Regard fraternel (n°93) - Ramadhan 2026 : Londres et New York assument la visibilité musulmane
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Par Nassera Benamra
De Londres à New York des responsables musulmans assument publiquement le Ramadhan depuis les plus hautes fonctions municipales, le mois béni gagne en visibilité dans l’espace public occidental. Entre reconnaissance civique, dialogue interreligieux et débats sur ses dérives possibles, cette présence croissante interroge la place des musulmans dans les sociétés européennes et nord-américaines, révélant les transformations tolérantes du vivre-ensemble.
Le Ramadhan éclaire la ville de Londres
« Des nuits comme celles-ci me rendent fier d’appartenir à Londres » déclare Sadiq Khan, maire de la capitale britannique depuis 2016. Elle dit beaucoup plus qu’un simple attachement à une ville, elle raconte plutôt une fierté partagée, un moment suspendu où Londres se reconnaît elle-même.
Depuis quatre ans, la capitale britannique s’illumine pour accueillir le mois béni de Ramadhan. Des milliers de lumières dessinent, au cœur du West End, des motifs inspirés de l’art islamique. A Leicester Square et dans les rues avoisinantes, les mots « Happy Ramadhan » brillent avant de céder la place, quelques semaines plus tard, à « Happy Eid ». Une première dans le monde occidental, devenue désormais un rendez-vous attendu, presque familier.
Avant même l’allumage des décorations, Sadiq Khan avait tenu à rappeler un message simple, mais plein de sens : « Vous êtes les bienvenus à Londres, quelles que soient vos origines ou vos convictions religieuses ». Une phrase qui résonne particulièrement dans une époque traversée par les crispations identitaires.
Récemment réélu pour un troisième mandat, Sadiq Khan est le maire ayant exercé le plus longtemps à la tête de Londres. Il est entré dans l’histoire en devenant le premier musulman à diriger une Grande capitale occidentale.
Lors de la cérémonie d’illumination, son discours a dépassé le cadre symbolique du Ramadhan. Il a appelé à l’unité, face à la montée de l’islamophobie et aux tensions politiques, invitant croyants et non-croyants à se rassembler : « Musulmans, chrétiens, juifs, bouddhistes, sikhs, personnes croyantes ou non… unissons-nous durant ce mois. Montrons le meilleur de Londres, le meilleur de la Grande-Bretagne, et le meilleur de l’islam ».
Le maire n’a pas oublié non plus ceux qui souffrent ailleurs dans le monde. Par la prière, la charité et la solidarité, il a invité les Londoniens à garder en mémoire le Soudan, Ghaza, l’Ukraine, et à rester vigilants face à ceux qui « sèment la division, la haine et la peur ».
Quand les lumières du Ramadhan s’allument à Piccadilly Circus, ce ne sont pas seulement des décorations qui brillent. C’est une certaine idée du vivre-ensemble qui prend forme, doucement, dans la nuit londonienne.
Avec Zohran Mamdani New York, vit le Ramadhan au grand jour
Plus d’un demi-million de musulmans new-yorkais ont entamé le jeûne du Ramadhan. Parmi eux, Zohran Mamdani, premier maire musulman de l’histoire de New York, entré en fonctions le 1er janvier dernier.
Observer le Ramadhan tout en exerçant des responsabilités politiques n’est pas une nouveauté pour lui. Depuis 2021, alors qu’il siégeait à l’Assemblée de l’État de New York, Mamdani a toujours vécu ce mois sacré de manière assumée et publique. L’an dernier encore, en pleine campagne électorale, il partageait sur les réseaux sociaux une scène simple et parlante, une rupture du jeûne improvisée dans le métro new-yorkais, burrito à la main, sur la ligne Q. Une image devenue virale.

Cette année, depuis la mairie, le Ramadhan prend une dimension collective. Zohran Mamdani a annoncé l’organisation de plusieurs iftars aux côtés des pompiers, des livreurs et d’autres travailleurs musulmans de la ville. Il prévoit également de soutenir des distributions de repas dans certaines mosquées et de multiplier les actions en direction des communautés musulmanes d’Afrique de l’Ouest, d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et des Afro-Américains musulmans. Une manière, assumée, de mettre en lumière la diversité des visages de l’islam new-yorkais.
Avec Zohran Mamdani, le Ramadhan n’est plus seulement un geste institutionnel, il est vécu de l’intérieur. Interrogé, le premier jour du jeûne, le maire a répondu avec humour : « J’ai très soif en ce moment », avant de confier que le Ramadhan était son mois préféré de l’année.
Pour lui, réduire le Ramadhan à une simple abstinence alimentaire serait passer à côté de l’essentiel. « C’est aussi un temps de recueillement, de solidarité et de développement spirituel », rappelle-t-il. Il se dit particulièrement heureux d’aller à la rencontre des musulmans, qu’ils se lèvent à l’aube pour le Sohor, avant le travail, ou qu’ils fassent une pause nocturne pour rompre le jeûne avec quelques dattes. « Partager ces moments avec la communauté est un vrai plaisir », confie-t-il.
Il est à rappeler, selon l’Institute for Social Policy and Understanding, que plus de 20 % des musulmans des États-Unis vivent à New York, faisant de la ville l’un des principaux pôles musulmans du pays. Une réalité que les précédents maires avaient déjà pris en compte. Michael Bloomberg organisait des iftars officiels à Gracie Mansion et avait soutenu la création d’un centre communautaire musulman dans le sud de Manhattan. Bill de Blasio avait, lui, instauré la fermeture des écoles publiques pour l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Adha. Quant à Eric Adams, il avait célébré le Ramadhan dans les cinq arrondissements de la ville.
À New York, ce Ramadhan ne célèbre pas seulement le jeûne. Il met en lumière un esprit de solidarité, de coexistence et d’engagement citoyen. Le maire espère que ce mois sacré sera pour tous un temps de paix, de réflexion et d’action positive au service du bien commun.
Loin d’annoncer un choc des civilisations, le Ramadhan semble aujourd’hui devenir, pour une partie de l’Occident, un miroir de ses propres mutations. Entre quête de reconnaissance, volonté d’égalité et besoin de sens, il cristallise les tensions mais aussi les espoirs d’une génération qui refuse de choisir entre foi et citoyenneté. Pour ses défenseurs, cette visibilité nouvelle n’est pas une rupture, mais le signe d’une société internationale qui apprend, lentement, à faire de la diversité non une menace, mais une force et une diversité enrichissante.
*Article à paraître dans le n°99 de notre magazine Iqra.
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