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Le Hadith de la semaine (n°86) - L’égalité, la fraternité et la liberté dans l’enseignement prophétique


Par Cheikh Younes Larbi

D'après Jabir Ibn Abdillah (qu'Allah les agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit :


« Ô vous les gens ! Certes votre Seigneur est unique et certes votre père est unique. Il n'y a pas de mérite pour un arabe sur un non-arabe, ni pour un non-arabe sur un arabe, nul à la peau claire sur celui à la peau foncée, ni celui à la peau foncée sur celui à la peau claire, sinon par la piété (la Taqwa). Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. "Ai-je transmis ?" Ils répondirent : "Oui, Ô Messager d’Allah." Il dit alors : "Que celui qui est présent transmette à celui qui est absent". »

Rapporté par El Bayhaqî


La mission prophétique, lorsqu’elle a été révélée, a insufflé un esprit moral renouvelant la perception de l’homme envers son semblable. Elle a conjugué l’égalité, garantissant la dignité, la fraternité, diffusant la miséricorde, et la liberté, préservant le libre choix. Le Prophète ﷺ a exposé ces finalités avec clarté lorsqu’il déclara : « Vous êtes tous issus d’Adam, et Adam fut créé de poussière », annulant ainsi tout privilège fondé sur la couleur, l’ethnie ou l’origine, et limitant le critère de distinction à la piété et aux bonnes œuvres.


« Ces principes se manifestèrent concrètement dans la société prophétique, que le Prophète ﷺ façonna sur la justice, la bienveillance et la protection de la dignité humaine. Lorsqu’un jour, le Prophète ﷺ choisit Bilâl El Habashi (l’Abyssinien) comme mu’adhdhin de la communauté, ce fut une leçon pratique de démantèlement des clivages tribaux et une affirmation que la supériorité ne tient ni à la couleur ni à la lignée, mais à la foi et à la sincérité. Cet événement marqua profondément les compagnons : ils comprirent que la proximité du Prophète ﷺ et l’accès aux responsabilités majeures ne s’obtiennent ni par faveur ni par appartenance tribale, mais par compétence et mérite.


Bilâl possédait une voix douce et mélodieuse, parfaitement adaptée à la transmission de l’appel à la prière et à son influence sur les cœurs, tandis que ‘Abd Allah ibn Zayd, de souche Quraychite, issu du même peuple que le Prophète ﷺ, eut la vision de l’adhan en songe et en transmit les paroles au Prophète. Grâce à la clarté et à la maîtrise de Bilâl dans l’appel à la prière, le Prophète ﷺ le préféra à d’autres, en dépit des différences d’origine. Ainsi apparaissait l’égalité comme une valeur vivante, brisant les barrières psychologiques et sociales, et révélant que la véritable distinction repose sur la piété, les œuvres vertueuses et la compétence, non sur la lignée ou la couleur.


Lors de l’établissement de la fraternité entre les Mouhâjiroûn et les Ansâr, le Prophète les associa, les uns aux autres, conférant à la communauté une force sociale nouvelle. Les Compagnons apprirent que le partage et la responsabilité collective constituent le fondement de la solidarité. Les différences naturelles entre les individus ne furent pas abolies, mais les distinctions injustes, celles qui corrompent les relations, furent effacées. Partant de là, Le croyant en vint à regarder son frère comme un prolongement de lui-même, et non comme un rival ou un étranger.


Quant à la liberté, elle se manifesta lorsque le Prophète ﷺ ordonna aux musulmans la Hijra de La Mecque vers Médine. Nul ne fut contraint par la force ; le Prophète ﷺ expliqua la sagesse de cette démarche, ses risques et ses bénéfices, laissant à chacun sa libre décision. Chacun choisit selon ses capacités et sa préparation intérieure ; ainsi, l’Hégire fut un acte mûrement consenti, fondé sur la compréhension personnelle de la responsabilité devant Allah et devant les hommes.


Étant donné que le musulman vivant en terre d’exil affronte divers défis : discrimination raciale ou culturelle, différences de valeurs et de coutumes, etc... Ce hadith prophétique constitue une référence pour orienter la conduite sociale. Il permet de bâtir une communauté soudée et coopérante dans le bien, à l’abri du fanatisme et de l’excès, où les droits des musulmans et des non-musulmans sont placés sur un pied d’égalité. L’individu y apprend que la véritable distinction ne repose ni sur l’origine ni sur la couleur, mais sur les actes et la piété.


Ainsi, l’égalité renforce la confiance mutuelle, la fraternité consolide la solidarité entre les membres de la communauté, et la liberté élève le sens de la responsabilité, tant individuelle que collective. Se dessine alors une image pleinement civilisée, révélant l’islam comme une religion de justice et de miséricorde, et encourageant les musulmans à devenir un modèle de coexistence et de réforme.



*Article paru dans le n°89 de notre magazine Iqra.




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