Regard fraternel (n°100) - Les traditions religieuses révèlent le vrai sens de l’amour
- il y a 2 heures
- 10 min de lecture

Par Nassera Benamra
A travers les grandes traditions spirituelles, l’amour ne se résume jamais à un simple sentiment. Du judaïsme au christianisme, de l’islam au bouddhisme, il apparaît comme une manière de vivre, de se relier aux autres et de donner du sens à ses actes. Derrière des mots différents, une même idée se dessine, celle de l’amour véritable qui se construit, se pratique et se manifeste au quotidien.
Dans le Judaïsme
L’amour « ahava » pour cette croyance, n’est pas seulement un sentiment, il est profondément lié à l’action, à la relation et à l’engagement. Il est au cœur de la vie spirituelle et éthique. La Torah, dans le Lévitique (19:18), énonce ce commandement : « aime ton prochain comme toi-même », que Rabbi Akiba considérait comme le « grand principe » de la Torah. Cet amour ne se limite pas à un sentiment, il se traduit par des actes concrets tels que : ne pas se venger, prendre soin des autres et accueillir l’étranger (Lévitique 19:34).
La Bible évoque aussi différentes formes d’amour : l’amour entre Jacob et Rachel (Genèse 29:20), l’amitié entre David et Jonathan (1 Samuel 20:41-42 ; 2 Samuel 1:26), ou encore l’amour de Dieu, appelé à être total (Deutéronome 6:4-5).
Mais surtout, l’amour est une pratique. Il se vit dans la relation à l’autre, dans les gestes du quotidien et dans la manière de construire une communauté plus juste. C’est souvent au sein de la famille que l’on apprend à aimer ainsi, avant de faire de cet amour une attitude durable tout au long de la vie.
Dans le Christianisme
Le christianisme place l’amour au sommet de tous les commandements. Jésus-Christ enseigne : « Aimez-vous les uns les autres » et « Aimez vos ennemis » saint Paul en donne une définition célèbre (1 Corinthiens 13:4-8) un amour patient, humble, fidèle, qui « supporte tout ».
l’amour est au centre de toute la vie humaine. La Bible en parle comme d’une réalité vivante, qui guide les croyants dans leur manière de vivre et de se relier aux autres. Cet amour se retrouve notamment dans l’appel à aimer son prochain, rappelé dans la Lettre aux Galates (5:13-14), comme une manière concrète de vivre sa foi au quotidien.
Mais cet amour ne se résume pas à un sentiment. Il se construit dans les gestes, les attitudes et les choix de chaque jour. Saint Paul en donne une description marquante dans la Première Lettre aux Corinthiens (13:4-8) : un amour patient, bienveillant, qui ne cherche pas son intérêt et qui reste fidèle, même dans l’épreuve. C’est un amour exigeant, mais profondément humain.
La Bible insiste aussi sur une idée essentielle, aimer, ce n’est pas seulement dire, c’est agir. « N’aimons pas en paroles ou en langage, mais en actes et en vérité » (1 Jean 3:17-18). L’amour prend ainsi tout son sens dans l’attention portée aux autres, dans l’entraide, le pardon et la solidarité.
L’amour chrétien trouve son modèle dans l’amour de Dieu lui-même, un amour gratuit, offert à tous, sans condition. A travers la vie et le sacrifice de Jésus, cet amour devient un exemple à suivre : aimer sans attendre en retour, persévérer malgré les difficultés, et faire de l’amour une force qui transforme la vie.
Dans l’Islam
Dans le Coran, l’amour n’est pas exprimé par un seul mot, mais par plusieurs nuances tels que « hub » (حب) qui est l’amour au sens général, on trouve aussi « mawadda » (مودة) qui une affection profonde et stable qui perdure dans le temps, amour tendre (souvent dans le couple), « rahma » (رحمة) miséricorde, compassion qui peut être une forme essentielle d’amour et « chaghaf » (شغف).
En islam, l’amour n’est pas une simple émotion passagère ni une célébration limitée par le temps. Il est une réalité profonde, structurée par la foi, la morale et la miséricorde. Le Coran lui donne plusieurs nuances à travers des mots riches dans leurs sens, chacun de ces termes éclaire une dimension de l’amour authentique. L’amour, dans sa source première, est celui d’Allah. Il est à la base de toute orientation spirituelle : « Mais ceux qui ont la foi sont les plus ardents dans l’amour d’Allah. » (Coran 2:165)
Cet amour divin n’est pas abstrait, il se manifeste dans la manière dont le croyant aime les autres, agit avec justice et cherche le bien. Le Coran relie ainsi l’amour à la droiture et aux actes concrets. Dans le couple, l’amour n’est pas décrit comme une passion éphémère, mais comme une construction fondée sur la tranquillité et la miséricorde : « Et parmi Ses signes, Il a créé pour vous des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles la tranquillité (sakinah), et Il a mis entre vous affection (mawadda) et miséricorde (rahma). » (Coran 30:21). Ce verset montre que l’amour en islam est un équilibre, il apaise, il protège, il élève, et il s’inscrit dans la durée. Il ne se réduit pas à des manifestations extérieures, mais à une harmonie intérieure et à une responsabilité mutuelle.
Entre les croyants, l’amour prend aussi une dimension communautaire et spirituelle. Il devient fraternité, solidarité et entraide : « Les croyants ne sont que des frères. Établissez donc la réconciliation entre vos frères. » (Coran 49:10)
Il est lié directement à la foi elle-même. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Vous n’entrerez pas au Paradis tant que vous ne croirez pas, et vous ne croirez pas tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. Répandez le salut entre vous. » (Mouslim)
L’amour en islam n’est pas une invention sociale ni une occasion ritualisée. Il est un mode de vie, aimer pour Allah, aimer avec sincérité, aimer dans le respect et la dignité, sans excès ni déviation.
Le Coran insiste aussi sur le fait qu’Allah aime certaines qualités humaines, ce qui montre que l’amour est lié à la conduite : « Allah aime les bienfaisants. » (Coran 2:195) « Allah aime les justes. » (Coran 49:9) « Allah aime ceux qui se repentent et ceux qui se purifient. » (Coran 2:222).
L’amour véritable en islam est global, il relie le cœur à Dieu, l’individu à sa famille et la société à la justice. Il est à la fois sentiment, comportement et élévation spirituelle.
Dans le bouddhisme
Aimer ne signifie pas s’attacher, mais vouloir sincèrement le bien des autres. Cet amour se vit à travers « metta », la bienveillance, et « Karuna », la compassion, cette capacité à reconnaître la souffrance et à chercher à l’apaiser.
Il ne s’agit pas d’un amour possessif ou dépendant, mais d’un élan libre, sans attente. Il s’étend à tous, proches, inconnus, et même à ceux avec qui les relations sont plus difficiles.
Bouddha enseigne que cet amour se cultive avec le temps, notamment par la méditation. Aimer devient alors un choix, une manière d’être qui se traduit concrètement par la patience, la générosité et la non-violence, c’est un chemin vers plus de paix intérieure et d’harmonie avec les autres.
A vrai dire, ces traditions religieuses ne décrivent pas seulement l’amour, elles nous apprennent à le vivre. Un amour qui se prouve dans les gestes, se renforce dans l’épreuve et s’élève dans la foi. Qu’il soit appelé ahava, charité, Rahma, maouda ou Karuna il porte une même exigence, Sortir de soi pour aller vers l’autre, avec justice, patience et miséricorde. Car c’est peut-être là que réside sa vérité la plus profonde. L’amour n’est pas seulemsnt ce que l’on ressent, mais ce que l’on choisit de faire, chaque jour.
*Article paru dans le n°105 de notre magazine Iqra.
À LIRE AUSSI :




Commentaires