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Regard fraternel (n°110) - Un examen mesure une performance, pas une personne

  • il y a 1 heure
  • 9 min de lecture

Par Nassera Benamra

Une déception peut retarder un projet, mais elle ne retire rien à la dignité humaine. Un véritable « échec » finalement, serait moins de rater, que de renoncer à progresser, à apprendre et à cultiver ses qualités.


C’est presque la fin de l’année scolaire et universitaire, c’est une période d’examens, les parents, autant que les élèves et les étudiants, attendent les résultats avec beaucoup d’appréhension. Le stress monte, la pression aussi, il faut réussir mais avec de bonnes notes. Dans ce moment-là, une question revient souvent, est-ce qu’une note ou une moyenne suffit à dire la valeur d’un élève, d’abord dans sa famille, puis dans la société? Ou est-ce qu’on en vient, parfois, à se résumer soi-même à un chiffre, comme si une note pouvait raconter toute une personne ? Et que penser alors de celui qui obtient de très bons résultats en ayant triché ? Est-ce que la note dit encore quelque chose de lui ?


A ceux qui recevront une mauvaise nouvelle


Une crise est une opportunité pour rebondir, chaque épreuve a une raison d'être et nous invite à développer une perspective sur les défis de la vie. Les moments difficiles, bien que douloureux, sont souvent des occasions de croissance et de transformation personnelle. Ils nous poussent à sortir de notre zone de confort, à développer notre résilience et à découvrir des aspects de nous-mêmes que nous ignorions.


C’est vrai, les résultats d'examens, concours ou sélections sont des moments de forte charge émotionnelle. La joie des uns peut accentuer la douleur des autres. Reconnaître la souffrance sans la minimiser, un échec peut être vécu comme un véritable choc. Mais ce n’est pas la signature d’un acte de décès non plus. Saviez-vous que « Thomas Edison », par exemple, a connu des difficultés dans sa scolarité et était retiré très tôt de l’école et pourtant il est devenu une référence dans l’innovation industrielle.


La philosophie d’El-Farabi nous apprend que l'essentiel n'est pas la réussite extérieure mais l'accomplissement de l'être humain par la connaissance, la vertu et la recherche du bonheur (saâda). Une personne peut connaître des revers, ne pas obtenir la reconnaissance qu'elle espérait ou ne pas atteindre certains objectifs, sans pour autant manquer sa vie. C’est ce qu’il explique dans son œuvre « La Cité vertueuse » où il explique que le véritable bonheur ne dépend ni de la richesse, ni du pouvoir, ni des honneurs, mais du perfectionnement moral et intellectuel. Ainsi, ce que la société considère comme un échec n'est pas nécessairement un échec du point de vue philosophique, c’est une épreuve, une leçon ou une expérience.

 

Confondre résultat et valeur personnelle


La famille et la société valorisent fortement les notes, les classements et la réussite visible. Ce qui fait que beaucoup de jeunes finissent par croire que leur valeur dépend d’un résultat. Dans ce contexte, la journaliste américaine Jennifer Breheny Wallace a passé sept ans à interroger des centaines d’enfants brillants et leurs parents. Dans son livre « Never Enough: When Achievement Culture Becomes Toxic - and What We Can Do About It », elle met en lumière un modèle éducatif centré sur la performance, où chaque note semble peser plus lourd que l’enfant lui-même.


Derrière des bulletins excellents et des parcours impressionnants, elle observe une même réalité définissant des élèves qui vivent leurs résultats comme un miroir de leur valeur personnelle. Beaucoup en viennent à se demander si l’amour qu’ils reçoivent dépend de leurs performances scolaires ou sportives, tandis que la réussite devient une exigence permanente. Peu à peu, chaque contrôle est vécu comme un verdict et l’élève finit par se confondre avec sa note, au point de perdre de vue sa valeur propre en tant que personne.


Pour alléger cette pression, Jennifer Breheny Wallace propose de déplacer le projecteur, du réussir vers le « contribuer ». Cette réflexion aide l’enfant à se voir comme quelqu’un qui compte pour les autres, pas uniquement comme un élève performant. Les parents doivent comprendre qu’une note évalue des connaissances ou des compétences à un moment précis, elle ne prédit pas une vie entière.


L’existence de l’individu ne dépend ni d’une note ni d’un jury


La valeur l’individu est intrinsèque, elle ne peut être ni attribuée ni retirée par un jury, un classement ou une note. Elle ne dépend pas d’un résultat, mais de ce que chacun porte en lui… l’effort fourni, l’intention, le chemin parcouru. La dignité d’une personne ne se mesure pas à ses performances, mais à sa volonté d’avancer, à sa détermination, à son humilité et à sa persévérance.


Combien d’enfants ont quitté les bancs de l’école sans y avoir connu une réussite académique, et ont pourtant trouvé leur place ailleurs, dans le sport, dans l’art, ou dans ces métiers du quotidien dont on ne peut se passer ? Le boulanger du quartier, le cordonnier, l’agent d’entretien, le couturier… autant de métiers essentiels, portés par des hommes et des femmes qui n’ont pas forcément brillé dans le système scolaire, mais qui ont réussi autrement. Si un jour le boulanger décidait de fermer sa porte, nous serions contraints d’aller chercher notre pain ailleurs, si le cordonnier disparaissait, il manquerait un savoir-faire, si l’agent d’entretien n’était plus là, notre quotidien serait immédiatement perturbé. Leur réussite ne s’est pas construite sur des diplômes prestigieux, mais sur des compétences acquises, du travail, de la rigueur et une forme de dignité dans l’effort.


Il existe mille manières de réussir une vie et aucune ne devrait être considérée comme supérieure à une autre. La réussite, c’est avant tout trouver sa place dans la société et contribuer à son développement, d’une manière ou d’une autre. Une mauvaise nouvelle reste un chapitre, pas une histoire entière, car la vie ne se résume pas à une note, mais à un chemin que chacun apprend à tracer.


Au lieu de lier l’avenir de nos enfants à une simple note, apprenons à les connaître réellement, à comprendre ce qu’ils veulent, ce qui les motive et ce qui les fait rêver. Aidons-les à découvrir leur propre voie, à apprendre comment persévérer, comment surmonter les obstacles et comment s’accrocher à leurs objectifs malgré les difficultés. Car ce qui compte le plus, ce n’est pas seulement le résultat, mais la capacité à avancer vers ce que l’on souhaite construire pour soi-même.

 


*Article à paraître dans le n°115 de notre magazine Iqra.




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