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Le Hadith de la semaine (n°114) - Le mérite de la construction des mosquées et la pérennité de son héritage à travers les générations

  • il y a 15 heures
  • 11 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D'après Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit : « Parmi les œuvres et les bonnes actions dont le croyant continue de recueillir la récompense après sa mort figurent : une science qu'il a enseignée et diffusée, un enfant vertueux qu'il a laissé derrière lui, un exemplaire du Coran qu'il a légué, une mosquée qu'il a construite, une demeure édifiée pour le voyageur de passage, un cours d'eau qu'il a fait jaillir, ou encore une aumône qu'il a prélevée de ses biens alors qu'il était en bonne santé et vivant, toutes ces œuvres continuent de lui profiter après sa mort. » (Hadith authentique rapporté par Ibn Mâjah, n°242, Ibn Khouzayma, n°2490, et d'autres.)


Ce noble hadith ouvre au croyant une perspective qui dépasse les limites étroites du temps terrestre, lequel s'achève au moment du décès, pour l'introduire à une notion plus vaste : celle de la permanence de l'empreinte spirituelle. En principe, les œuvres de l'être humain prennent fin avec sa mort, toutefois, la Loi révélée a prévu certaines œuvres dont la récompense demeure ininterrompue, en raison du bien durable qu'elles procurent aussi longtemps que leurs effets subsistent au sein de la société.


Cette signification est confirmée par un autre hadith d'Abou Hourayrah (qu'Allah l'agrée), dans lequel le Prophète ﷺ a dit : « Lorsque le fils d'Adam meurt, ses œuvres prennent fin, à l'exception de trois : une aumône continue (Sadaqa jariya), une science utile dont les gens tirent profit, ou un enfant vertueux qui invoque Allah en sa faveur. »


Ce hadith constitue l'un des fondements majeurs de la doctrine islamique relative aux œuvres dont la récompense perdure après la disparition de leur auteur.


Parmi ces œuvres figure la parole du Prophète ﷺ : « ...ou une mosquée qu'il a construite. » Cette formule, bien que concise, renferme une portée considérable. Dans la conception islamique, construire une mosquée consiste à consacrer un lieu qui deviendra durablement un espace d'adoration, d'invocation, de transmission du savoir et de récitation du Noble Coran. C'est établir un lien permanent entre la terre et le ciel par la continuité de la prosternation, de la prière et du rappel d'Allah.


C'est pourquoi les savants ont unanimement considéré la construction des mosquées comme l'une des plus nobles œuvres de piété, puisqu'elle réunit en elle-même l'aumône perpétuelle, l'adoration, la science religieuse et la prédication. Son mérite demeure tant que la mosquée reste vivante par l'évocation du Nom d'Allah.


Le Prophète ﷺ a d'ailleurs vivement encouragé cette œuvre en disant : « Quiconque construit une mosquée pour Allah, recherchant par là Son seul Visage, Allah lui construira une demeure au Paradis. »


Dans une autre version : « Même si elle n'est que de la taille du nid d'une perdrix. »


Cette précision souligne que la valeur de cette œuvre réside avant tout dans la sincérité de l'intention et dans la participation, même modeste, à l'édification des maisons d'Allah.


Les juristes musulmans ont également considéré la construction des mosquées comme relevant de l'institution du waqf (Bien de mainmorte pieuse). En effet, le bien est définitivement consacré à Allah, tandis que son usufruit est offert à l'ensemble des fidèles. Il cesse ainsi d'être une propriété privée ou un projet limité dans le temps pour devenir une source permanente de culte, de savoir et de bienfaisance.


C'est précisément en cela que se manifeste le génie de l'institution du waqf dans la civilisation islamique : elle transforme une richesse individuelle et éphémère en un patrimoine collectif durable, transmis de génération en génération, dont les bienfaits se poursuivent bien après la disparition de ses fondateurs.


Le Messager d'Allah ﷺ fut le premier à mettre concrètement ce principe en pratique. Dès son arrivée à Médine après l'Hégire, son premier acte fut la construction de la mosquée, qui devint le cœur spirituel de la communauté, le lieu de l'adoration, de l'enseignement, de la justice, de la concertation et de la réforme sociale.


Aujourd'hui encore, ces significations prennent une dimension particulièrement vivante à travers certaines grandes mosquées qui continuent d'accomplir leur mission religieuse au fil du temps. Parmi elles figure la Grande Mosquée de Paris, qui célèbre cette année son centenaire. Elle témoigne avec éclat qu'une œuvre fondée exclusivement pour Allah dépasse largement les limites d'une seule génération.


Cet édifice est le fruit d'efforts accumulés par des hommes qui se sont succédé au fil des décennies. Nombre d'entre eux ont rejoint la miséricorde de leur Seigneur, tandis que d'autres poursuivent encore aujourd'hui leur noble service. Pourtant, leur œuvre demeure vivante : dans chaque prière qui y est accomplie, dans chaque verset du Coran qui y est récité, dans chaque enseignement qui y est dispensé et dans chaque fidèle qui y trouve la sérénité.


Ainsi apparaît avec évidence toute la portée de ce hadith : une mosquée édifiée il y a un siècle continue aujourd'hui d'accueillir les fidèles, de faire résonner l'appel à la prière, de transmettre la science religieuse et de perpétuer les rites de l'islam. Toutes ces œuvres sont inscrites, par la grâce d'Allah, dans la balance des bonnes actions de ceux qui ont contribué à sa fondation, ainsi que de ceux qui participent aujourd'hui à sa préservation, à son entretien et à la poursuite de sa mission. Car lorsque les effets d'une œuvre se prolongent, sa récompense continue elle aussi.



Parmi les enseignements les plus profonds de ce hadith figure la distinction opérée par la Charia entre l'œuvre limitée à son accomplissement immédiat et celle dont les effets se prolongent dans le temps. La construction des mosquées représente l'exemple par excellence de cette seconde catégorie, car elle ne procure pas uniquement un bénéfice matériel : elle édifie durablement une communauté croyante, nourrit les âmes par la foi, éclaire les esprits par la science et maintient vivante la relation entre le serviteur et son Seigneur.


Le mérite attaché à cette œuvre ne concerne d'ailleurs pas uniquement celui qui construit de ses propres mains. Il englobe également tous ceux qui y contribuent, par leurs biens, leurs efforts, leurs compétences, leurs conseils ou leurs services, dès lors qu'ils recherchent sincèrement l'Agrément d'Allah.


Ce hadith invite également le croyant à préparer l'au-delà en laissant derrière lui une œuvre dont les bienfaits se perpétueront. Les savants parlent à ce sujet de la « pérennisation de l'empreinte » (istidâmat el-Athar). L'homme véritablement avisé est celui qui sème ce qui continuera de porter ses fruits après son départ. C'est pourquoi le Prophète ﷺ a mentionné ces œuvres majeures : la science utile, l'enfant vertueux, le waqf, le Coran légué et les réalisations d'utilité publique, toutes unies par une même caractéristique : la continuité du bien et le renouvellement incessant de la récompense.


D'un point de vue éducatif, ce hadith élève également le croyant au-dessus d'une vision individualiste de la piété pour l'orienter vers une conscience collective. La mosquée n'appartient à personne : elle est la Maison d'Allah, ouverte à tous les fidèles sans distinction. Le riche comme le pauvre, le résident comme le voyageur, le savant comme l'étudiant y trouvent leur place sous l'ombre de la miséricorde divine. C'est pourquoi la construction, l'entretien et l'animation des mosquées figurent parmi les plus hautes manifestations de la religion.


A la lumière de ces enseignements, le centenaire de la Grande Mosquée de Paris constitue une occasion privilégiée de méditer sur la valeur des œuvres accomplies exclusivement pour Allah. Les générations passent, les hommes disparaissent, mais les œuvres sincères demeurent. Elles deviennent une mémoire spirituelle vivante qui traverse les époques et les frontières, conformément à la promesse prophétique : « Quiconque construit une mosquée pour Allah, recherchant par là Son seul Visage, Allah lui construira une demeure au Paradis. »


Quelle magnifique annonce pour tous ceux qui ont contribué, hier comme aujourd'hui, à l'édification, à la préservation et au rayonnement des maisons d'Allah, afin que leur lumière continue d'illuminer les cœurs sur terre et que leur récompense demeure, auprès d'Allah, ininterrompue.

 


*Article paru dans le n°117 de notre magazine Iqra.




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