Le Hadith de la semaine (n°93) - La valeur de la richesse entre l’éthique humaine et le sens de sa gérance (khilafa) par l’homme
- Guillaume Sauloup
- il y a 3 heures
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Par Cheikh Younes Larbi
D’après Hakim ibn Hizâm, qu’Allah l’agrée, il dit : J’ai demandé au Messager d’Allah ﷺ, et il m’a donné. Puis, de nouveau, je lui ai redemandé, et il m’a donné encore. Alors il a dit : « Cette richesse est verdoyante et douce. Celui qui la prend avec une âme généreuse y sera béni. Quant à celui qui la prend avec avidité, elle ne sera pas bénie pour lui : il est comme celui qui mange sans jamais être rassasié. Et la main qui donne est meilleure que celle qui reçoit. »
Ces paroles ne sont pas une simple recommandation financière ni un éloge de la richesse, mais bien un cadre éthique et philosophique profond qui redéfinit la relation entre l’être humain et ce qu’il possède. L’argent, par nature, est « vert et doux », c’est-à-dire une parure de la vie et une source de séduction et d’attirance. Le Coran lui-même le désigne comme un ornement de la vie d’ici-bas, lorsqu’il dit : « Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie présente. » Il évoque aussi l’attachement humain à son égard lorsqu’il dit : « Et vous aimez les richesses d’un amour ardent. »
Ainsi, le hadith établit que la valeur réelle de la richesse et la douceur que l’on en retire sont intimement liées à la conduite de l’homme et à son état intérieur. Celui qui la reçoit avec largesse d’âme et sincérité de cœur, dans une disposition de contentement et de rectitude, y trouve la bénédiction et en fait une source de bien pour sa propre vie comme pour celle des autres. En revanche, celui qui la prend avec avidité et convoitise ne connaîtra point la bénédiction, et sa condition sera comparable à celle de celui qui mange sans jamais être rassasié. C’est là un rappel éloquent que la richesse n’est pas seulement un objet à accumuler et à conserver, mais une véritable épreuve : l’homme sera-t-il maître de l’argent ou en deviendra-t-il le serviteur ?
À notre époque en particulier, l’argent est devenu un critère de réussite sociale, de reconnaissance et de statut. Il a contribué à l’édification des institutions d’enseignement, de santé et de recherche scientifique. Mais, dans le même temps, il a alimenté la compétition matérielle, creusé les inégalités et semé une inquiétude permanente autour de la suffisance et du contentement. C’est ici qu’apparaît la différence entre l’argent béni entre les mains d’un homme droit, et l’argent corrompu par la convoitise lorsqu’il se trouve entre les mains de celui qui ne l’est pas : l’impact sur la vie de l’individu comme sur celle de la société est alors radicalement différent.
La conscience de cette réalité chez le musulman s’accompagne de l’invocation transmise du Prophète ﷺ : « Ô Allah, rends ma subsistance licite, pure et bénie, et suffis-moi par ce que Tu m’as accordé de tout autre que Toi » (rapporté par Ibn Majah), afin que la richesse demeure un moyen de bénédiction et non une source de tentation ou de trouble. Le hadith nous rappelle également la question de la reddition des comptes : d’où as-tu acquis ce bien et en quoi l’as-tu dépensé ?
Autant de balises éthiques qui replacent la richesse à sa juste place, comme un moyen au service du bien et non comme une fin en soi.
Ainsi, ce hadith propose une vision intégrale de la richesse et de l’homme : le bien matériel est une grâce qui appelle la reconnaissance, une épreuve qui exige la vigilance, et un dépôt confié, qui requiert d’être honoré. Lorsque l’homme se réforme, la richesse se réforme avec lui et devient un vecteur d’expansion du bien et de la miséricorde parmi les gens. Mais lorsque la droiture fait défaut, la richesse se mue en un fardeau pesant, qui ne rassasie point l’âme et conduit les relations humaines vers le conflit et la tension. Le hadith met ainsi en lumière le fait que la véritable valeur de la richesse ne se mesure pas à ce que l’homme possède, mais à ce qu’il fait de ce qu’il possède, et à ce que cette richesse fait de l’homme lui-même.
*Article à paraître dans le n°96 de notre magazine Iqra.
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