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Le Hadith de la semaine (n°103) - L’unité de la prophétie et la place de Jésus (‘Îsâ), paix sur lui

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Par Cheikh Younes Larbi

D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah ﷺ a dit :


« Je suis le plus proche des gens de Jésus fils de Marie, ici-bas et dans l’au-delà. Les prophètes sont des frères issus de pères différents ; leurs mères sont diverses, mais leur religion est une. Et il n’y a entre lui et moi aucun prophète. »

Rapporté par El-Boukhârî et Mouslim


Voici que le Messager de l’islam ﷺ pose, comme à son habitude, une règle fondamentale dans la manière de considérer les prophètes, paix sur eux, et en particulier Jésus fils de Marie (‘Îsâ ibn Maryam), en affirmant qu’il est le plus digne de lui, dans ce monde comme dans l’au-delà. Il établit ainsi que les prophètes sont liés par une fraternité fondée sur une origine unique, celle du Tawhid, malgré la diversité de leurs législations et la pluralité de leurs voies.


Ainsi se dévoile la profondeur de cette orientation prophétique, tant dans sa dimension dogmatique que dans sa portée humaine : elle ouvre la voie à une compréhension juste et universelle de la relation des musulmans à l’ensemble des prophètes, et corrige nombre de représentations erronées attribuées à l’islam, en dehors de son cadre coranique et prophétique, lequel repose sur la réunion entre une foi sincère et le respect absolu de tous les messagers d’Allah. Allah Très-Haut dit : « Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers » (Sourate El-Baqara :285). Ainsi, la foi en tous les prophètes, sans exception, constitue un fondement essentiel de la croyance musulmane. Croire en Jésus (‘Îsâ), paix sur lui, relève donc du cœur-même de la foi.


Lorsque le Prophète ﷺ dit : « Les prophètes sont des frères issus de pères différents », il exprime une réalité profonde : ils partagent une même origine, le monothéisme pur, tandis que leurs législations différent selon les peuples et les époques. La diversité des législations ne signifie donc nullement une pluralité de divinités, mais procède de la sagesse divine dans l’accompagnement des sociétés humaines.


Dès lors, il apparaît clairement que le message mohammadien n’est pas venu abolir les révélations antérieures, mais les parachever et les accomplir. Le Prophète ﷺ l’a illustré dans un autre hadith en comparant la prophétie à une construction achevée à laquelle il manquait une seule brique : « Mon exemple et celui des prophètes avant moi est celui d’un homme ayant construit une maison qu’il a embellie et perfectionnée, sauf l’emplacement d’une brique… Je suis cette brique, et je suis le sceau des prophètes ». Il s’agit là d’une expression lumineuse de la continuité et de l’achèvement, et non de la rupture.


Dans les sociétés occidentales contemporaines, marquées par la pluralité religieuse, cette orientation prophétique constitue un fondement solide pour l’élaboration d’un discours alliant clarté dogmatique et ouverture humaine. Ainsi, lorsque le musulman évoque Jésus (‘Îsâ), paix sur lui, il ne le considère pas comme une simple figure symbolique, mais comme un noble prophète parmi les plus éminents, dont la reconnaissance fait partie intégrante de la foi.


La biographie prophétique illustre concrètement cette vision, notamment à travers l’épisode de la délégation des chrétiens de Najran. Ceux-ci vinrent à Médine au cours de la neuvième année de l’Hégire. Lorsqu’ils entrèrent dans la mosquée du Prophète ﷺ et que l’heure de leur prière arriva, ils demandèrent la permission de prier. Le Prophète ﷺ ne les en empêcha pas ; au contraire, il leur permit d’accomplir leur culte dans la mosquée, tournés vers leur propre direction. Cette scène témoigne d’une remarquable ouverture et d’un profond respect dans le cadre du dialogue et de la coexistence. Un échange eut également lieu entre eux et le Prophète ﷺ au sujet de Jésus (‘Îsâ), à la suite duquel furent révélés les premiers versets de la sourate El ‘Imrân, exposant la vérité avec sagesse et argumentation, sans contrainte ni rupture. Puis ils repartirent en sécurité, sous la protection d’un pacte.


Ce comportement prophétique constitue un principe fondamental dans la relation avec les non-musulmans pacifiques : respect, justice et reconnaissance de leur droit à pratiquer leur culte, tout en maintenant clairement l’identité musulmane sans compromission.


Dès lors, depuis la Grande Mosquée de Paris, il convient de s’adresser à ceux qui vivent dans des environnements homogènes sur le plan religieux, et qui ne font pas l’expérience quotidienne de la diversité. A ceux dont la perception reste limitée, et qui réduisent la relation avec l’autre, à la méfiance ou à la confrontation, il faut rappeler que la voie du Prophète ﷺ n’a jamais été une voie d’exclusion, mais une voie vécue, façonnée dans l’épreuve, fondée sur la sagesse du dialogue, la justice et la noblesse du comportement.


La divergence religieuse n’implique ni la négation de l’humanité de l’autre, ni la légitimation de la rupture ou de l’agression. Elle appelle plutôt à un désaccord encadré par l’éthique, la miséricorde, et un dialogue serein, tout en gardant un cœur animé par le désir sincère de guidée pour autrui. Allah, Très-Haut, dit : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? » (Sourate Younus : 99), et : « Tu ne guides pas qui tu aimes, mais Allah guide qui Il veut » (Sourate El-Qasas : 56), ainsi que : « Il n’incombe au Messager que la transmission claire » (Sourate En-Nour : 54), et : « S’ils se détournent… il ne t’incombe que la transmission » (Sourate Esh-Shourâ : 48).


Ces versets établissent que la guidée appartient exclusivement à Allah, et que la mission du croyant est celle d’une transmission fidèle, empreinte de sagesse et de miséricorde, loin de toute contrainte ou exclusion.

Ce principe apparaît également dans la vie du Prophète ﷺ lorsqu’il perdit son oncle Aboû Tâlib, qui l’avait soutenu et protégé, mais qui mourut sans embrasser l’islam. Le Prophète ﷺ en éprouva une profonde tristesse, sans jamais transformer cette douleur en rejet ou en hostilité, illustrant ainsi que la fidélité aux principes peut s’accompagner d’une élévation morale exemplaire.


C’est cet équilibre prophétique dont notre époque a le plus grand besoin, afin que les relations humaines reposent sur la justice, la miséricorde et la connaissance mutuelle, plutôt que sur la tension, l’incompréhension et l’affrontement.

 


*Article à paraître dans le n°106 de notre magazine Iqra.




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