Regard fraternel (n°99) - Sheikh Osman Sharubutu, l'imam de 102 ans qui cultive la paix au Ghana
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Par Nassera Benamra
« Nous sommes un seul peuple et Dieu ne nous a pas créés pour nous battre. »
Paroles du Sheikh Osman Sharubutu
Le monde semble parler de paix sans jamais la vivre pleinement. A mesure que les conflits s’intensifient et que les équilibres se fragilisent, la paix devient un mot omniprésent… mais de plus en plus insaisissable. Pourtant, loin des tribunes et des rapports de force, certains en font une réalité quotidienne.
À 102 ans, Sheikh Osman Sharubutu, dont la longévité épouse la constance d’un engagement entièrement tourné vers le dialogue et la fraternité, incarne cette fidélité silencieuse à la paix, construite dans le temps long, à rebours des urgences du monde.
Une autorité morale au service de la paix et de l’amour
Sheikh Osman Sharubutu est le Grand Imam national du Ghana, une fonction qu’il occupe depuis le début des années 1990. Né à Accra, il a consacré sa vie à l’enseignement religieux et à l’accompagnement spirituel de sa communauté. Très tôt, il s’est distingué par son sens de la modération et sa volonté de privilégier l’unité au sein de la société ghanéenne, dans un contexte où cohabitent différentes confessions ethniques.
Au fil des décennies, il est devenu une figure centrale du dialogue interreligieux au Ghana, travaillant régulièrement aux côtés de leaders chrétiens et musulmans pour préserver la paix sociale. Son action repose sur une conviction simple et constante, la stabilité de la société passe par le respect des autres et la fraternité, « Quand tu parles à ton frère, assure-toi que tes paroles apportent la paix… et montrent l’amour. » a-t-il déclaré dans une de ses interventions. Par sa longévité, il incarne aujourd’hui une autorité morale reconnue bien au-delà des frontières de son pays. Lui qui dit : « Je suis vieux, fort et plein de vitalité. Je vois, je suis capable de lire et d'écrire sans l'aide d'aucun gadget. Je suis capable de marcher tout seul - Dieu ne m'a pas mis à l'épreuve par la faiblesse ».
Une autre autorité morale face aux tensions et aux crises intercommunautaires
Au Ghana, pays marqué par une relative stabilité mais où certaines tensions locales peuvent surgir, Sheikh Osman Sharubutu joue également un rôle de médiateur. Membre du Conseil national pour la paix, il intervient régulièrement pour apaiser des situations conflictuelles et prévenir les escalades de violence.
Son influence s’est notamment manifestée lors de plusieurs crises communautaires, où sa présence et ses interventions ont permis de désamorcer des tensions, pour lui « Les leaders religieux doivent veiller à ce que leurs paroles préservent l’unité et la paix ». Dans des contextes sensibles, sa parole est souvent recherchée pour rétablir le dialogue et éviter l’affrontement. Cette capacité à intervenir dans les moments critiques renforce son statut d’autorité morale, respectée au-delà de la communauté musulmane.
L’acteur principal de la paix interreligieuse
Sheikh Osman Sharubutu est profondément respecté et s’est imposé, au fil des années, comme une véritable voix d’apaisement dans un pays où musulmans et chrétiens cohabitent dans un esprit globalement harmonieux. Son engagement ne repose pas sur des déclarations spectaculaires, mais sur des gestes simples, empreints de sincérité et d’attention à l’autre.
En 2019, sa présence à l’église catholique Christ the King d’Accra, à l’occasion des célébrations de Pâques, a marqué les esprits. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont symbolisé une proximité rare entre responsables religieux de confessions différentes, dans un contexte international pourtant marqué par les tensions.
La relation qu’il entretient avec le père Andrew Campbell, prêtre catholique âgé de 78 ans et installé au Ghana depuis plus de cinquante ans, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Au fil du temps, leur amitié est devenue un symbole fort du dialogue interreligieux. Loin d’être anecdotique, cette proximité entre un imam et un prêtre illustre concrètement la possibilité d’un vivre-ensemble apaisé, fondé sur la reconnaissance de l’autre et une confiance sincère.
Des gestes concrets au service de la coexistence
Au-delà des symboles, Sheikh Osman Sharubutu s’est illustré par des actions concrètes en faveur de la cohésion sociale et du vivre ensemble. Dans un geste fort de solidarité interreligieuse, il a apporté un soutien financier de plus de 8 000 dollars à la construction de la cathédrale nationale d’Accra. Un acte perçu comme inhabituel dans le contexte, mais qui traduit sa volonté de renforcer la confiance entre communautés religieuses.
Ce type d’engagement s’inscrit dans une vision plus large, à savoir une coexistence fondée sur la reconnaissance et le respect. Pour lui, la paix ne peut être durable que si elle se traduit par des initiatives communes, dépassant les appartenances religieuses et les logiques de séparation.
A vrai dire, Sheikh Osman Sharubutu ne parle pas de paix comme d’un concept lointain. Il la vit. On la retrouve dans ses déplacements pour apaiser des tensions, dans ses échanges avec des responsables d’autres confessions, pour lui la paix est comme une évidence plus que comme un symbole. « La paix doit l’emporter sur la violence, l’unité sur la division. » Chez lui, ces mots ne sonnent pas comme un discours, ils ressemblent à une ligne de vie.
A 102 ans, il ne cherche ni à convaincre ni à impressionner, il montre, avec constance, que la paix est d’abord une manière d’être au monde. Une manière simple, mais exigeante, faite d’attention à l’autre, de respect et de fidélité.
*Article à paraître dans le n°104 de notre magazine Iqra.
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