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Regard fraternel (n°109) - Derrière le drame de Lyhanna, une société face à ses devoirs

  • 13 juin
  • 9 min de lecture

Par Nassera Benamra

L'émotion immense suscitée par le meurtre de la petite Lyhanna dépasse le cadre d'un simple fait divers. Certains drames ne s'arrêtent pas à l'instant de l'émotion, ils viennent ébranler notre conscience collective et nous obligent à nous interroger sur ce que nous sommes en tant que société. Car une question essentielle s’impose : que vaut une société si elle n'est pas capable de protéger ses enfants ?


La disparition tragique de la collégienne de 11 ans, Lyhanna, a bouleversé tout un pays. Mais au-delà de la douleur, de la colère et de l'indignation, elle rappelle une réalité que nous avons parfois tendance à oublier. Derrière les statistiques sur les violences faites aux enfants, derrière les chiffres et les rapports officiels, il y a des visages, des histoires, des familles plongées dans l'inacceptable et des avenirs brutalement interrompus. Un enfant n'est jamais une donnée statistique…il est une vie, une promesse, une part de notre humanité commune.


Derrière les chiffres, il y a des visages


Le magistrat spécialiste de la protection de l’enfance Édouard Durand déclarait en 2021 à un média français : « Chaque année, 160 000 enfants dans notre pays sont victimes de violences sexuelles. Nous devons les trouver pour les protéger. » Cette phrase, à elle seule, rappelle l’ampleur d’un drame souvent invisible.


Les rapports de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) donnent corps à cette réalité. Pour l’année 2024, ils font état de 57 311 victimes mineures de violences physiques, commises dans un cadre intrafamilial, ayant donné lieu à une plainte, ainsi que de 21 704 victimes mineures de violences sexuelles intrafamiliales, concernées par une plainte. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des violences psychologiques, dont les conséquences sont pourtant profondes et durables.


Les statistiques ont évidemment leur utilité, elles permettent de mesurer l’ampleur du phénomène, d’éclairer les politiques publiques et d’alerter les institutions. Mais elles comportent aussi le risque de créer une distance, comme si ces nombres étaient de simples données administratives. On parle de dizaines de milliers de victimes, de signalements et de dossiers, alors qu’en réalité, derrière chaque chiffre se cache un enfant, une histoire, une famille et une enfance arrachée qui aurait dû être protégée. Les statistiques sont indispensables pour comprendre un phénomène, mais elles ne doivent jamais nous faire oublier l’humanité des vies qu’elles représentent.


La protection de l’enfance est- elle une responsabilité collective ?


Face à ces tragédies, la tentation est grande de rechercher immédiatement des responsables et de multiplier les jugements hâtifs. Les réseaux sociaux accélèrent cette mécanique où l'émotion se transforme parfois en accusation, en certitude ou en condamnation avant même que les faits soient établis. Pourtant, la protection de l'enfance exige la lucidité, la responsabilité et le respect pour les familles directement touchées par le drame. 


Dans ce même contexte, le professeur de sciences de l’éducation Philippe Watrelot, spécialiste des questions d’inégalités scolaires et ancien président du CRAP-Cahiers pédagogiques, a relayé sur les réseaux sociaux un texte publié sur le blog Médiapart d’Olivier Salerno consacré à l’affaire Lyhanna. Ce dernier y dénonce ce qu’il décrit comme une « justice impuissante pour protéger les enfants », estimant que les violences faites aux mineurs ne sont pas encore pleinement reconnues comme un enjeu central de droit en France.


Au-delà des prises de position, ces réactions traduisent une inquiétude plus large sur la capacité des institutions à protéger efficacement les enfants. Interrogé sur le sujet par LCI, le Président de la République, Emanuel Macron s’est dit choqué par la situation et a évoqué « un dysfonctionnement ». « Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement et que nous ne pouvons pas ne pas voir que des failles se sont révélées », a-t-il déclaré.


Le chef de l’État a également annoncé la mise en place d’enquêtes rapides afin de faire la lumière sur les circonstances de ces défaillances. « Il faut maintenant clarifier ces failles. Ce que le gouvernement va faire, c’est se mettre en situation de lancer des enquêtes très rapides. J’ai demandé à ce qu’elles soient les plus rapides possible, afin de pouvoir clarifier aussi les responsabilités qui sont à l’œuvre », a-t-il ajouté.


L'empathie ne consiste pas seulement à partager la douleur, elle implique de reconnaître que les proches des victimes, mais aussi les frères et sœurs, les camarades, les éducateurs et parfois des communautés entières portent longtemps les conséquences de ces événements. L'accompagnement psychologique, social et humain est alors indispensable. La solidarité ne doit pas s'exprimer uniquement dans les jours qui suivent le drame, mais dans la durée.


La Convention internationale des droits de l'enfant est un engagement


Cette réflexion rejoint les principes de la Convention internationale des droits de l'enfant, adoptée en 1989. Celle-ci affirme que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale dans toutes les décisions qui le concernent. Elle reconnaît à chaque enfant le droit à la protection, à la sécurité, à l'éducation, à la santé et au développement dans un environnement respectueux de sa dignité.


Ces droits ne sont pas de simples déclarations d'intention, ils constituent une responsabilité collective. Ils concernent les parents, bien sûr, mais aussi les institutions, les professionnels de l'enfance, l'école, les associations et l'ensemble de la société. Protéger un enfant n'est jamais l'affaire d'un seul acteur, mais c'est une chaîne de vigilance et de solidarité où chaque maillon compte.


Le drame de Lyhanna ne doit donc pas seulement susciter une émotion passagère, il oblique à nous conduire et à renforcer une culture de la prévention, de l'écoute et de la protection. Une société se juge à la manière dont elle traite les plus vulnérables. Les enfants ne demandent ni privilège ni compassion exceptionnelle, ils demandent simplement que leurs droits soient pleinement respectés.

 

 

*Article à paraître dans le n°114 de notre magazine Iqra.




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2 commentaires


Jones Buck
Jones Buck
18 juin

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