Regard fraternel (n°94) - Vivre le Ramadhan en communauté plurielle
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Par Nassera Benamra
Le mois béni de Ramadhan représente pour les musulmans, partout dans le monde, un élan de foi, une profonde recharge spirituelle et une véritable école d’éducation morale. Il permet au croyant de retrouver sa force intérieure, de raviver l’éclat de son âme, de faire revivre les œuvres de bien, au sein de la société et de redonner toute sa visibilité aux valeurs de l’islam dans l’ensemble de la communauté citoyenne.
Mais le Ramadhan en Occident, ou dans les pays où musulmans et non-musulmans vivent côte à côte, revêt un caractère particulier. Les musulmans d’Europe, comme ceux du Moyen-Orient, saisissent pleinement cette période précieuse. Ils s’imprègnent de l’atmosphère spirituelle et culturelle propre à ce mois béni, et vivent leurs rites dans le partage, la convivialité et l’ouverture, en les inscrivant au cœur de la vie collective.
Dans plusieurs régions du monde, des non-musulmans participent aux célébrations du Ramadhan aux côtés des musulmans. C’est le cas notamment de certains chrétiens au Moyen-Orient, mais aussi de citoyens non musulmans dans des pays occidentaux, où les manifestations liées à ce mois sacré prennent une place croissante dans l’espace public.
Une atmosphère Ramadhanesque en Occident
Si la participation de non-musulmans aux célébrations du Ramadhan peut sembler naturelle dans des pays à majorité musulmane, il est plus frappant d’observer un engouement similaire dans des sociétés occidentales majoritairement chrétiennes.
La société française manifeste, dans l’ensemble, une attitude de tolérance et de compréhension à l’égard des pratiques des musulmans durant le mois de Ramadhan. Des initiatives communes sont organisées pour favoriser le dialogue entre les religions et les cultures, contribuant ainsi à renforcer le vivre-ensemble.
Par ailleurs, les actions caritatives, telles que la distribution de repas d’iftar, constituent des moments forts de solidarité. Elles donnent corps aux valeurs d’entraide et de cohésion sociale, rappelant que le Ramadhan dépasse le cadre strictement cultuel pour devenir aussi un temps de partage ouvert à tous.
Londres est devenue la première grande ville européenne à installer des illuminations spéciales pour le Ramadhan dans ses rues. Cette année, Francfort a suivi le mouvement, devenant la première grande ville allemande à autoriser des décorations lumineuses dans l’espace public pour marquer le début du mois de jeûne.
En Autriche, plus d’un millier de personnes se sont récemment réunies dans la région de Carinthie pour un iftar ouvert, un repas de rupture du jeûne auquel tout le monde était convié, sans distinction religieuse, les organisateurs constatent une participation croissante d’année en année, y compris de nombreux non-musulmans.
Il faut rappeler qu’au cours des années 1990, l’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avait instauré des iftars au département d’État américain, initiative ensuite reprise par des ambassades européennes, réunissant responsables politiques et représentants religieux autour d’un même repas.
Certains observateurs soulignent également la dimension économique du Ramadhan, devenu une saison commerciale majeure à l’échelle mondiale. Les dépenses des ménages musulmans augmentent durant ce mois, atteignant, rien qu’au Moyen-Orient, près de 60 milliards de dollars en 2023.
Le Ramadhan au Moyen-Orient est célébré en communauté
Ce mois béni ne relève pas uniquement de la religion, mais aussi à l’atmosphère et aux traditions qui rassemblent les gens. Dans les régions marquées par la diversité religieuse, comme en Egypte, en Irak, au Liban et ailleurs, différentes communautés participent à cette période, devenue une occasion sociale privilégiée, notamment autour des tables d’iftar.
Le Ramadhan au Moyen-Orient raconte l’histoire d’une communauté, non pas ethnique, mais nationale, où l’appartenance dépasse les différences religieuses. On y voit des chrétiens préparer des pâtisseries et les offrir à leurs voisins musulmans, ces derniers, à leur tour, partagent leurs plats et leurs tables. Il arrive même que musulmans et chrétiens jeûnent ensemble, par solidarité ou par amitié.
Le Ramadhan devient bien plus qu’un mois sacré pour les seuls fidèles musulmans, il se transforme en un temps de partage, de traditions communes et de symboles vécus collectivement, où la foi rencontre la fraternité du quotidien et le citoyen de tous les jours.
*Article à paraître dans le n°100 de notre magazine Iqra.
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