Regard fraternel (n°112) - Ils ont regardé la Grande Mosquée de Paris… ils ont raconté ce qu’elle représente
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Par Nassera Benamra
Avant même son inauguration, la Grande Mosquée de Paris a suscité un regard particulier chez des personnalités françaises qui voyaient en elle un symbole de reconnaissance, de dialogue et de rapprochement entre les peuples.
Paul Bourdarie, dès 1919, écrivait que la future Mosquée « devra avoir ce double caractère : de constituer pour les musulmans du monde entier, et spécialement ceux de la Méditerranée, que le mouvement grandissant des relations internationales conduira à Paris, le moyen de satisfaire leurs sentiments religieux, et bien que le musulman, partout où il soit, puisse se passer de temple ; et de commémorer le dévouement des admirables troupes musulmanes françaises qui ont si héroïquement contribué à arrêter et à repousser le flot redoutable de la barbarie germanique. Cette commémoration, nécessaire dans Paris même, sera rendue sensible par des moyens architecturaux appropriés ».
En 1920 l'un des grands parlementaires de la IIIe République, Édouard Herriot, s'exprimait lors du débat sur le financement de la Mosquée de Paris : « Il n'y a aucun inconvénient à donner aux musulmans une mosquée, puisque très légitimement nous donnons aux catholiques des églises, aux protestants des temps et aux israélites des synagogues ».
Étienne Dinet, artiste profondément attaché à la culture musulmane, voyait dans ce projet une reconnaissance de la civilisation islamique et de son apport au patrimoine universel. Il s’investit également dans sa construction, avec le soutien de ses amis français. Il a fait partie du comité chargé de la construction de ce monument religieux. En 1926, à l’occasion de l’inauguration de la mosquée de Paris, il écrivit : « La chose qui a produit un un effet excellent, c’est l’enthousiasme de la foule recon-naissante envers l’islam dont les héros ont été les frères d’armes des nôtres. »
Le maréchal Hubert Lyautey, qui présidait le comité de la Mosquée de Paris, insistait quant à lui sur la dimension symbolique du projet, pour lui, bâtir cette mosquée ne s’agissait pas seulement d’élever un lieu de culte, mais d’accomplir un geste de gratitude envers les soldats musulmans qui avaient versé leur sang pour la France. A l’occasion de l’inauguration de la Grande mosquée de Paris, il a avait dit : « le 1er mars dernier, M. Maurice Colrat, alors Sous-Secrétaire d’État à la Présidence du Conseil, aujourd’hui Ministre de la Justice, présidant la cérémonie de l’orientation de cette mosquée, disait : “Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île de France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. On ne pouvait mieux penser ni mieux dire. Quelle parole ne répond mieux au caractère de la cérémonie d’aujourd’hui. »
Lors de sa première visite en France en 1980, le pape Jean-Paul II inscrivit sa démarche dans l’esprit du dialogue entre les religions. Sa rencontre avec les représentants des différents cultes, parmi lesquels le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Hamza Boubakeur, revêtait une portée symbolique forte : elle témoignait de la reconnaissance de l’islam comme un interlocuteur à part entière dans la construction d’un dialogue fondé sur la paix, le respect mutuel et la fraternité entre les croyants.
Simone Veil, Ministre de la République, avait un attachement particulier aux lieux qui portent une mémoire collective. Sa visite à la Grande Mosquée de Paris du 7 avril 1994 rappelait combien cet édifice est aussi un lieu lié à l’histoire de France, notamment à l’engagement des soldats musulmans : « Mais pour le ministre de la République que je suis, elle est aussi un lieu de mémoire et un lieu de rencontre. Lieu de mémoire, d'abord puis-qu'elle a été édifiée en hommage rendu aux musulmans morts pour la France. Mais le souvenir de ceux qui ont ainsi fait sacrifice suprême de leur vie pour la France est à mes yeux le puissant symbole d'une très longue histoire commune, celle de la France et de l'Islam ». « L'Islam n'est pas en France une religion étrangère, ni même une religion importée, » a-t-elle dit, et poursuit : « c'est celle de millions d'hommes et de femmes dont beaucoup sont français, ou souhaiteront le devenir. C'est aussi la religion, et plus largement la culture, de nombreux étrangers qui enrichissent notre société par leur travail et leur participation à la vie nationale. »
*Article à paraître dans le n°118 de notre magazine Iqra.
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