreront ensemble (Genèse 25, 9). Mourant en Égypte, Jacob fait jurer à Joseph de l'enterrer auprès de ses pères. Joseph, plus tard, demandera qu'on emporte ses ossements. Quant à Moïse, le plus grand des prophètes d'Israël, « personne ne sait où est sa tombe, jusqu'à ce jour » (Deutéronome 34, 6). Sur ce point, la Bible ne tranche pas.


Elle ne cache pas plus le chagrin. Avant de chercher une tombe, Abraham vient « se lamenter sur Sara et la pleurer » (Genèse 23, 2). Devant le tombeau de son ami Lazare, « Jésus fondit en larmes » (Jean 11, 35).


L'espérance d'un au-delà naît tardivement, et dans la persécution. Vers 167 avant notre ère, le roi grec Antiochus IV, qui règne depuis Antioche, interdit le sabbat et la circoncision. Ceux qui désobéissent sont mis à mort. Dieu peut-il laisser à la poussière ceux qui sont morts pour lui ? Le livre de Daniel refuse que la mort l'emporte : « Une multitude, qui dort au pays de la poussière, se réveillera (…) les uns pour la vie éternelle et les autres pour le déshonneur » (Daniel 12, 2). La poussière de la Genèse n'est plus une fin. Au temps de Jésus, le débat est toujours vif. Les pharisiens croient à la résurrection. Les sadducéens, issus de l'aristocratie des prêtres du Temple, la nient (Actes 23, 8). Le Coran résume cette idée en un verset : « C'est d'elle (la terre) que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d'elle Nous vous ferons sortir une fois encore » (Coran 20, 55).


Reste la foi des chrétiens en la résurrection de Jésus. Sur ce point capital, les Évangiles se montrent d'une étonnante discrétion. Nul n'y décrit l'instant de la résurrection. Les femmes trouvent le tombeau vide, et la fin la plus ancienne de l'Évangile de Marc se clôt sur leur silence : « elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Marc 16, 8). Puis ses proches ne le reconnaissent pas. Sur la route d'Emmaüs, deux disciples font chemin avec Jésus sans savoir qui il est, à peine l'ont-ils reconnu qu'« il disparut de devant eux » (Luc 24, 31). Marie de Magdala, une disciple, le prend pour le jardinier. Il entre chez ses disciples toutes portes closes (Jean 20, 26). Pourtant il leur montre ses mains : « palpez-moi et regardez, un esprit n'a ni chair ni os » (Luc 24, 39). Paul risquera une expression paradoxale : pour lui, les ressuscités, à la suite de Jésus, reçoivent un « corps spirituel » (1 Corinthiens 15, 20 et 44).


Ce n'est pas la vie d'avant qui recommence. Lazare, au contraire, sortait de son tombeau encore « les pieds et les mains liés de bandelettes » (Jean 11, 44) ; il retrouvait sa maison, ses sœurs, et une vie qui finirait un jour. Ce n'est pas le cas du Jésus ressuscité selon la Bible, qu'on ne retient pas. Comme pour suggérer que la résurrection n'est pas une restauration, mais une présence d'une autre nature. Marie de Magdala voudrait le garder près d'elle, il l'arrête : « Cesse de t'accrocher à moi » (Jean 20, 17). Le Coran, on le sait, raconte autrement la fin de Jésus. Jésus n'y est « ni tué ni crucifié », et « Allah l'a élevé vers Lui » (Coran 4, 157-158). Si chrétiens et musulmans ne partagent pas le même récit de la crucifixion, ils ont en commun d'affirmer que Dieu n'abandonne pas un innocent comme lui.


Face au mystère de la mort, les chrétiens, comme les musulmans, croient que l'ultime parole appartient à Dieu : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Apocalypse 21, 4).



*Article paru dans le n°127 de notre magazine Iqra.




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