Le Hadith de la semaine (n°108) - Les dix jours de Dhu al-Hijja : une saison de proximité divine et de renouvellement de la foi
- il y a 2 heures
- 9 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi
D'après Abd Allâh ibn Abbâs, qu’Allah les agrée, le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Il n’est pas de jours plus nobles auprès d’Allah, ni durant lesquels les œuvres pieuses Lui sont plus chères, que ces dix jours. Multipliez-y donc les formules de tahlil, de Takbīr et de tahmid. »
Rapporté par al-Tabarani
Les dix premiers jours de Dhu al-Hijja sont des jours d’une grandeur singulière, dont Allah a exalté le rang et magnifié la valeur. Il en a fait une saison bénie d’adoration et de proximité, où les cœurs se tournent vers Lui avec plus d’ardeur, et où les œuvres pieuses revêtent une noblesse particulière.
Allah, Exalté soit-Il, a juré par ces jours dans le Noble Coran lorsqu’Il dit : « Par l’Aube ! Et par les dix nuits ! » Ce serment divin révèle la noblesse du temps, la grandeur spirituelle de ces jours bénis et les significations profondes qu’Allah veut éveiller dans les cœurs durant cette première décade du dernier mois de l’année hégirienne.
Ces jours se distinguent également par la réunion des plus grandes formes d’adoration : la prière, le jeûne, l’aumône, l’invocation, l'évocation d’Allah, le pèlerinage et le sacrifice rituel. Les dix jours de Dhu al-Hijja deviennent ainsi une occasion privilégiée pour raviver le cœur et renouveler le lien avec Allah Exalté soit-Il.
Dès le coucher du soleil du dernier jour de Dhu al-Qaʿda commence le Takbīr absolu, et le musulman répète : « Allahu Akbar, Allahu Akbar, lâ ilaha illa Allah, Allahu Akbar, Allahu Akbar wa lillahi al-ḥamd. »
Le Takbīr rend au cœur le sentiment de la grandeur d’Allah au milieu des préoccupations et des pressions de la vie quotidienne. L’âme s’affaiblit lorsqu’elle demeure absorbée par les affaires du monde, mais le dhikr lui rend sa sérénité, restaure son équilibre et y fait descendre l’apaisement.
Allah Exalté soit-Il dit : "Et qu’ils mentionnent le Nom d’Allah en des jours bien déterminés". Les « jours bien déterminés » désignent les dix jours de Dhu al-Hijja. C’est pourquoi il est recommandé d’y multiplier le tahlil, le tahmid, le Takbīr ainsi que l’ensemble des évocations pieuses.
Parmi les traditions prophétiques qui accompagnent l’entrée de Dhu al-Hijja figure également, pour celui qui a l’intention d’offrir le sacrifice rituel, le fait de s’abstenir de couper ses cheveux et ses ongles jusqu’à l’immolation de son offrande, conformément à la parole du Prophète ﷺ : « Lorsque les dix jours commencent et que l’un d’entre vous souhaite offrir une bête en sacrifice, qu’il ne touche ni à ses cheveux ni à ses ongles. » (Rapporté par Muslim).
Cette Sunna dispose l’âme à une préparation spirituelle avant le jour du sacrifice. Elle maintient le cœur lié à cette adoration durant plusieurs jours, dans un climat de recueillement, de vigilance intérieure et de désir sincère de se rapprocher d’Allah.
Le jeûne figure également parmi les œuvres majeures de cette période bénie, en particulier le jeûne du jour de Arafa, jour de miséricorde, de pardon et d’invocations. Le Prophète ﷺ a dit : « J’espère qu’Allah effacera, par son mérite, les péchés de l’année passée et de l’année à venir. » (Rapporté par Mouslim)
C’est pourquoi de nombreux croyants ressentent, au jour de Arafa, une humilité particulière, une ferveur plus vive et un profond abandon devant Allah.
Les significations spirituelles de ces jours apparaissent avec encore plus d’intensité dans la réalité de l’homme contemporain, souvent accablé par les pressions psychologiques, sociales et le rythme incessant de la vie moderne. Ces saisons de foi viennent alors rendre à l’âme son apaisement et au cœur sa stabilité intérieure.
Ces jours revêtent une dimension particulière pour les musulmans vivant en contexte occidental, où l’espace public, souvent marqué par la neutralité religieuse, laisse peu de place à l’expression visible des rites.
Les manifestations collectives des signes religieux s’estompent alors dans les rues et les lieux publics, tandis que le Takbīr et le dhikr demeurent vivants dans l’intimité des foyers, les mosquées et les rassemblements familiaux.
De nombreux parents s’efforcent alors de transmettre à leurs enfants la valeur spirituelle de ces jours bénis, en leur enseignant le Takbīr, en évoquant les mérites de cette période et en créant au sein du foyer une atmosphère de foi préservant le sentiment d’appartenance religieuse au cœur d’un environnement fortement matérialiste.
Dans plusieurs pays, le sacrifice rituel est par ailleurs soumis à un encadrement sanitaire et administratif rigoureux. Il s’accomplit alors dans des abattoirs agréés, selon des procédures précises et dans le respect des normes en vigueur. Le sens profond du rite demeure pourtant vivant dans les consciences, car Allah Exalté soit-Il, dit : « Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteignent Allah, mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la crainte révérencielle ». (Sourate Al-Hajj, verset: 37)
Durant ces jours bénis se manifeste enfin l’une des plus belles images de l’unité de la communauté musulmane : tandis que les pèlerins se tiennent dans les lieux saints, des millions de croyants à travers le monde vivent au rythme du dhikr, du jeûne, des invocations et des œuvres pieuses. Les cœurs se rejoignent alors autour d’une même finalité : l’adoration d’Allah et l’exaltation de Sa grandeur.
Les dix jours de Dhu al-Hijja constituent ainsi une occasion bénie de réordonner sa relation avec son Seigneur, de revaloriser le sens de sa vie et de purifier son cœur, afin d’entrer dans ces jours avec une âme plus apaisée, une foi renouvelée et une présence plus profonde auprès d’Allah Exalté soit-Il.
*Article paru dans le n°111 de notre magazine Iqra.
LIRE AUSSI :
Le Hadith de la semaine (n°75) - La communauté victorieuse à Bayt El-Maqdis et ses environs : persévérance et espoir renouvelé




Commentaires