Regard fraternel (n°92) - Traditions et rituels annonçant l’arrivée d’un hôte précieux
- il y a 13 heures
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Par Nassera Benamra
Le mois de Ramadhan occupe une place à part dans la vie des musulmans. Sacré et profondément spirituel, il marque une rupture avec le quotidien. Que ce soit en famille ou au sein de la communauté, chacun commence à s’y préparer bien avant son arrivée. Au fil du temps, des coutumes et des traditions se sont enracinées dans les sociétés musulmanes. Certaines remontent aux débuts de l’islam, d’autres sont nées avec l’essor des civilisations, tandis que certaines pratiques sont apparues plus récemment. À travers cet article, nous vous proposons un voyage à travers plusieurs régions du monde pour découvrir les différentes manières de se préparer à l’accueil de ce mois béni.
En Algérie
À l’approche du mois de Ramadhan, les familles algériennes se mobilisent pour accueillir ce temps sacré avec soin et respect. Les maisons sont nettoyées, parfois rafraîchies « n’abyed dar » pour repeindre l’intérieur, « n’djayer » pour embellir les murs du quartier, les ustensiles de cuisine renouvelés et un budget spécifique est prévu pour le mois du jeûne. Ces préparatifs, souvent décrits comme l’accueil de « l’hôte précieux », reflètent l’importance accordée à la convivialité et aux retrouvailles familiales.
Au cœur de ces traditions, les femmes jouent un rôle essentiel, notamment à travers la préparation de la ’oula, un ensemble de provisions destinées à faciliter le quotidien : épices de Ramadhan comme lah’rour et ras el hanout, f’rik, viandes, fruits secs, ainsi que les pâtisseries traditionnelles à base d’amandes et de miel, incontournables des soirées Ramadhanesques. À l’approche du mois sacré, marchés et commerces s’animent, témoignant de l’attachement profond des Algériens à des pratiques transmises de génération en génération.

Au-delà de leur dimension culturelle, ces habitudes permettent aussi de mieux gérer les dépenses, tout en préservant l’esprit de partage et de solidarité qui caractérise le mois de Ramadhan.
En Égypte
Les familles égyptiennes se mobilisent pour accueillir le Ramadhan dans une atmosphère mêlant joie et traditions. Décorations, lanternes, chants Ramadhanesques et préparation du « yamish » (fruits secs et ingrédients traditionnels consommés pendant le mois de Ramadhan) participent à créer un climat de convivialité et de sérénité au sein des foyers.
Au-delà de l’aspect festif, cette période est aussi marquée par une organisation attentive de la maison, afin de favoriser le recueillement et le bien-être de toute la famille. Nettoyage en profondeur, réorganisation de la cuisine, planification des repas et vérification des appareils électroménagers figurent parmi les préparatifs essentiels.
Les familles veillent également à aménager un coin dédié à la prière, à instaurer un rythme de vie adapté au jeûne et à proposer aux enfants, des activités éducatives autour des valeurs du mois sacré. Autant de gestes simples qui contribuent à faire de Ramadhan un moment de partage, de paix et de souvenirs précieux.

Dans les pays du Golf
Malgré la diversité des traditions Ramadhanesques, les préparatifs du mois sacré commencent presque partout dès la fin de Chaabane. Cette période est marquée par une attente particulière, mêlant organisation, convivialité et ferveur spirituelle.
Les familles se mobilisent pour accueillir Ramadhan comme un hôte précieux. Les marchés s’animent, les foyers s’organisent et les rassemblements familiaux se multiplient. Une attention particulière est portée à la ghabqa, un dîner typique de Ramadhan pris tard dans la nuit, qui permet aux proches de se retrouver avant le début du jeûne. Cette tradition, largement répandue dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, symbolise le partage et le renforcement des liens sociaux.
En Arabie saoudite : les préparatifs de Ramadhan commencent dès la fin du mois de Chaabane. Les familles marquent cette période par des rassemblements conviviaux appelés Chaabania ou Chaabana, où proches, voisins et amis se retrouvent autour de plats et de douceurs traditionnels. Les marchés et les rues se parent progressivement de décorations, tandis que chacun s’organise pour accueillir le mois sacré dans une atmosphère de partage et d’anticipation spirituelle.
Au Koweït
La fin de Chaabane est rythmée par les ghabqa, des dîners tardifs qui réunissent familles et amis avant l’entrée dans le mois du jeûne. Ces rencontres, profondément ancrées dans la culture locale, traduisent l’importance du lien social et de la convivialité. Parallèlement, les foyers se préparent sur le plan pratique et spirituel, dans l’attente de Ramadhan.
Aux Émirats arabes unis
Les préparatifs débutent dès la nuit de la mi-Chaabane, connue sous le nom de Haq l-Layla. À cette occasion, les enfants, vêtus de tenues traditionnelles, parcourent les maisons pour recevoir des friandises et des fruits secs. Cette célébration populaire marque symboliquement l’entrée dans la période d’attente et de préparation au mois sacré.
À Bahreïn
L’approche de Ramadhan se fait sentir dès l’apparition du croissant de Chaabane. Les familles s’activent, les marchés se remplissent et les habitants se rassemblent pour préparer les provisions nécessaires. Cette période est également marquée par des traditions collectives qui renforcent l’esprit de solidarité et d’entraide avant même le début du jeûne.
En Oman
La préparation à Ramadhan commence avec l’observation attentive du croissant lunaire à la fin de Chaabane. Cette attente partagée crée un climat particulier, mêlant recueillement et échanges. Les familles profitent de ces derniers jours pour se réunir, se préparer spirituellement et se mettre progressivement au rythme du mois sacré.
Les familles musulmanes possèdent de nombreuses traditions héritées pour accueillir le mois béni de Ramadhan. Bien que ces coutumes varient d’un pays à l’autre, elles se rejoignent autour de valeurs communes, la bienveillance envers autrui, le rapprochement entre les personnes, les rassemblements familiaux, la compassion envers les plus démunis, le don de l’aumône, le partage des repas, ainsi que l’obéissance à Dieu, exalté soit-Il, et le respect de la Sunna du prophète Mohamed, paix et salut sur lui.
*Article à paraître dans le n°98 de notre magazine Iqra.
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