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Sabil al-Iman (n°123) - Quand le cœur souffre, la foi ne lui demande pas de se taire

il y a 2 jours
10 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

 

Il existe une idée reçue dont il faut se défaire : celle qui voudrait que le croyant véritable soit toujours serein, toujours fort, toujours heureux, et que l’angoisse, la tristesse ou l’épuisement soient nécessairement le signe d’une foi défaillante. Le Coran nous enseigne une réalité beaucoup plus humaine : le cœur du croyant peut être éprouvé, mais il n’est jamais privé d’espérance.



Allah تعالى dit : 


 ﴿الَّذِينَ آمَنُوا وَتَطْمَئِنُّ قُلُوبُهُم بِذِكْرِ اللَّهِ ۗ أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ

« Ceux qui ont cru et dont les cœurs s’apaisent au rappel d’Allah. N’est-ce point par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? »

Er-Ra’d, 13:28


Le verset ne promet pas au croyant une vie sans inquiétude ni épreuve. Il lui montre plutôt où retrouver son ancrage lorsque la tempête se lève. La Toumaʾnina, cette tranquillité intérieure, n’est pas l’absence de difficultés : c’est la présence d’Allah au cœur même des difficultés.


La foi n’est pas l’absence de douleur


Le Prophète ﷺ lui-même a connu la tristesse. A la mort de son fils Ibrahim, il pleura. Lorsque ʿAbd ar-Rah-man ibn ʿAwf رضي الله عنه le vit ainsi, il lui demanda : « Même  toi,  Ô  Messager d’Allah ? ». Le Prophète ﷺ ré-pondit : « C’est une miséricorde. » Puis il dit : « Les yeux versent des larmes et le cœur s’attriste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur. » (Sahih El-Bou-khari). Quelle magnifique leçon de spiritualité !


Pleurer n’est pas manquer de foi. Être triste n’est pas être ingrat. Être éprouvé n’est pas être abandonné par Allah.


La foi ne supprime pas l’humanité du croyant, elle lui apprend à traverser son humanité avec Allah.


Une souffrance qui n’est jamais invisible


Le Prophète ﷺ nous enseigne également que l’épreuve du croyant n’est jamais nécessairement perdue. Il dit : « Aucun épuisement, aucune maladie, aucune inquiétude, aucune tristesse, aucune souffrance ni aucune affliction n’atteint le musulman, même une simple épine qui le pique, sans qu’Allah n’en fasse une cause d’expiation de certains de ses péchés. » (El-Boukhari, 5641-5642 ; Muslim, 2573).


Ainsi, celui qui traverse une période difficile ne doit pas entendre : « Tu n’as pas assez de foi. »

Il peut entendre : « Ton épreuve n’est pas invisible à Allah. »


Invoquer Allah et chercher de l’aide


Le Prophète ﷺ nous a même enseigné une invocation contre l’inquiétude et la tristesse : « Ô Allah ! Je cherche refuge auprès de Toi contre l’inquiétude et la tristesse, contre l’impuissance et la paresse, contre l’avarice et la lâcheté, contre le poids des dettes et la domination des hommes. » (El-Boukhari)


Remarquons la profondeur de cette invocation : le Prophète ﷺ ne nous apprend pas à nier le souci ou le chagrin, il nous apprend à nous tourner vers Allah pour les traverser.


Et la confiance en Allah n’est jamais une invitation à l’immobilité. Le Prophète ﷺ dit : « Recherche ce qui t’est utile, demande l’aide d’Allah et ne te laisse pas gagner par l’impuissance. » (Sahih Mouslim, 2664).


La spiritualité islamique associe donc l’action et l’invocation, les causes et la confiance, l’effort et le tawakkul.


Une personne qui souffre peut faire du dhikr, prier et invoquer Allah, tout en consultant un médecin ou un psychologue. Ces démarches ne s’opposent pas : prendre soin de son âme et prendre soin de sa santé sont deux dimensions qui peuvent se compléter.


Quand le cœur est lourd, le Coran devient refuge Parmi les invocations rapportées dans la tradition figure : « Ô Allah, fais du Coran le printemps de mon cœur, la lumière de ma poitrine, la dissipation de ma tristes-se et la disparition de mon inquiétude. »


Le mot Rabi’, « printemps », est particulièrement évocateur : après l’hiver vient le renouveau, après la sécheresse vient la vie. Le croyant peut connaître un hiver intérieur sans croire que le printemps ne reviendra jamais.


L’espérance n’est pas une culpabilité supplémentaire


Allah تعالى dit :

 ﴿لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا﴾ 

« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. » 

El-Baqara, 2:286


Et Il dit :


 ﴿فَإِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا ۝ إِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا﴾ 

« Avec la difficulté vient certes la facilité. Oui, avec la difficulté vient certes la facilité. »

Esh-Sharh, 94:5-6


L’espérance coranique n’est donc pas une formule destinée à faire taire celui qui souffre. Elle est une lumière qui lui rappelle que ce qu’il traverse n’est pas toute son histoire.


Le croyant peut être fatigué sans être vaincu.


Il peut pleurer sans être faible.


Il peut demander de l’aide sans avoir honte.


Il peut consulter sans avoir moins confiance en Allah.


Il peut tomber et continuer à marcher vers Lui.


Car la foi n’est pas l’art de prétendre que tout va bien.


La foi est la certitude qu’Allah de-meure avec nous lorsque tout ne va pas bien.


﴿أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ﴾

« N’est-ce point par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? »

Er-Ra’d, 13:28


Sabil al-Iman, Le chemin de la foi : non pas fuir la souffrance, mais apprendre à la traverser avec Allah.



*Article paru ans le n°124 de notre magazine Iqra.




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Sabil al-Iman (n°76) - Le Prophète ﷺ, école de miséricorde et de foi



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