Récits célestes (n°94) - Abraham et Ismaël : quand les demeures s’élèvent par la foi
- il y a 8 heures
- 7 min de lecture

Par Cheikh Abdelkader Belabdli
Toutes les demeures ne naissent pas de la pierre. Certaines prennent d’abord forme dans une prière, puis traversent le temps jusqu’à devenir un refuge pour la mémoire et pour la foi.
C’est ainsi que commença l’histoire de la première Maison. Dans une vallée dépourvue de cultures, d’eau et de toute habitation, Abraham, que la paix soit sur lui, laissa son épouse Agar et son jeune fils Ismaël, puis s’en alla. Rien, dans ce paysage, ne laissait présager la naissance d’une cité, l’édification d’un sanctuaire ou l’avènement d’une communauté. Le lieu était désert, mais la promesse, elle, était bien présente.
Des années plus tard, Abraham revint dans cette vallée. Là, dans ce lieu qui avait conservé l’écho de la première prière, commença à se tisser la mémoire de la Maison : un homme en élevait les fondations, son fils l’assistait, et, entre eux, une invocation montait vers le ciel : « Seigneur, accepte cela de notre part. Tu es, certes, Celui qui entend tout et qui sait tout. »
La construction n’était pas ici un simple ouvrage d’architecture, elle constituait un véritable acte de foi. Le Coran ne nous décrit ni la forme des pierres, ni la durée des travaux, ni la manière dont les murs furent élevés. Il nous révèle quelque chose de plus essentiel : ce qui se passait dans les cœurs tandis qu’ils bâtissaient.
C’est ici que le Coran dévoile le secret des demeures qui traversent le temps. Les grandes maisons ne sont pas celles dont les murs s’élèvent le plus haut, mais celles dont les intentions s’élèvent avec eux.
C’est pourquoi la Maison sacrée fut la première Maison : non seulement parce qu’elle est la plus ancienne dans le temps, mais aussi parce qu’elle fut, dès l’origine, fondée sur l’unicité de Dieu, la prière et une adoration exclusivement vouée à Dieu.
Voilà peut-être ce qui, dans la perspective de la foi, confère à l’édification des maisons un sens bien plus vaste que la simple construction de murs. Une maison peut être une mosquée, une école, une institution ou encore un projet destiné à conduire les hommes vers le bien.
Mais la question demeure toujours la même : dans quelle intention a-t-elle été bâtie ?
C’est à la lumière de cette question que nous pouvons saisir une vérité profonde dans l’histoire de la Grande Mosquée de Paris. Car les édifices bâtis dans la fidélité traversent le temps, et les lieux élevés dans la gratitude préservent la mémoire de ceux qui les ont précédés.
Les mosquées ne naissent pas de la pierre seule. Elles naissent aussi des sacrifices qui ont préparé leur avènement et des cœurs qui en ont porté le sens avant même qu’elles ne soient édifiées.
C’est pourquoi, devant une maison de Dieu, les hommes ne demandent pas seulement : « Qui en a posé les pierres ? » Ils s’interrogent plutôt : « Qui en a porté l’intention ? Qui en a préservé le dépôt ? Et qui l’a transmise aux générations suivantes ? »
Ainsi, l’histoire d’Abraham et d’Ismaël demeure vivante tant que les hommes continueront d’édifier sur terre des demeures où ils aspirent à voir se rencontrer la terre et le ciel.
Car la véritable grandeur d’une demeure ne réside pas dans sa hauteur, mais dans la sincérité du sens sur lequel elle a été fondée.
*Article à paraître dans le n°117 de notre magazine Iqra.
À LIRE AUSSI :
Récits célestes (n°72) - Lorsque l’accueil des plus vulnérables devient la mesure de la civilisation
Récits célestes (n°52) - Lorsque le Coran institua la balance : le modèle économique dans la Révélation ultime
Récits célestes (n°4) - Le Prophète Houd et la tribu des Aad




Commentaires