Récits célestes (n°92) - Taloût : lorsque l’autorité est confiée à ceux qui en sont dignes
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Par Cheikh Abdelkader Belabdli
Toutes les défaites ne commencent pas sur le champ de bataille. Certaines prennent naissance bien plus tôt : lorsque les responsabilités sont confiées à ceux qui n’en sont pas dignes, lorsque les liens de parenté priment sur la compétence, que l’affect l’emporte sur le mérite et que la complaisance prévaut sur l’aptitude.
C’est précisément ce que révèle l’un des récits coraniques les plus profonds pour comprendre le sens du commandement et les conditions de la réussite collective : l’histoire de Tâlout.
L’histoire commence au moment où la situation des fils d’Israël était devenue particulièrement difficile. Les défaites s’accumulaient, et ils sentaient que leur projet collectif était sur le point de s’effondrer. Ils comprirent alors qu’aucun combat ne pouvait être mené sans un chef capable de rassembler les hommes et de les guider. Ils dirent donc à leur prophète : « Désigne-nous un roi, afin que nous combattions dans le sentier de Dieu. »
Leur demande était sans équivoque : nous voulons un chef.
Mais la question que pose ici le Coran n’est pas : comment la bataille va-t-elle commencer ? Elle est plutôt : qui mérite de la conduire ? C’est alors que le choix divin tomba, à leur grande surprise : « Dieu vous a désigné Tâlout comme roi. »
Toutefois, la plus grande surprise ne résidait pas dans ce choix, mais dans la réaction qu’il suscita.
Ils ne l’interrogèrent :
Ni sur son savoir,
Ni sur sa sagesse,
Ni sur ses capacités.
Ils posèrent plutôt cette question, qui continue de se répéter, aujourd’hui encore, dans de nombreuses sociétés : « Comment pourrait-il exercer la royauté sur nous ? »
Qui est-il ? De quelle famille est-il issu ? Où est sa fortune ? Quelle est sa lignée ?
Comme si, chaque fois que les critères de compétence s’effacent, les hommes revenaient spontanément à ceux du prestige, de la richesse et du rang social.
Mais le Coran établit ici l’un des plus grands principes de l’édification des sociétés humaines : « Dieu l’a choisi de préférence à vous et lui a accordé une supériorité dans le savoir et dans la force physique. »
Le savoir d’abord. Puis la capacité. Non la naissance, ni la fortune, ni les relations.
Comme si le Coran énonçait ici une règle qui dépasse largement le cadre de ce récit : aucune entreprise ne peut prospérer sur le favoritisme, aucune institution ne peut fonctionner sainement par la complaisance, et aucune nation ne peut s’élever lorsque les personnes compétentes sont privées de la place qui leur revient.
Combien de projets ont échoué, non parce que leur idée était mauvaise, mais parce que leur direction avait été confiée à ceux qui n’étaient pas capables d’en assumer la charge.
Et combien de talents ont été perdus parce que les portes de la reconnaissance avaient été ouvertes à ceux qui ne la méritaient pas.
Mais le récit ne s’arrête pas au choix du chef. Même lorsque la responsabilité est confiée à celui qui en est digne, le chemin demeure jalonné d’épreuves.
C’est pourquoi Tâlout leur dit : « Dieu va vous éprouver par une rivière. »
Comme si le Coran nous rappelait que la réussite ne repose pas uniquement sur la compétence : elle exige également de la discipline, de la patience et la maîtrise de soi. Car la présence d’un chef compétent ne suffit pas si ceux qui le suivent se montrent incapables de tenir bon face à l’épreuve.
Ce récit met ainsi en lumière deux enseignements majeurs :
Choisir le plus compétent constitue le premier pas vers la réussite.
Et faire preuve de constance dans l’épreuve est la condition nécessaire à son plein accomplissement.
Ainsi, l’excellence dans les études ne se réduit pas à de simples notes, pas plus que la réussite professionnelle ne se résume à l’obtention de postes prestigieux. Elles s’inscrivent dans une signification plus vaste : celle de s’efforcer de devenir digne des responsabilités qui nous sont confiées, de mériter la place que nous occupons et d’être capable d’assumer le dépôt qui nous est remis.
C’est peut-être là que réside la raison profonde pour laquelle le Coran associe le savoir à l’élection, plutôt que la richesse au pouvoir.
Car les sociétés ne s’élèvent pas grâce à ceux qui possèdent le plus, mais grâce à ceux qui sont les plus aptes à servir et à assumer leurs responsabilités.
Ainsi, l’histoire de Tâlout demeure, à travers les âges, une question toujours ouverte : Combien d’occasions avons-nous laissé échapper faute d’avoir su choisir ceux qui étaient dignes de les porter ?
*Article à paraître dans le n°115 de notre magazine Iqra.
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