Regard fraternel (n°96) - Aïd El-Fitr : traditions, saveurs et retrouvailles familiales
- il y a 4 jours
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Par Nassera Benamra
Célébré le premier jour du mois de Chawwal selon le calendrier hégirien, l’Aïd El-Fitr est à la fois un moment religieux et socioculturel. La fête s’étend généralement sur trois jours et constitue une occasion privilégiée pour les familles de se retrouver, d’échanger des visites et de partager leurs vœux. Si de nombreuses traditions se ressemblent dans le monde musulman, chaque pays conserve aussi ses propres coutumes héritées, qui donnent à la célébration une couleur particulière selon les cultures.
La maison familiale et la « Kleicha »
En Irak, l’Aïd possède aussi ses traditions et ses rituels populaires bien particuliers. Le matin de l’Aïd, la plupart des familles prennent un petit-déjeuner traditionnel composé d’un plat de kahi (une sorte de pâtisserie feuilletée et légère, proche de la « feteer » égyptienne) et qaymar (une crème épaisse typiquement irakienne), une association devenue incontournable lors des fêtes et des jours fériés.
La présence du thé irakien sur la table du matin de l’Aïd est incontournable, il est préparé selon une méthode traditionnelle appelée « takhdir el-shay », qui lui donne un arôme et un goût caractéristiques, très appréciés pour commencer la journée de fête.
Parmi les traditions auxquelles les Irakiens tiennent particulièrement pendant l’Aïd El-Fitr figure la visite de la maison familiale, le plus souvent celle des parents. C’est généralement la première visite que l’on effectue le jour de la fête. On y partage la kleicha, une pâtisserie traditionnelle fourrée selon les goûts, aux dattes, aux noix ou à d’autres fruits secs.
La famille se réunit ensuite autour du déjeuner pour déguster la dolma, un plat de légumes farcis très apprécié. Après ce moment convivial, les membres de la famille partent rendre visite aux proches et aux voisins afin d’échanger les vœux de l’Aïd.
Pour les enfants en Irak, l’Aïd est aussi synonyme d’une joie toute particulière. Ils attendent souvent avec impatience que les adultes terminent les visites familiales pour pouvoir se rendre dans les parcs d’attractions et les aires de jeux, où ils passent des moments de fête et d’amusement.
« Eidiya » et Mansaf
En Jordanie, l’Aïd possède aussi une saveur bien particulière, l’une des traditions les plus importantes est celle de l’« Eidiya », une somme d’argent offerte aux femmes et aux enfants pour exprimer l’affection et apporter joie et bonheur en ce jour de fête. Les Jordaniens, et surtout les enfants, portent également des vêtements neufs pour marquer l’occasion.
Après la prière de l’Aïd dans les mosquées, les familles se réunissent généralement dans la maison du doyen de la famille. Les visites se poursuivent ensuite tout au long de la journée pour présenter les vœux aux proches, en particulier aux mères, aux sœurs, aux tantes, mais aussi aux voisins.

Le repas de fête occupe une place centrale, avec le « Mansaf », considéré comme le plat emblématique de la table jordanienne. Les familles se retrouvent souvent autour du déjeuner pour partager ce mets traditionnel.
Dans chaque foyer jordanien, les tables se garnissent également de nombreuses pâtisseries, qu’elles soient faites maison ou achetées. Parmi les plus populaires figurent le « kaak » ou le « maamoul », préparés à base de semoule ou de farine et fourrés aux dattes, aux pistaches ou aux noix. Ces douceurs sont souvent accompagnées de café arabe nature, préparé dans des cafetières traditionnelles et parfumé à la cardamome, la boisson chaude incontournable des célébrations de l’Aïd.
Les traditions de l’Aïd El-Fitr en Palestine
En Palestine, les habitants attachent une importance particulière à la prière de l’Aïd au sein de la mosquée El-Aqsa, malgré les difficultés et les tentatives de restrictions imposées par l’occupation israélienne pour les empêcher d’accomplir ce rituel sacré.
Les familles palestiniennes préparent pour l’occasion des douceurs traditionnelles, comme les « baraq » et «naqou‘ », des graines parfumées et savoureuses, tandis que les enfants participent en chantant.

Après la prière, de nombreux fidèles se rendent dans les cimetières pour réciter le Coran sur les tombes de leurs proches tombés en martyr, et distribuent argent et pâtisseries en leur mémoire. Les femmes préparent également des pâtisseries traditionnelles, telles que le « maamoul », le « halawa sennounik » ou le « yahmi », pour accompagner les repas et les visites familiales.
Les traditions de l’Aïd El-Fitr à Oman
A Oman, comme dans tous les pays du Golfe, les célébrations de l’Aïd El-Fitr reposent sur des coutumes anciennes transmises de génération en génération. Les préparatifs commencent dès les dix derniers jours du Ramadhan, avec l’organisation de la « Halqa », une veillée communautaire propre à chaque région ou gouvernorat.
Le jour de l’Aïd, la naissance du croissant lunaire est annoncée par des dizaines de coups de feu tirés en l’air, signalant ainsi la fin du jeûne et le début des festivités. La matinée commence par le repas du petit-déjeuner festif, appelé « Arsiya », préparé la veille et très apprécié des familles omanaises.
Les fidèles se rendent ensuite à la prière de l’Aïd. Après la prière, hommes et enfants sortent dans les rues en chantant et en exécutant des danses traditionnelles. Les familles se retrouvent dans les espaces ouverts, souvent ombragés par de grands arbres, pour prolonger les chants et la convivialité jusqu’en milieu de journée. La célébration se poursuit par les visites aux proches et aux amis, moments essentiels d’échange de vœux et de partage.
*Article paru dans le n°102 de notre magazine Iqra.
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