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Regard fraternel (n°111) - Entre deux terres, une même humanité

  • il y a 5 heures
  • 8 min de lecture

Par Nassera Benamra

Dans la vie, on croise celui qui a choisi de quitter son pays, tout comme celui que les circonstances ont contraint à partir. Mais quel qu’en soit le motif, quitter sa terre natale, sa famille, ses habitudes et ses souvenirs demeure toujours une épreuve. Derrière chaque départ vers un nouveau pays se cache une histoire faite d’espoir, de courage et de rêves, mais aussi de doutes, de renoncements et de sacrifices.


Entre deux terres, entre deux appartenances


Lorsque l'on arrive dans un endroit où tout semble différent, la langue, les coutumes, les visages, les repères, il faut réapprendre les gestes les plus simples du quotidien. Ce qui paraissait évident devient parfois compliqué. On avance avec prudence, en cherchant sa place, tout en portant dans son cœur la nostalgie de ceux que l'on a laissés derrière soi.


Aujourd'hui, la mobilité internationale fait partie intégrante de notre monde globalisé. Chaque année, des milliers de femmes et d'hommes quittent leur pays pour étudier, travailler, rejoindre leur famille ou simplement en quête d’un avenir meilleur. Derrière ces parcours se cachent des réalités très diverses, mais une expérience, comme celle de devoir s'adapter à un nouvel environnement, à une autre culture et parfois à une autre langue. Avec le temps, l'inconnu s'apprivoise, de nouveaux repères se construisent et une part de soi s'enracine dans cette terre d'accueil.


Pourtant, vivre loin de son pays d'origine laisse souvent une empreinte profonde. La nostalgie des lieux, des visages et des souvenirs accompagne discrètement le quotidien. L'expatrié ou l'exilé est obligé d'apprendre à vivre entre deux mondes, celui de ses racines et celui qu'il construit chaque jour. Cette double appartenance peut parfois susciter un sentiment de décalage, voire d'étrangeté, y compris lors d'un retour au pays. Mais elle est aussi une richesse, car elle forge une identité ouverte, nourrie par plusieurs cultures, plusieurs expériences et plusieurs regards sur le monde.


Pour beaucoup, le plus difficile n'est pas seulement la distance géographique, mais le sentiment d'être étranger. Étranger à une langue, à une culture, parfois même à soi-même. Pourtant, au fil du temps, les chemins se dessinent, les rencontres se multiplient et l'on découvre qu'il est possible de se sentir chez soi ailleurs, sans jamais oublier d'où l'on vient.


Faire de sa terre d’accueil une terre de fraternité


Lorsque l’on s’installe dans un nouveau pays, il ne s’agit pas seulement de s’adapter à un environnement différent, mais aussi d’apprendre à y construire sa place. Peu à peu, à travers les rencontres et les échanges, l’étranger devient moins lointain. La langue, les habitudes et les visages finissent par se mêler au quotidien, et une nouvelle forme d’appartenance se crée, entre les racines laissées derrière soi et la vie qui se construit ici.


Dans cet esprit, faire de sa terre d’accueil une terre de fraternité signifie dépasser les différences pour favoriser la rencontre. Accueillir l’autre, partager, comprendre et s’entraider permettent de transformer l’éloignement en lien. Ainsi, ce qui était au départ une distance devient une richesse commune, où chacun, qu’il soit arrivé ou déjà présent, contribue à bâtir une société plus humaine et plus solidaire.


Transmettre des valeurs à nos enfants pour mieux vivre ensemble


Partager, pardonner, être honnête, respecter… ces valeurs simples prennent une dimension particulière lorsqu’on parle de familles qui ont changé de pays, parfois dans l’épreuve ou dans l’espérance d’un avenir meilleur. Dans un nouveau contexte de vie, elles deviennent de principaux repères  pour aider l’enfant à grandir, à comprendre les autres et à trouver sa place dans une société différente. Transmettre ces valeurs n’est pas toujours facile, mais c’est un chemin qui commence tôt, dans les gestes du quotidien.


Le partage, par exemple, ne s’impose pas, il s’apprend progressivement. L’enfant découvre peu à peu qu’il n’est pas seul au monde, qu’il existe d’autres besoins, d’autres envies, d’autres regards. Le respect et l’honnêteté suivent le même chemin, ils se construisent à travers l’exemple des parents, les petites situations de la vie, les erreurs aussi. C’est ainsi que l’enfant apprend à vivre avec les autres, à les comprendre et à les respecter.


Le pardon dans ce contexte, vient apaiser les tensions et rappeler que l’erreur fait partie de l’apprentissage. Dire « pardon », réparer un geste, ou accepter les limites de l’autre, ce sont autant de pas vers une vie plus apaisée. Dans le contexte de l’exil ou de la migration, ces valeurs deviennent encore plus importantes, elles permettent de créer du lien, de dépasser les différences et de construire, jour après jour, une véritable fraternité humaine.


Qu’il s’agisse de partir, de s’installer ou de transmettre, tout ramène à une même réalité liée au lien humain. L’éloignement transforme, bouscule et parfois fragilise, mais il révèle aussi une capacité essentielle de l’être humain à s’adapter, à aimer et à reconstruire. Peut-être que la véritable terre d’accueil n’est pas seulement un lieu, mais un espace que l’on crée ensemble, à travers le respect, la bienveillance et la transmission. Une terre où chacun, d’où qu’il vienne, peut devenir pour l’autre un repère, une présence, une fraternité, une richesse et une valeur ajoutée.

 


*Article à paraître dans le n°116 de notre magazine Iqra.




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