Le Hadith de la semaine (n°106) - La parole et le comportement à l’aune de la foi
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Par Cheikh Younes Larbi
D’après Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) a dit :
« La foi du serviteur ne saurait être droite tant que son cœur ne se redresse pas, et son cœur ne se redresse pas tant que sa langue ne se redresse pas, et nul homme n’entrera au Paradis si son voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits. »
Hadith rapporté par Ahmed
La formation de l’homme en Islam procède d’une vérité fondamentale : la foi réside dans le cœur, qui est le siège de la purification et le lieu du regard divin. Or, la rectitude de ce cœur est étroitement liée à celle de la langue qui en exprime les états, puis elle se manifeste dans la société à travers la relation de l’individu avec son voisin. Ainsi se dessine une progression harmonieuse qui conjugue la guidance du Message du Prophète, SAWS, avec l’analyse du vécu, établissant les fondements d’une coexistence équilibrée entre les gens, malgré la diversité de leurs religions et de leurs cultures.
Dans le discours coranique, la foi apparaît comme une réalité enracinée dans le cœur, visible dans les comportements et agissante dans la société. Allah, Le Très-Haut, dit : « Les véritables croyants sont ceux dont les cœurs frémissent lorsque le Nom d’Allah est évoqué ». (El-Anfal : 2), indiquant que le point de départ de la réconciliation est intérieur. Puis Il oriente vers la parole en disant : « Et dites aux gens des paroles bienveillantes » (El-Baqara : 83), une injonction universelle englobant tous les gens. Enfin, Il élargit le champ de l’application sociale en ordonnant la bienfaisance envers le voisin : « Le voisin proche et le voisin lointain » (En-Nisa’ : 36).
Par cette gradation, la méthode coranique apparaît dans toute sa cohérence : réforme de l’intériorité, discipline de l’extériorité et établissement des bases de la paix sociale.
Lorsque le Prophète (paix et salut sur lui) relie avec précision le cœur à la langue, il met en lumière une vérité humaine confirmée par l’expérience : la langue dévoile ce que recèle le cœur, et la parole constitue la traduction immédiate des pensées, des émotions et des positions intérieures. C’est pourquoi la maîtrise de la langue occupe une place centrale dans l’éducation de l’âme. Une seule parole inconsidérée peut anéantir de grands efforts et laisser dans les cœurs des blessures difficiles à guérir.
Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Il arrive que le serviteur prononce une parole agréée d’Allah sans y prêter attention, et Allah, à travers celle-ci, l’élève en degrés, et il arrive qu’il prononce, sans y prêter attention, une parole suscitant la colère d’Allah, et, à cause d’elle, il est précipité en Enfer » (Hadith unanimement reconnu authentique).
Il a également dit : « Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien ou qu’il se taise » (Hadith unanimement reconnu authentique).
Ou bien encore : « Les gens seront-ils précipités en Enfer sur leurs visages, ou sur leurs narines, autrement qu’à cause des récoltes de leurs langues ? » (Rapporté par Et-Tirmidhi).
Ces enseignements montrent que la parole, malgré sa brièveté, peut être cause d’élévation ou de perdition. De même, le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Le musulman est celui dont les musulmans sont préservés de sa langue et de sa main » (Hadith unanimement reconnu authentique), mettant en avant le danger de la nuisance verbale en raison de sa rapidité de diffusion et de son ampleur. A l’inverse, il a encouragé la bonne parole en déclarant : « La bonne parole est une aumône » (Hadith unanimement reconnu authentique).
C’est ainsi que s’harmonisent l’enseignement prophétique et la guidance coranique : un cœur empreint de crainte révérencielle, une langue maîtrisée et un comportement bienfaisant envers autrui. La parole devient alors un dépôt sacré et une responsabilité, capable de bâtir l’affection ou d’attiser la discorde. Allah, Le Très-Haut, dit : « Il ne prononce aucune parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire » (Qāf : 18). Cette vérité ancre dans l’âme du croyant une vigilance constante quant à ses propos, d’autant plus à notre époque où la parole franchit les limites des assemblées pour atteindre des espaces étendus à travers les وسائل modernes.
Le hadith aborde ensuite le champ des relations sociales en établissant un critère clair de sincérité de la foi à travers le rapport au voisin : « N’entrera pas au Paradis celui dont le voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits ». Le Prophète (paix et salut sur lui) a même juré en disant : « Par Allah, il ne croit pas… celui dont le voisin n’est pas en sécurité face à ses nuisances » (Hadith unanimement reconnu authentique), soulignant la gravité de porter atteinte à autrui et la centralité de ce comportement dans l’édification de la société.
Dans le contexte des minorités musulmanes en Occident, la portée de ce hadith apparaît avec une acuité particulière. Le musulman y vit dans un environnement pluriel où son comportement est constamment observé et interprété. Face à certaines représentations médiatiques associant l’Islam à la violence ou à l’extrémisme, la parole et l’attitude du musulman deviennent des éléments déterminants dans la formation de l’image perçue. Ainsi, la rectitude de la langue, la noblesse du comportement et la sécurité offerte au voisin constituent des moyens concrets de rectifier ces « perceptions » et de montrer la véritable image de l’Islam.
De même, lorsque le voisin, fût-il non musulman, trouve auprès du musulman, véracité, respect et absence de nuisance, il construit une perception positive fondée sur l’expérience vécue. Ce type de témoignage vivant possède une force de conviction profonde, surpassant les discours théoriques et réduisant au silence les préjugés infondés.
En revanche, toute défaillance dans la parole ou le comportement peut être exploitée pour nourrir des stéréotypes négatifs, en particulier dans des contextes marqués par des tensions ou des discours de haine. Cela impose au musulman une vigilance accrue, car ses actes peuvent être interprétés au-delà de sa personne. Dès lors, ce hadith devient un critère quotidien de régulation du comportement et une réponse pratique aux dérives de l’extrémisme : une foi authentique engendre la sérénité et la sécurité, et fait de son porteur un artisan de paix et de cohésion sociale.
A la lumière des défis contemporains, difficultés d’intégration, tensions identitaires et persistance de certains préjugés, ce hadith offre un fondement pratique pour y faire face : il appelle à la réforme intérieure, à la discipline du discours et à l’établissement de relations fondées sur la sécurité et le respect, conditions essentielles à une présence équilibrée et féconde.
*Article paru dans le n°109 de notre magazine Iqra.
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