Récits célestes (n°78) - Les fidèles en retraite spirituelle dans le Coran
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Au cours des nuits des dix derniers jours de Ramadhan, le rythme de la vie se transforme dans les mosquées. Le vacarme du monde s’apaise, le murmure du Coran s’élève, les prosternations se prolongent, comme si le temps lui-même s’inclinait vers le recueillement. Là, dans les recoins des mosquées, des croyants demeurent assis, ayant laissé derrière eux l’agitation des jours, venus vivre une retraite spirituelle… non pour fuir le monde, mais pour retourner vers Allah.
En vérité, la retraite spirituelle ne consiste pas seulement à séjourner dans la mosquée ; elle est d’abord un recueillement du cœur avant d’être celui du corps : un moment où l’être humain se retire du tumulte de la vie pour se tenir face à son Créateur.
Et ce sens n’est pas propre à la seule loi de l’islam ; il constitue un héritage de foi ancien, qui s’étend à travers les pages du Coran, depuis les premiers jours de l’édification de la Maison d’Allah.
Le Coran nous transporte vers une scène majestueuse, à l’aube de l’histoire de la foi, lorsque Abraham et Ismaël, sur eux la paix, élevèrent les fondations de la Maison sacrée.
Là, auprès de la première Maison établie pour les hommes, leur parvint l’injonction d’Allah : « Et Nous avons confié à Abraham et à Ismaël ceci : purifiez Ma Maison pour ceux qui accomplissent les circumambulations, pour ceux qui s’y consacrent à la retraite spirituelle, ainsi que pour ceux qui s’inclinent et se prosternent. »
Dans ce verset se côtoient trois catégories de serviteurs voués à l’adoration : ceux qui tournent autour de la Maison sacrée, ceux qui s’y consacrent à la retraite spirituelle, et ceux qui s’inclinent et se prosternent. Les exégètes, parmi lesquels l’imam El-Tabarî, ont expliqué que les « عاكفون » sont ceux qui demeurent dans la Maison d’Allah, s’y consacrant exclusivement à Son adoration.
Le lecteur découvre alors que la retraite spirituelle n’est pas un acte de dévotion passager dans l’histoire de l’islam ; elle fait partie de la structure spirituelle même de la Maison sacrée . De même qu’une place a été destinée à ceux qui accomplissent la circumambulation, une place a été réservée à ceux qui s’adonnent à la retraite spirituelle.
C’est un héritage spirituel qui commença avec Abraham et demeura vivant, à travers les siècles, dans les maisons d’Allah.
Puis le Coran vient raviver à nouveau ce sens dans la législation de l’islam, dans un verset révélé à propos du jeûne : « Et n’ayez pas de rapports avec elles pendant que vous êtes en retraite spirituelle dans les mosquées. »
Comme le rappelle Ibn Kathîr dans son exégèse, ce verset constitue une preuve manifeste que la retraite spirituelle est un acte d’adoration propre aux mosquées, fondé sur le retrait du monde en vue du rappel d’Allah et de l’adoration.
Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a incarné ce sens dans sa vie même : il observait chaque année une retraite spirituelle durant les dix derniers jours de Ramadhan, au point que la Mère des croyants, Aïcha, qu’Allah l’agrée, a dit : « Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, se retirait en retraite spirituelle durant les dix derniers jours de Ramadhan, jusqu’à ce qu’Allah le rappelle à Lui. » (Rapporté par El-Boukhârî et Mouslim)
Comme si ces derniers jours du mois n’étaient pas seulement l’achèvement du jeûne, mais aussi l’instant du retour à la retraite intérieure. Mais le Coran ne se contente pas d’évoquer la retraite spirituelle comme une simple pratique juridique ; il nous en offre, à travers les récits des prophètes et des justes, des images profondes de l’intimité avec Allah.
Marie, sur elle la paix, vivait dans son sanctuaire des instants d’une grande pureté spirituelle, au point que le Coran décrit cette solitude bénie en ces termes : « Chaque fois que Zacharie entrait auprès d’elle dans le sanctuaire, il trouvait auprès d’elle une subsistance. »
Ici, le sanctuaire n’est pas seulement un lieu de prière ; il est un espace de quiétude où le cœur se purifie jusqu’à devenir proche du déploiement de la grâce divine.
Dans le récit de Moïse, sur lui la paix, nous voyons un autre modèle de retraite spirituelle, nourrie par la foi : il se rendit au rendez-vous du mont Sinaï durant quarante nuits, comme l’a dit le Très-Haut : « Nous donnâmes à Moïse rendez-vous pendant trente nuits, que Nous complétâmes par dix. »
Ces nuits furent une immense préparation spirituelle avant que Moïse ne reçoive les Tables du message. Car la Révélation requiert un cœur dépouillé du tumulte de la terre.
Ainsi, le Coran nous révèle que les instants de retraite avec Allah ont toujours constitué le point de départ des grandes transformations dans l’histoire de la foi.
Dans les sociétés modernes, où le téléphone ne se tait presque jamais et où le flot des nouvelles ne s’interrompt pas, la retraite spirituelle devient plus qu’un acte d’adoration saisonnier : elle devient un moment de reconquête intérieure. C’est une occasion pour l’être humain de revenir à sa simplicité première : un Coran entre les mains, une longue prosternation, et une invocation qui jaillit d’un cœur sincère. C’est alors que le musulman vivant en Occident, plus particulièrement, comprend le sens de la retraite spirituelle comme un espace de liberté intérieure au sein d’un monde saturé de matérialisme.
C’est pourquoi les dix derniers jours de Ramadhan reviennent chaque année comme l’ultime appel au cœur de la saison de la miséricorde. Quiconque veut rejoindre la lignée des fidèles en retraite spirituelle, depuis Abraham, voit ici l’occasion se renouveler. Car la retraite spirituelle n’est pas un retrait hors de la vie, mais un retour à sa source ; elle n’est pas un isolement d’avec les hommes, mais une rencontre profonde avec Allah.
Qu’il est beau que l’être humain sorte de Ramadhan en ayant appris le secret de cet acte d’adoration : lorsque le cœur se consacre à Dieu, les portes du ciel s’ouvrent devant lui.
Ainsi, les fidèles en retraite spirituelle dans les mosquées demeurent le prolongement de cet antique cortège d’adorateurs : un cortège qui commença auprès de la Maison d’Abraham, passa par le sanctuaire de Marie et le rendez-vous de Moïse, puis se manifesta dans la retraite spirituelle du Prophète, paix et bénédictions sur lui.
Tel est l’héritage de l’intimité avec Allah… un héritage qui demeure vivant dans les nuits de Ramadhan.
*Article paru dans le n°101 de notre magazine Iqra.
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