Le Coran m’a appris (n°65) - Le temps est un témoin qu’a-t-il vu de nous ?

Par Cheikh Khaled Larbi
Le temps ne parle pas, mais il révèle. Il ne juge pas, mais il dévoile. Il ne re-vient jamais sur ses pas, mais nous laisse regarder les nôtres. Il révèle la sincérité d’une promesse, la pro-fondeur d’une affection, la patience d’un cœur et la fragilité de nos certitudes. Peu à peu, il distingue l’essentiel de l’accessoire et nous apprend que la véritable valeur d’une vie ne se mesure pas seulement à ce qu’elle possède, mais aussi à ce qu’elle donne. Le Coran m’a appris que le temps n’est pas simplement ce qui nous rapproche de la fin : il est aussi le délai précieux qui nous est accordé pour choisir le bien.
Le temps nous avertit
Allah dit dans la sourate El-’Asr :
« Par le Temps ! L’homme est certes en perdition, sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement la patience. »
Coran, 103 : 1-3
Nous savons que le temps passe, mais vivons-nous toujours comme si chaque journée comptait ?
Nous remettons à demain les excuses que nous devons présenter, les visites que nous promettons, les réconciliations que notre orgueil retarde et les bonnes actions que nous croyons pouvoir accomplir plus tard.
Pourtant, demain n’est jamais un droit acquis. C’est une possibilité, non une promesse.
La sourate El-‘Asr nous rappelle ainsi que la véritable perte ne consiste pas seulement à voir les jours s’écouler, mais à les laisser passer sans faire grandir en nous la foi, la droiture, la vérité et la patience.
Le temps nous enseigne l’humilité
Nous organisons nos journées, préparons nos projets et croyons parfois maîtriser notre avenir. Pourtant, une nouvelle peut bouleverser nos certitudes, une maladie interrompre nos projets, une absence transformer une maison.
Allah dit :
« Et l’homme n’obtient que le fruit de ses efforts. »
Coran, 53 : 39
Ce verset nous rappelle notre responsabilité, non notre toute-puissance. Nous pouvons choisir nos intentions, fournir nos efforts et agir avec droiture, nous ne maîtrisons ni toutes les circonstances ni tous les résultats.
La confiance en Allah ne dispense pas d’agir. Elle nous apprend à faire de notre mieux sans arrogance, à espérer sans prétention et à accueillir nos limites sans renoncer à avancer.
Le temps nous offre la possibilité de réparer
Le passé peut nous instruire, mais il ne peut être changé. Certains regrets nous réveillent, d’autres nous enfer-ment. Tout dépend de ce que nous décidons d’en faire.
Allah dit :
« Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. »
Coran, 39 : 53
Cette parole ouvre une porte à celui qui souhaite revenir vers Allah, reconnaître ses fautes et reprendre le chemin du bien. Le repentir sincère ne consiste pas seulement à regretter : il invite aussi à réparer, lorsque cela est possible, et à transformer sa conduite.
Nous ne pouvons pas toujours rendre à quelqu’un le temps que nous lui avons fait perdre. Nous pouvons toutefois cesser de le lui voler. Nous ne pouvons pas effacer toutes les paroles blessantes, mais nous pouvons reconnaître notre faute, demander pardon et apprendre à parler autrement.
Le pardon de l’autre ne nous est jamais dû. En revanche, la responsabilité de nos actes nous appartient.
Le temps nous apprend la patience
La patience n’est ni la résignation devant l’injustice ni l’acceptation passive de toutes les souffrances. Elle est la force de demeurer fidèle au bien lorsque le chemin exige du temps.
Il faut parfois du temps pour guérir, apprendre, retrouver confiance, élever un enfant ou reconstruire une relation. Tout ce qui tarde n’est pas inutile, et tout ce qui arrive vite n’est pas nécessairement une réussite.
La sourate El-‘Asr associe la patience à la vérité : dé-fendre le bien ne suffit pas, encore faut-il persévérer sans renoncer à la justice ni à la dignité d’autrui.
A la fin, que restera-t-il ?
Nous ne conserverons ni toutes nos possessions ni tous les titres qui nous auront distingués. Mais nos actes auront marqué des vies, nos paroles auront laissé des traces et notre présence aura parfois rendu le monde plus doux, ou plus difficile, pour ceux qui nous auront rencontrés.
Le Coran m’a appris que le temps ne nous demande pas d’être parfaits. Il nous appelle à être conscients, à agir avec droiture et à revenir vers le bien chaque fois que nous nous en éloignons.
Alors, au terme de cette journée, une question mérite d’être posée avec douceur, mais sans détour : Si le temps pouvait témoigner de notre vie, raconterait-il seulement ce que nous avons accompli, ou aussi ce que nous avons apporté aux autres ?
Car nous ne choisissons pas toujours la durée de notre histoire. Mais tant qu’il nous reste du temps, nous pouvons encore en choisir la direction.
*Article paru dans le n°126 de notre magazine Iqra.
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