Le Hadith de la semaine (n°100) - Les six jours de Chawwal : de la joie de l’Aïd à la constance dans un monde troublé
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Par Cheikh Younes Larbi
D’après Abou Ayoûb el-Ansari (qu’Allah l’agrée), le Prophète ﷺ a dit :
« Quiconque jeûne le mois de Ramadhan, puis le fait suivre de six jours de Chawwal, obtient une récompense comparable à celle d’un jeûne observé durant toute l’année. »
Rapporté par Mouslim et d’autres
L’Islam, dans ses finalités (maqâsid), institue des actes d’adoration qui façonnent un être constamment relié à Allah, capable de passer d’une étape à une autre sans rupture. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les six jours de Chawwal, tels un pont de sens reliant deux temps : celui de la pureté spirituelle acquise durant Ramadhan, et celui de la continuité après lui.
Ramadhan s’en est allé, comme s’achèvent toutes les saisons. L’Aïd est venu avec sa joie qui a rempli les cœurs, puis cette joie s’est peu à peu apaisée, laissant place au rythme de la vie ordinaire. Cela révèle une vérité profonde : les commencements, qu’ils soient empreints de bonheur ou de peine, ont une fin, et le monde ne demeure jamais en un même état. Ainsi s’est achevé Ramadhan, ainsi se sont estompées les joies de l’Aïd, et les situations du monde passent d’un trouble à un autre, d’une guerre à une autre, au point que la stabilité semble absente. Pourtant, les lois divines demeurent : nulle épreuve ne perdure, nul bien-être ne se fixe définitivement, et la permanence des états est une illusion.
Au cœur de ces bouleversements, ce hadith nous enseigne la jurisprudence de la continuité en un temps de changement. Il apprend au croyant à porter avec lui la lumière de Ramadhan à travers le jeûne des six jours de Chawwal, afin d’ancrer un équilibre juste : sans excès qui transformerait les actes surérogatoires en fardeaux, ni négligence qui romprait le lien avec Allah après les saisons d’adoration. Il s’agit d’une œuvre facultative, ouverte, accomplie avec aisance, sans exigence de succession, afin que la porte demeure accessible à quiconque aspire à poursuivre la voie.
La finalité de cette sunna éduque le croyant à une conscience lucide du réel. De même que le jeûne se prolonge après Ramadhan, les valeurs qu’il a inculquées : patience, miséricorde, maîtrise de soi, souvenir des affamés et des assoiffés, qui doivent se prolonger dans la manière d’habiter un monde troublé. Le croyant ne devient pas captif des événements, mais porteur d’un équilibre intérieur qui le stabilise, quelles que soient les crises.
Dans ce cadre se pose une question pratique fréquemment évoquée : celui qui doit rattraper des jours de Ramadhan et souhaite jeûner les six jours de Chawwal, par quoi commence-t-il ?
Les savants, à ce sujet, ont emprunté trois voies reconnues, reflétant l’ampleur de la législation et son attention aux situations humaines :
La première voie (la plus prudente et la meilleure) consiste à commencer par rattraper les jours dus de Ramadhan, car il s’agit d’une dette obligatoire, puis à les faire suivre des six jours de Chawwal, le tout dans le mois de Chawwal si cela est possible. Cette voie réunit l’accomplissement du devoir et l’obtention du mérite de la sunna, tout en sortant de la divergence.
La deuxième voie consiste à jeûner avec une intention conjointe : la personne formule, pour un même jour, l’intention de rattraper ce qu’elle doit du Ramadhan, tout en le comptant également parmi les six jours de Chawwal. Cet avis repose sur le principe selon lequel les intentions peuvent, dans certains actes d’adoration, se cumuler. Il est retenu par certains savants et présente une facilité manifeste, en particulier pour celui dont le temps est restreint.
La troisième voie nécessite de commencer par les six jours de Chawwal, puis à rattraper les jours de Ramadhan ultérieurement au cours de l’année, le délai du rattrapage s’étendant jusqu’au Ramadhan suivant. Cette voie tient compte de la situation de celui qui craint de manquer le mérite des six jours ou qui a un nombre important de jours à rattraper.
Ici apparaît la beauté de la législation musulmane dans sa prise en compte du réel : l’obligation demeure préservée, la surérogation reste ouverte, et le choix est laissé à la capacité et aux circonstances de chacun. Il appartient donc au musulman d’adopter la voie qui lui est la plus accessible, sans gêne ni complication.
Au terme de cette réflexion, il devient clair que cette sunna dépasse le simple cadre du nombre de jours à jeûner : elle constitue une véritable méthode de compréhension de la religion et de la vie. Elle enseigne que le chemin vers Allah ne s’interrompt pas à la fin d’une saison, que la constance surpasse l’élan initial, et que le changement est une loi universelle qui ne doit pas troubler le cœur du croyant.
Si le monde autour de nous se transforme d’un état à un autre, le croyant, quant à lui, construit en lui-même une stabilité qui lui confère sérénité face aux tempêtes et persévérance dans la marche. Il jeûne après Ramadhan en quête de renouvellement et comme ouverture d’une nouvelle étape, et accueille ainsi l’Aïd, avec une conscience qui nourrit son âme et le prépare à ce qui vient.
Ainsi, les six jours de Chawwal demeurent un message discret mais profond : à chaque commencement correspond une fin, et à chaque fin s’ouvre un nouveau commencement… Celui qui connaît la voie poursuit sa marche, et celui qui emprunte le chemin, parvient à destination.
*Article à paraître dans le n°103 de notre magazine Iqra.
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