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Le Hadith de la semaine (n°107) - Lorsque la miséricorde du Créateur précède Sa colère, la mémoire de la créature s’éloigne de la haine

  • il y a 13 heures
  • 9 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Abou Hourayra, qu'Allah l'agrée, le Prophète ﷺ a dit :


« Lorsque Allah créa les créatures, Il écrivit dans un Livre qui se trouve auprès de Lui, au-dessus du Trône : "Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère". »

Rapporté par El-Boukhari et Mouslim


Dans une autre narration : « a surpassé Ma colère », et dans une autre encore : « a précédé Ma colère ».


Il peut venir à l’esprit du lecteur que ce hadith n’est qu’une annonce d’espérance adressée individuellement aux pécheurs et aux repentants, évoquée dans les moments de douceur spirituelle. Pourtant, il constitue en réalité l’un des plus grands textes fondateurs de la vision musulmane de l’homme, de l’histoire et de la justice, notamment lorsque l’être humain cherche à comprendre comment appréhender la colère de la mémoire, ses douleurs et les blessures historiques collectives.


C’est pour cette raison, entre autres, que les savants se sont longuement arrêtés sur ce hadith. Ils ont expliqué qu’Allah, exalté soit-Il, a inauguré la création par la miséricorde avant le châtiment, par la grâce avant la réprobation, et par la bienfaisance avant le jugement.


Certains ont également souligné que la miséricorde constitue le principe originel dans la gouvernance divine, tandis que la colère demeure liée de manière circonstancielle à l’injustice, à la tyrannie et à la corruption. C’est pourquoi les Noms divins dérivés de la miséricorde sont nombreux : Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux, Le Compatissant, Le Généreux, Le Plein d’Amour… alors qu’Il ne S’est pas attribué de Nom dérivé de la colère.


Il s’agit là d’un message d’une profondeur immense adressé à l’humanité entière : la haine n’est pas le fondement sur lequel la vie doit être bâtie, mais bien la miséricorde et la compassion.


Et ne crois pas, cher lecteur, qu’il s’agisse là d’abolir la justice, d’édulcorer les vérités ou d’exiger de celui qui se sent lésé, qu’il oublie, cela signifie plutôt que la colère née des blessures ne doit pas devenir une identité permanente, ni que la mémoire se transforme en combustible éternel de la haine et de la rancœur enfouie.


C’est ici que se manifeste le génie prophétique lorsque nous lisons ce hadith à la lumière de la mémoire historique des peuples.


Il est des nations qui portent dans leur mémoire des famines, des colonisations, des occupations, des massacres, des exils, des tortures et des sangs dont les traces morales ne se sont pas encore effacées.


Il est des pages de l’histoire qui demeurent ouvertes dans la conscience collective, malgré les années et les générations qui passent.


Mais la question éthique profonde que pose l’islam n’est pas : « Devons-nous nous souvenir ou oublier ? »


Elle est plutôt : « Comment devons-nous nous souvenir ? »


Car la mémoire peut devenir lumière, comme elle peut devenir incendie. Elle peut être un moyen de rendre justice à la vérité, ou se transformer en machine produisant les rancœurs de génération en génération.


L’islam ne demande pas à l’opprimé d’effacer sa blessure, car nier la douleur n’est pas une vertu, pas plus qu’ignorer la vérité ne constitue une réconciliation. Mais il refuse également que l’être humain soit éduqué dans la soumission à la colère, ou qu’il demeure prisonnier du passé au point d’en perdre la capacité de bâtir l’avenir.


Il existe une différence immense entre une mémoire qui préserve la dignité et une mémoire qui fabrique la haine. C’est pourquoi le Noble Coran a uni la justice et la bienfaisance dans la parole divine : « Certes, Allah ordonne la justice et la bienfaisance ».


La justice empêche la disparition des droits, tandis que la bienfaisance empêche que le droit ne se transforme en dureté aveugle.


Nous comprenons dès lors que la miséricorde qui précède la colère n’est ni un appel politique naïf à tout dépasser, ni un discours émotionnel demandant aux victimes le silence, l’oubli ou l’indifférence. Elle est plutôt une éducation spirituelle et morale qui empêche l’être humain de laisser sa blessure dévorer son humanité.


L’homme peut réclamer la vérité historique sans nourrir la haine ni la rancœur. Il peut défendre sa mémoire sans la transformer en prison pour les générations futures. Il peut demander la reconnaissance des injustices sans bâtir tout son avenir sur le désir de vengeance.


Et c’est précisément ce dont ont besoin les sociétés portant des mémoires chargées de douleur : comprendre que la justice est une nécessité, mais que la colère n’est pas une destinée éternelle. Car le Créateur des créatures, glorifié et exalté soit-Il, S’est prescrit à Lui-même la miséricorde et la compassion avant même de créer la création.


Autrement dit, le grand message que ce hadith cherche particulièrement à inscrire dans la conscience de l’humanité contemporaine est que le dernier mot ne devrait pas appartenir à la colère, aussi légitime puisse-t-elle paraître, mais à la miséricorde qui préserve l’être humain de devenir lui-même une autre image de ce qui le faisait souffrir.


Car, en islam, la miséricorde représente le plus haut degré de la force morale, particulièrement lorsqu’il s’agit de porter la vérité et de se souvenir des blessures loin de la haine, de la rancœur et du désir de vengeance, même lorsque nous évoquons, écrivons et ravivons la mémoire des pages les plus douloureuses de l’histoire.

 


*Article paru dans le n°110 de notre magazine Iqra.




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1 commentaire


Lukas Müller
Lukas Müller
il y a 10 heures

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