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Sabil al-Iman (n°112) - Bilal, de l’esclavage à l’honneur

  • il y a 6 heures
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Par Cheikh Khaled Larbi

Quand les hommes regardent la couleur de la peau, Dieu regarde la lumière du cœur, quand les puissants mesurent la naissance, le Très-Haut mesure la valeur.

 

Parmi les innombrables figures qui peuplent l’histoire de l’humanité, certaines traversent les siècles parce qu’elles ont exercé le pouvoir, commandé des armées ou bâti des empires. D’autres demeurent vivantes dans la mémoire des hommes pour une raison bien différente : elles incarnent une vérité éternelle. Bilal ibn Rabah appartient à cette seconde catégorie. Son histoire n’est pas seulement celle d’un esclave devenu libre. Elle est celle d’un homme que la Révélation a élevé alors que la société l’avait abaissé. Elle est celle d’une civilisation qui a proclamé, dans un monde dominé par les hiérarchies de naissance, que la dignité humaine ne dépend ni du sang, ni de la couleur, ni de la richesse.


Avant l’islam, Bilal était un esclave abyssin vivant à La Mecque. Dans la société tribale arabe, il cumulait toutes les formes de marginalisation.


Il était étranger.


Il était noir.


Il était pauvre.


Il était esclave.


Autrement dit, selon les critères de son époque, il ne possédait aucun des attributs permettant d’obtenir considération ou prestige.


Puis vint la lumière de l’islam.


Lorsqu’il entendit l’appel du Prophète ﷺ à l’unicité divine, Bilal reconnut immédiatement la vérité. Il embrassa la foi malgré les risques considérables que cela représentait. Son maître, Oumayyah ibn Khalaf, entreprit alors de le faire renoncer à sa croyance.


Les biographies rapportent qu’il était traîné sous le soleil brûlant du désert, privé d’eau et écrasé sous de lourdes pierres. Mais face à la torture, Bilal répétait inlassablement : « Ahad, Ahad »


« Unique, Unique. » Un seul Dieu. Une seule vérité. Une seule fidélité.


Les chaînes pouvaient emprisonner son corps. Elles ne pouvaient soumettre son âme.


Le Coran évoque cette catégorie d’hommes lorsqu’il déclare : « Parmi les croyants se trouvent des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. » (Coran 33:23)


Bilal n’était pas un théologien. Il n’était pas un chef de tribu. Il n’était pas un notable.


Pourtant son nom demeure connu de millions de croyants quatorze siècles après sa mort.


Pourquoi ? Parce que l’islam a opéré une révolution silencieuse mais radicale. Une révolution des critères.


Le Coran affirme : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. » (Coran 49:13)

 

Ce verset constitue l’une des déclarations les plus puissantes jamais formulées contre le racisme, l’aristocratie héréditaire et les discriminations fondées sur l’origine.


La noblesse n’est plus déterminée par la naissance. Elle est déterminée par la conscience morale.

La valeur d’un être humain ne dépend plus de son lignage. Elle dépend de son rapport à Dieu.


Cette révolution se manifesta concrètement lorsque Abou Bakr racheta Bilal afin de lui rendre sa liberté Ce geste n’était pas un simple acte philanthropique. C’était une affirmation spirituelle.


L’homme que la société considérait comme un bien marchand était reconnu comme un frère dans la foi. Plus encore, le Prophète ﷺ choisit Bilal pour devenir le premier muezzin de l’histoire de l’islam. Ce choix possède une portée symbolique immense.


Dans la logique tribale de La Mecque, Bilal représentait l’échelon inférieur de la hiérarchie sociale.


Dans la logique prophétique, il devient la voix qui appelle les croyants à la prière. Celui qui était réduit au silence devient celui dont la voix résonne au-dessus des maisons. Celui qui était méprisé devient celui qui guide les croyants vers l’adoration.


Quelle leçon plus éclatante pouvait être donnée à l’humanité ?


Le Prophète ﷺ poursuivra ce travail d’émancipation jusqu’à son dernier sermon. Devant une foule immense, il déclara : « Aucun Arabe n’a de supériorité sur un non-Arabe, aucun non-Arabe n’a de supériorité sur un Arabe, aucun blanc n’a de supériorité sur un noir, aucun noir n’a de supériorité sur un blanc, sauf par la piété. » Ce principe demeure l’un des fondements éthiques majeurs de la vision islamique de l’être humain. Les distinctions biologiques existent. Les distinctions sociales existent. Mais elles ne constituent jamais une mesure de la valeur intrinsèque d’une personne.


L’imam Malik enseignait que l’honneur véritable réside dans l’obéissance à Dieu.


Ibn Taymiyya écrira plus tard que les hommes sont égaux dans leur humanité et ne se distinguent réellement que par leur foi et leurs œuvres. Quant à Ibn al-Qayyim, il rappellera que les cœurs sincères peuvent atteindre des degrés que les puissants n’atteindront jamais.


Bilal demeure aujourd’hui l’illustration parfaite de cette vérité. Il n’a laissé ni palais, ni armée, ni dynastie. Pourtant son souvenir habite encore les mosquées du monde entier.


Chaque fois que l’appel à la prière s’élève, son héritage semble se prolonger. Chaque fois qu’un croyant comprend que sa valeur ne dépend ni de sa couleur ni de sa fortune, une part du message de Bilal renaît. Son histoire répond à une question universelle : Comment un homme méprisé par les puissants devient-il une référence pour l’humanité ?


La réponse est simple. Parce que Dieu regarde là où les hommes regardent rarement. Les hommes voient les apparences. Dieu voit les cœurs.


Les hommes établissent des rangs. Dieu élève des âmes.


Les hommes fabriquent des hiérarchies. Dieu révèle la dignité.


Quand la foi illumine l’intérieur, les chaînes perdent leur pouvoir, quand Dieu élève un serviteur, nul tyran ne peut l’abaisser davantage encore.


Ainsi Bilal demeure à travers les siècles une lumière dans l’histoire et une preuve que la véritable noblesse ne vient pas des hommes mais du Seigneur de la gloire.



*Article paru ans le n°113 de notre magazine Iqra.




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