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Sabil al-Iman (n°94) - Quand le cœur s’attache, la foi s’alourdit


Par Cheikh Khaled Larbi

Le cœur marche léger quand il n’est pas chargé,

Il s’élève quand il n’est pas enchaîné,

Mais dès qu’il s’attache à ce qu’il croit posséder,

La route se rallonge… et la foi peut vaciller.

 

L’islam n’a jamais fait de la pauvreté un idéal, ni de la richesse un péché. Il a fait du cœur, le véritable champ de bataille. Car ce n’est pas ce que l’on tient dans la main qui alourdit la marche vers Dieu, mais ce à quoi l’on s’accroche intérieurement.

 

Le cœur : lieu de passage ou de captivité

 

Les anciens maîtres de la spiritualité musulmane ont toujours distingué entre possession et attachement.


El-Ghazali écrivait : « L’argent dans la main est un serviteur utile, mais dans le cœur, il devient un tyran. » Le cœur est, par nature, un lieu de passage. Il est fait pour accueillir, puis laisser partir. Lorsqu’il s’enferme dans la peur de perdre, il cesse d’avancer.


Ibn al-Qayyim résumait cette sagesse d’une phrase saisissante : « Ce n’est pas la dounya qui est blâmable, mais la place qu’elle occupe dans le cœur. »

 

Chaʿban : le mois du délestage intérieur

 

Chaʿban n’est ni un mois spectaculaire, ni un mois bruyant. Il est un seuil, un espace discret entre l’habitude et la transformation. Le Prophète ﷺ accordait à Chaʿban une attention particulière. Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapportait : « Je ne l’ai jamais vu jeûner autant que durant Chaʿban, en dehors de Ramadhan. » (El-Boukhârî, Mouslim). Les savants expliquent que Chaʿbān est le mois où l’on allège le cœur avant d’alléger le corps par le jeûne.


On n’y apprend pas à manquer, on y apprend à se détacher.

 

Le Prophète ﷺ et la richesse : un rapport libéré

 

Le Messager de Dieu ﷺ n’a jamais vécu dans la misère imposée, mais il a choisi la sobriété volontaire. Quand des richesses lui parvenaient, elles ne restaient pas la nuit chez lui. Il donnait, redistribuait, libérait. Il disait : « La vraie richesse n’est pas l’abondance des biens, mais la richesse de l’âme. » (Mouslim) Ce hadith n’est pas une consolation pour les pauvres, mais un avertissement pour tous. La sociologue Eva Illouz, pourtant éloignée du discours religieux, observe que l’attachement excessif aux biens produit anxiété, comparaison permanente et insatisfaction chronique.


Une intuition que la spiritualité musulmane avait formulée depuis des siècles.


Le vrai pauvre

 

Dans le Coran, Dieu ne glorifie jamais le manque, mais Il met en garde contre l’illusion de sécurité. « Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation. » (Coran, 64 :15)


El-Hasan el-Basri disait : « Le pauvre n’est pas celui qui possède peu, mais celui qui ne se rassasie jamais. » L’attachement transforme la richesse en inquiétude, et l’abondance en peur de la perte. Chaʿban vient alors comme un rappel doux : et si tu relâchais un peu ce que tu serres trop fort ?

 

Une foi qui marche, pas qui s’encombre

 

La foi n’appelle pas à tout quitter, mais à ne pas se laisser posséder. Dans un monde où la valeur d’un individu se mesure souvent à sa productivité ou à son patrimoine, l’islam propose une autre boussole : celle du cœur libre.


Comme le disait Maryam Jameelah, penseuse musulmane contemporaine : « La véritable liberté commence quand le cœur cesse de dépendre de ce qu’il peut perdre. »


La foi ne fuit pas l’argent, elle refuse qu’il devienne un trône. Elle ne condamne pas la possession, mais brise la captivité.


Chaʿban nous murmure, sans fracas ni injonction : allège ton cœur, avant que Ramadhan n’allège ton corps. Car le croyant ne marche pas chargé de ce qu’il possède, il avance porté par ce qu’il lâche.



*Article paru dans le n°96 de notre magazine Iqra.




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