Le Hadith de la semaine (n°96) - Le mérite d’offrir la rupture du jeûne à un jeûneur
- il y a 2 heures
- 9 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi
D’après Zayd ibn Khalid el-Jouhani qu’Allah l’agrée , le Prophète ﷺ a dit :
« Quiconque procure à un jeûneur de quoi rompre son jeûne obtiendra une récompense équivalente à la sienne, sans que cela ne diminue en rien la récompense du jeûneur. »
Rapporté par el-Tirmidhi
Ce hadith constitue une base précieuse pour la diffusion du bien et l’élargissement du cercle des récompenses. Il affirme le mérite de faire jeûner les jeûneurs et assure que celui qui assiste un jeûneur à rompre son jeûne, obtient pour lui-même une récompense équivalente, sans que celle du jeûneur n’en soit diminuée. C’est une règle de foi éloquente, qui nous enseigne que le don n’amoindrit pas le trésor spirituel et que la bénédiction se multiplie à mesure que s’élargit le cercle du partage.
Le fait d’offrir la rupture du jeûne à un jeûneur se réalise dès lors qu’on lui fournit de quoi rompre effectivement son Iftar : que ce soit une datte, des dattes fraîches, du lait, de l’eau, ou toute autre chose par laquelle on peut dire, en vérité, qu’on l’a aidé à rompre son jeûne. La Charia ne restreint pas les voies du bien ; elle les ouvre, dans la mesure des capacités de chacun. Cela dit, la perfection dans la bienfaisance consiste, pour qui en a les moyens, à rassasier son frère, et à faire de sa table une cause de suffisance pour lui, surtout s’il est pauvre, dans le besoin, ou étranger, loin des siens. C’est ici que se manifeste pleinement le sens de l’entraide : que la personne aisée fasse rompre le jeûne au démuni, non par simple condescendance ou faveur, mais par fraternité sincère et par coopération dans le bien et la piété.
Et la récompense n’est pas réservée au seul donateur du repas : le jeûneur chez qui l’on mange a lui aussi sa part de mérite. Ainsi, dans un hadith rapporté d’Oum ‘Oumârah (qu’Allah l’agrée), il est dit que le Prophète ﷺ entra chez elle. Elle lui présenta alors de la nourriture, et il lui dit : « Mange. » Elle répondit : « Je jeûne. » Le Messager d’Allah ﷺ dit alors : « Les anges prient pour le jeûneur lorsque l’on mange chez lui, jusqu’à ce qu’ils soient rassasiés. » (Rapporté également par at-Tirmidhî.) Le sens en est subtil et profond : le jeûneur s’est abstenu de nourriture et de boisson en quête de l’agrément d’Allah ; puis il voit les autres manger chez lui tandis qu’il demeure patient et tourné vers la récompense divine. Sa patience devient alors une autre forme d’adoration, et il reçoit une récompense immense : car il s’abstient alors même qu’il en a la capacité, il maîtrise son désir tout en en attendant la rétribution, et il honore autrui alors qu’il est lui-même en état de jeûne. Si les anges prient pour lui, c’est qu’ils témoignent de la sincérité de son intention, et de sa générosité.
Puis, dans le hadith de Saad ibn ‘Oubada qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ visita Saad et mangea chez lui. Après le repas, il déclara : « Les jeûneurs ont rompu leur jeûne chez vous, vos repas ont été mangés par les pieux, et les anges ont prié sur vous » Dans une autre narration authentique, il ajouta : «Ô Allah, bénis ce que Tu leur as accordé, pardonne-leur et fais-leur miséricorde» Ainsi, la table de l’iftar devient un lieu de dhikr, et l’hospitalité se transforme en invocation bénie qui retentit dans les cieux. Il est recommandé à celui qui mange chez son frère de faire de même en invoquant pour lui par ces formules prophétiques, car elles sont parfaites et les meilleures, émanant de la parole de la Prophétie, et réunissant bénédiction, pardon et miséricorde. Toute autre invocation louable est bonne, mais observer ce qui a été transmis du Prophète ﷺ est plus complet et plus bénéfique.
Réunis, ces textes dressent un tableau complet : le pourvoyeur reçoit la même récompense que le jeûneur, le jeûneur est honoré par la prière des anges, et l’hôte voit les invocations de bénédiction se lever sur lui. C’est un réseau d’émoluments spirituels réciproques qui démontre que le Ramadhan n’est pas seulement une adoration individuelle et isolée, mais une période de construction de solides liens de foi.
Dans le contexte de la communauté musulmane en France, ce sens se révèle encore plus profondément. L’iftar collectif atténue le poids de l’exil et réunit sous un même toit des générations et cultures diverses. Il ne s’agit pas d’une simple occasion, mais d’un acte civilisateur qui restructure la relation entre l’individu et la communauté, faisant de la mosquée un centre de rayonnement spirituel et social. A la Grande Mosquée de Paris, des tables d’iftar sont organisées quotidiennement avant l’appel à la prière du Maghreb, et un iftar hebdomadaire est dédié aux étudiants musulmans chaque vendredi, en collaboration avec des associations étudiantes, afin de créer un climat de fraternité et de solidarité spirituelle. Des initiatives telles que l’« Iftar des ambassadeurs » qui rassemble des ambassadeurs de pays musulmans et des personnalités religieuses ou civiles, reflétant l’ouverture et la coexistence au sein de la société française. Lorsque l’étudiant éloigné de sa famille s’assoit aux côtés d’un travailleur fatigué ou d’un aîné, ils ne partagent pas seulement la nourriture ; ils partagent le sentiment d’appartenance et se sentent partie intégrante d’une communauté vivante et compatissante.
Offrir la rupture du jeûne au jeûneur est une véritable école, à la fois de jurisprudence et de miséricorde : une jurisprudence qui nous enseigne l’ampleur du texte et sa souplesse, et une miséricorde qui nous apprend que la récompense la plus élevée se trouve là où le besoin est le plus réel et le plus sincère. Entre la simple datte par laquelle on permet à un jeûneur de rompre son jeûne, et la table qui rassasie une personne dans le besoin ; entre ces gestes modestes et ces initiatives concrètes portées par la mosquée, se révèle la grandeur de cette religion : elle a fait de l’instant du coucher du soleil une saison où les cœurs s’étendent les uns vers les autres.
Heureux donc celui qui transforme son iftar en partage, sa table en message, et le mois de Ramadan en occasion de faire revivre une Sunna prophétique : une Sunna qui répand parmi les gens les significations du bien et de la piété, et qui bâtit une société fondée sur le don plutôt que sur l’individualisme, sur la fraternité plutôt que sur l’isolement.
Et Allah est le Détenteur de l’immense grâce !
*Article à paraître dans le n°99 de notre magazine Iqra.
LIRE AUSSI :
Le Hadith de la semaine (n°75) - La communauté victorieuse à Bayt El-Maqdis et ses environs : persévérance et espoir renouvelé




Commentaires