Le Hadith de la semaine (n°90) - La religion est un pacte moral, la citoyenneté un engagement contractuel
- 12 janv.
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Par Cheikh Younes Larbi
D’après Anas, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit :
« Tout don (Minhah) est sujet à restitution, et les gens sont tenus par leurs engagements dès lors qu’ils sont conformes à la vérité et au droit. »
Hadith authentique, rapporté notamment par Ibn Mâjah, n° 2399
Ce hadith prophétique établit un principe éthique et civique de portée générale, faisant du respect des engagements le fondement des relations entre l’individu et son environnement social et politique. En effet, le terme « conditions » mentionné dans le hadith ne se limite pas aux contrats écrits ou aux accords particuliers, mais s’étend à tout engagement volontaire que l’homme accepte, qu’il soit d’ordre religieux, civil ou social. Ainsi, il apparaît que la citoyenneté n’est pas une identité imposée de l’extérieur, mais un pacte éthique fondé sur la confiance, la transparence et le respect des engagements, faisant de la sincérité dans l’obligation le socle de la vie commune et de la stabilité de la communauté.
Comme nous le soulignons constamment, la réalité de la communauté musulmane fait face à des défis continus dans la conciliation entre appartenance religieuse et appartenance nationale, où se pose fréquemment la question : la pratique religieuse musulmane est-elle en contradiction avec le respect des obligations civiles ? Le hadith répond que le respect de ce qui est juste constitue la base, que ce soit dans la religion ou dans les lois civiles, et que l’accomplissement loyal des conditions est ce qui rend une personne digne de confiance aux yeux des autres. Ainsi, la citoyenneté ne consiste ni à se dissoudre ni à renier son identité religieuse, contrairement à certaines conceptions erronées ; elle est plutôt un respect concret des engagements et des pactes, contribuant au service de l’intérêt général et au respect des droits et devoirs.
Il devient alors clair pour le lecteur que les accusations répétées de double allégeance portées contre les musulmans révèlent davantage une défaillance dans la perception qu’ils ont de leur religion et de leur société, qu’un réel manquement dans leur comportement. Ces accusations partent de l’idée fausse que la foi et la fidélité aux principes religieux impliqueraient nécessairement une trahison de l’espace national.
Parmi les manifestations les plus fréquentes de cette distorsion figurent les jugements sur les intentions lors de toute manifestation religieuse publique, le Hajj, la Omra, l’habillement ou les rites, considérés comme des signes d’éloignement ou de « désassimilation », alors que ces mêmes questions ne sont pas soulevées pour des pratiques religieuses similaires chez les adeptes d’autres confessions. Cette inégalité de traitement ne favorise pas la cohésion sociale souhaitée par tous, mais engendre le doute et un sentiment d’exclusion. Elle témoigne également d’une méconnaissance ou d’une interprétation erronée de la laïcité, même parmi certains de ses partisans, qui la réduisent à l’exclusion de la religion de l’espace public, alors qu’en réalité elle constitue un cadre légal visant à organiser la cohabitation et protéger les libertés.
Elle offre une opportunité à toutes les religions, et non à l’Islam seulement, pour faciliter la coexistence et la fidélité à la citoyenneté, notamment à travers le principe de liberté de conscience. Tant que l’expression religieuse ne porte atteinte ni à l’ordre public ni aux droits d’autrui, elle ne constitue pas une violation civile. L’histoire de la France montre que la présence de la religion dans l’espace public a longtemps été un usage commun et ce qui apparaît aujourd’hui comme une « choc » ne l’était pas à certaines périodes antérieures. Pour cette raison et d’autres, la Grande Mosquée de Paris appelle à une réinterprétation de la laïcité dans ce sens, ouvrant la voie à une lecture plus apaisée et moins conflictuelle de la relation entre foi et citoyenneté.
Ainsi, en profondeur, ce hadith ne demande ni au musulman d’abandonner sa foi, ni à la société de tolérer la transgression des lois, mais établit un critère simple et clair : « Celui qui respecte les conditions de la vie commune est pleinement partenaire de celle-ci. » Dans ce sens, le hadith répond à la question fondamentale qui s’impose aujourd’hui : comment être à la fois musulman pleinement croyant et citoyen pleinement responsable ? La réponse est que l’on n’a pas à choisir entre les deux, mais que la fidélité sincère à ses engagements envers Allah et envers la société, permet d’accomplir les deux pleinement
*Article à paraître dans le n°93 de notre magazine Iqra.
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