top of page

Sabil al-Iman (n°92) - Cheminer vers Dieu sans fuir le monde


Par Cheikh Khaled Larbi

La foi n’est pas une fuite hors du monde, elle est une manière d’y tenir debout.

Elle n’efface ni les doutes ni les blessures, elle leur donne un sens et une direction.

Sabil al-Iman n’a jamais prétendu montrer le ciel, mais tracer un chemin possible sur la terre.

 

La foi comme chemin, non comme statut


Tout au long de l’année, Sabil al-Iman a rappelé une vérité essentielle : la foi n’est pas un acquis figé, mais un chemin en mouvement. On ne « possède » pas la foi comme un héritage immobile ; on la cultive, on la travaille, parfois on la perd de vue, puis on la retrouve autrement.


Le Coran ne parle pas de croyants parfaits, mais de cœurs en tension : « Ceux qui croient et dont les cœurs s’apaisent à l’évocation d’Allah » (Coran 13, 28)


L’apaisement n’est pas permanent. Il est une halte. Et le chemin reprend.


Ô Allah, accorde-nous la persévérance de ceux qui marchent, même quand la certitude vacille.

 

Une spiritualité ancrée dans le réel


Cette rubrique a refusé toute spiritualité désincarnée.


Croire, ce n’est pas s’extraire du réel, mais l’habiter autrement : travailler, élever des enfants, affronter l’injustice, la fatigue, parfois la solitude.


La foi ne commence pas dans l’exceptionnel, mais dans le quotidien : dans une patience retenue, dans une parole mesurée, dans une injustice que l’on ne rend pas.


Sabil al-Iman a insisté sur cette idée : le plus grand jihad est souvent silencieux, intérieur, invisible.

Ô Allah, fais de nos gestes ordinaires des actes chargés de sens et de droiture.

 

Le doute comme étape, non comme trahison


L’un des fils conducteurs forts de l’année fut la réhabilitation du doute honnête.


Non pas le doute arrogant qui nie tout, mais celui qui interroge pour mieux comprendre.


Le Coran lui-même met en scène des questionnements : Abraham demandant à voir comment Dieu redonne vie aux morts (Coran 2, 260), non par incrédulité, mais pour apaiser son cœur. Le doute n’est pas l’ennemi de la foi. Il peut être une étape vers une foi plus consciente, plus humble, plus adulte.


Ô Allah, protège-nous du doute qui ferme, et guide-nous vers celui qui éclaire.

 

Une foi compatible avec la complexité du monde


Sabil al-Iman a porté une conviction claire : être croyant en France aujourd’hui, ce n’est ni se dissoudre ni se raidir. C’est accepter la complexité, dialoguer sans renoncer, s’inscrire dans la cité sans perdre son axe intérieur. La foi n’a pas vocation à écraser l’espace public, mais à y introduire de l’éthique, de la retenue et de la responsabilité.


La piété ne se mesure pas au bruit qu’elle fait, mais au bien qu’elle produit.


Ô Allah, fais de notre foi une force de contribution, non une cause de rupture.

 

Le Coran comme compagnon de route


Tout au long de l’année, le Coran n’a jamais été présenté comme un texte lointain ou intimidant, mais comme un compagnon de route, parfois exigeant, parfois consolant.


Un Livre qui ne promet pas une vie sans épreuves, mais une présence dans l’épreuve.


« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité » (Coran 2, 286)


Cette parole n’annule pas la douleur, elle empêche le désespoir.


Ô Allah, fais de Ton Livre notre soutien quand les forces s’épuisent.

 

Une foi humble, jamais triomphaliste


Enfin, Sabil al-Iman a refusé toute foi arrogante. Pas de surplomb moral. Pas de posture de supériorité. La foi véritable rend plus humble, plus prudent, plus compatissant.


Elle commence par se corriger soi-même avant de juger les autres.


Le croyant n’est pas celui qui se croit arrivé, mais celui qui marche encore.


La foi n’est ni un refuge pour fuir la vie, ni un drapeau pour dominer autrui.


Elle est un chemin étroit, parfois escarpé, où l’on avance avec des chutes et des relevés.


Sabil al-Iman n’a offert ni recettes, ni certitudes closes, mais des pas possibles vers une foi vivante et humaine.


Et si croire, au fond, c’était simplement continuer à marcher sans perdre la lumière…


Nous quittons 2025 avec ses fatigues, ses questions, ses élans parfois brisés, mais aussi avec une certitude paisible : le chemin compte autant que l’arrivée.


Ô Allah, en 2026, accorde-nous une foi qui grandit sans durcir, une espérance qui résiste sans aveuglement, et une sincérité qui nous rapproche de Toi en nous rapprochant des autres.


Fais de la nouvelle année un temps de justesse plus que de démonstration, de profondeur plus que de bruit, de fidélité discrète plus que de certitudes bruyantes.


Ainsi se ferme l’année, non comme se ferme un livre, mais comme s’ouvre un sentier. Un sentier imparfait, mais habité. Un sentier exigeant, mais éclairé. Et tant que la lumière demeure, le chemin reste possible.



*Article paru dans le n°92 de notre magazine Iqra.



______________


À LIRE AUSSI :

Sabil al-Iman (n°76) - Le Prophète ﷺ, école de miséricorde et de foi



bottom of page