Récits célestes (n°91) - Quand la protection devient un dépôt sacré
- 18 juin
- 8 min de lecture

Par Cheikh Abdelkader Belabdli
Toutes les histoires d’enfance dans le Coran ne sont pas des récits d’innocence et de sérénité. Certaines commencent par la peur : la peur d’une mère qui porte son enfant dans ses bras et comprend que le danger s’approche de lui avant même qu’il ne sache ce que signifie le danger, la peur d’une famille qui ne possède, pour le protéger, que ce que les cœurs croyants portent en eux d’espérance et de confiance. C’est là, dans l’Égypte ancienne, sous le règne de Pharaon, que commence l’une des histoires d’enfance les plus saisissantes du Coran.
Pharaon ne se contentait pas de sa domination ni de son pouvoir, sa tyrannie alla jusqu’à faire des enfants eux-mêmes un enjeu de survie. Allah, exalté soit-Il, dit : « Pharaon s’était élevé avec arrogance sur la terre, il avait divisé ses habitants en factions, opprimant l’un de leurs groupes : il égorgeait leurs fils et laissait vivre leurs femmes. »
Au cœur de ce monde troublé naquit Moïse, paix sur lui. C’était un enfant comme les autres, mais sa naissance eut lieu à une époque où la peur était devenue une part intime de la vie des mères. La mère de Moïse savait que son fils n’était pas menacé par la maladie, la pauvreté ou l’abandon, mais par une décision politique qui avait rendu la vie des enfants tributaire des craintes et des illusions d’un souverain.
C’est alors que survient l’un des moments les plus étonnants du Coran : « Nous révélâmes à la mère de Moïse : Allaite-le, puis, lorsque tu craindras pour lui, jette-le dans le fleuve. Et n’aie pas peur, et ne t’afflige pas. »
A première vue, l’ordre peut sembler paradoxal, presque inconcevable : une mère craint pour son enfant, et voilà qu’il lui est demandé de le déposer dans les eaux.
Mais le Coran ne raconte pas ici seulement l’histoire d’un salut individuel. Il dévoile un sens plus profond : la protection de l’enfant commence par le dépôt confié, s’appuie sur la confiance, et requiert que d’autres portent sa responsabilité lorsque deux seules mains ne suffisent plus à l’assumer.
La révélation n’était pas ici une simple orientation donnée à une mère inquiète, elle annonçait d’emblée que cet enfant était entré dans la protection de Dieu avant même d’entrer sous la protection des hommes. Dès ses premiers instants, l’histoire n’est donc pas seulement celle d’une mère cherchant un moyen de sauver son enfant, elle est celle d’une sollicitude divine déjà à l’œuvre, avant même que les regards humains n’en perçoivent les effets.
Il est frappant de constater que Moïse ne fut pas protégé par une seule main. Pourtant, le Coran attire notre attention sur le fait que toutes ces mains n’agissaient pas en dehors du dessein divin, elles avançaient au contraire sur une voie tracée, dès l’origine, par la providence du Seigneur.
Sa mère l’allaita et le préserva. Sa sœur suivit sa trace avec discrétion et vigilance : « Et elle dit à sa sœur : Suis-le. »
L’épouse de Pharaon vit en lui un enfant digne de vivre, et non un danger dont il fallait se débarrasser. Elle dit : « Il sera une joie pour mes yeux et pour les tiens. Ne le tuez pas. »
Puis il fut rendu à sa mère : « Nous le rendîmes ainsi à sa mère, afin que ses yeux soient réjouis et qu’elle ne s’afflige point. »
Comme si toute l’histoire disait qu’Allah avait préparé pour Moïse des causes que nul esprit n’aurait pu imaginer, faisant des cœurs des hommes, de leurs décisions et de leurs rencontres autant de moyens destinés à le préserver et à veiller sur lui. C’est pourquoi le Coran ne présente pas la protection de l’enfance comme la responsabilité d’une seule personne, mais comme une responsabilité partagée entre plusieurs cercles de sollicitude, de vigilance et de confiance.
C’est ici que le récit dépasse son époque ancienne. Les enfants d’aujourd’hui n’affrontent certes pas les mêmes dangers que Moïse, mais ils ont toujours besoin d’être protégés. Ils ont besoin d’une famille qui les accueille, d’une école attentive, d’institutions à l’écoute, d’une société qui ne détourne pas le regard, et d’un État qui fasse de la protection des plus vulnérables l’une de ses priorités.
Les formes du danger peuvent varier d’une époque à l’autre, mais le dépôt confié demeure le même.
L’histoire de Moïse continue ainsi de nous rappeler une vérité que le croyant ne saurait négliger : la protection des enfants est un dépôt qu’Allah a placé entre les mains des êtres humains, tout en faisant que Sa propre sollicitude l’entoure au-delà des causes visibles. La famille protège, la société soutient, les institutions prennent soin, mais c’est Allah qui demeure le Gardien, Celui qui bénit ces efforts et leur donne leur véritable portée.
Tel est peut-être le secret qui fait que l’histoire de la mère de Moïse touche encore les cœurs, des millénaires plus tard. Elle ne raconte pas seulement comment un enfant fut sauvé de la mort, elle nous rappelle que l’enfance est un dépôt commun, et qu’une société ne se mesure ni à la puissance de son économie ni à la grandeur de ses édifices, mais à sa capacité de faire sentir à chaque enfant qu’il est protégé et non abandonné, regardé et non oublié.
Ainsi, l’histoire de la mère de Moïse cesse d’être un simple souvenir lointain pour devenir une question qui se renouvelle à chaque époque : qui portera le dépôt sacré des enfants, si tous venaient à s’en détourner ?
*Article à paraître dans le n°114 de notre magazine Iqra.
À LIRE AUSSI :
Récits célestes (n°72) - Lorsque l’accueil des plus vulnérables devient la mesure de la civilisation
Récits célestes (n°52) - Lorsque le Coran institua la balance : le modèle économique dans la Révélation ultime
Récits célestes (n°4) - Le Prophète Houd et la tribu des Aad




تشهد نتائج الثالث متوسط 2026 اهتمامًا متزايدًا مع اقتراب موعد صدورها الرسمي. ويحرص الطلاب على متابعة آخر الأخبار المتعلقة بمراحل التصحيح والتدقيق. كما توفر المنصات التعليمية معلومات محدثة باستمرار حول مواعيد الإعلان ونسب النجاح، مما يساعد الطلاب وأولياء الأمور على الحصول على المعلومات بسرعة وسهولة.