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Sabil al-Iman (n°122) - La paix commence par une parole

il y a 41 minutes
10 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

 

Une parole peut apaiser ou blesser, rapprocher les cœurs ou les éloigner. Dans l’Islam, la paix ne se réduit pas à l’absence de guerre : elle est une éthique de vie fondée sur le respect, la justice, la maîtrise de soi et la recherche de la réconciliation. Avant d’apprendre à maîtriser sa force, le croyant est appelé à maîtriser sa langue. Allah ﷻ dit : « Et dis à Mes serviteurs d’exprimer les meilleures paroles. » (Coran, 17:53). Le choix des mots n’est donc jamais anodin. Une parole peut consoler, éclairer et réconcilier, elle peut aussi humilier, diffamer et attiser la haine. Le Prophète Mohammed ﷺ a résumé cette responsabilité en disant : « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main. » (Sahih Mouslim). La langue est citée avant la main : car bien souvent, la violence commence par une parole avant de devenir un geste.


La paix ne signifie pas le silence devant l’injustice


L’Islam n’enseigne pas une paix faite de passivité. Il enseigne une paix fondée sur la justice, y compris lorsque nous sommes confrontés à ceux que nous désapprouvons ou qui nous ont blessés. Allah ﷻ dit : « Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété. » (Coran, 5:8)


Cette règle demeure essentielle : désapprouver n’autorise pas à déshumaniser, souffrir n’autorise pas à devenir injuste, et combattre une injustice ne doit pas nous conduire à en commettre une autre. A l’époque des réseaux sociaux, où quelques secondes suffisent pour diffuser une accusation, une insulte ou une image destinée à provoquer la colère, cette responsabilité prend une dimension nouvelle. Chacun dispose désormais d’une tribune, chacun doit donc mesurer davantage la portée de ses paroles.


Réconcilier est une œuvre de foi


Le Coran fait de la réconciliation une véritable œuvre spirituelle : « Les croyants ne sont que des frères. Établissez donc la concorde entre vos frères. » (Coran, 49:10).


Réconcilier n’est pas une faiblesse. Il faut parfois davantage de courage pour maîtriser sa colère que pour répondre à une provocation. Il est facile de rendre une insulte, il est plus noble de préserver sa dignité. Il est facile d’entretenir une rancune, il est plus difficile de chercher une issue.    


Dans la famille, entre voisins, au travail, dans la mosquée ou entre communautés, la paix commence parfois par quelques mots simples :


« Parlons-en. »


« Je t’ai peut-être mal compris. »


« Pardonne-moi. »


Ces paroles ne diminuent pas celui qui les prononce : elles témoignent au contraire de sa maîtrise de soi et de sa volonté de préserver le lien.


Ghaza : défendre la justice sans perdre notre humanité


Cette éthique prend une résonance particulière face aux souffrances des populations civiles à Ghaza. Les rapports humanitaires des Nations unies continuent de documenter les conséquences dramatiques du conflit sur les civils, notamment les morts, les destructions, les déplacements et les difficultés d’accès à l’eau, aux soins, au logement et à l’aide humanitaire.


Face à une telle souffrance, la parole musulmane doit être ferme sans être haineuse, solidaire sans être aveugle, indignée sans devenir injuste.


Affirmer que la vie d’un enfant palestinien possède la même dignité que celle de tout autre enfant n’est pas un acte de haine : c’est un principe de justice.


Pleurer Gaza n’autorise pas à haïr un peuple.Défendre les Palestiniens n’autorise pas à mépriser les Juifs.Condamner les violences contre des civils n’autorise pas à appeler à la violence contre d’autres civils.


La justice ne change pas de visage selon l’identité de celui qui souffre. Allah ﷻ dit :  « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur. » (Coran, 41:34)             


Le verset ne nous demande pas de nier le mal, il nous enseigne la manière de lui répondre : sans renoncer à la vérité, à la justice ni à notre humanité.


Faire de notre parole un refuge


La paix commence bien avant les négociations entre États. Elle commence dans nos maisons, nos écoles, nos quartiers, nos mosquées et jusque dans nos téléphones. 


Avant de parler ou de publier, demandons-nous : cette parole informe-t-elle ou enflamme-t-elle ? Rassemble-t-elle ou divise-t-elle ? Défend-elle la justice ou nourrit-elle la haine ?


Le Prophète ﷺ nous a donné une règle simple : celui qui croit en Allah et au Jour dernier doit dire le bien ou se taire. La paix devient alors une pratique quotidienne : lorsqu’un père apprend à son enfant à ne pas humilier son camarade, lorsqu’un jeune refuse de partager un contenu haineux, lorsqu’un voisin choisit le dialogue plutôt que l’affrontement, lorsqu’une communauté refuse les amalgames, lorsqu’un croyant défend la justice sans perdre sa miséricorde.


Car peut-être que la paix commence par une décision intérieure : ne jamais laisser notre douleur nous voler notre humanité.


Une parole peut blesser, une parole peut réparer,une parole peut diviser, une parole peut rassembler.Choisissons donc des mots qui apaisent les cœurs et éclairent les esprits : lorsque la parole devient justice, la paix devient espérance.



*Article paru ans le n°123 de notre magazine Iqra.




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