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Regard fraternel (n°117) - Saint François d’Assise, pionnier du dialogue interreligieux

il y a 4 heures
9 min de lecture

Par Nassera Benamra

Le 4 octobre, l’Église catholique célèbre la mémoire de saint François d’Assise, l’un des saints les plus populaires et les plus aimés du monde chrétien. Fondateur de l’ordre des frères mineurs, il est connu pour avoir choisi une vie simple, fraternelle et joyeuse, au service des plus démunis. Saint François est également « Patron » de l’Italie, des animaux, de l’écologie et des non-violents.


Le Saint François d’Assise a marqué un épisode important du dialogue entre les religions et ce, par sa rencontre avec le sultan d’Égypte Al-Kamil, à Damiette, en 1219. Cette rencontre intervient dans un contexte particulièrement difficile, celui de la cinquième croisade, alors que les armées chrétiennes assiègent la ville. François décide pourtant de traverser les lignes de front pour aller à la rencontre du souverain musulman. Un échange qui, huit siècles plus tard, reste associé à l’histoire des relations entre chrétiens et musulmans et à la question du dialogue entre les deux traditions religieuses.


Qui était saint François d’Assise ?


Saint François d’Assise est né à Assise, en Italie, vers 1181-1182, dans une famille aisée et est mort à Sainte-Marie-des-Anges le 3 octobre 1226, il est baptisé du nom de Jean, et est canonisé par Grégoire IX le 16 juillet 1228. Son père, Pietro Bernardone, était un riche marchand de draps. François grandit dans un milieu confortable et mène, dans sa jeunesse, une vie assez insouciante. Il aimait les fêtes, la musique et la poésie et rêvait de devenir chevalier. Il participa notamment à la guerre entre Assise et Pérouse, au cours de laquelle il a été emprisonné.


Cette période va progressivement changer sa vie, car après sa captivité et une maladie, François commence à s’interroger sur son existence et se rapproche de la prière. Il abandonne peu à peu ses ambitions et choisit une vie tournée vers Dieu et vers les plus pauvres. Il renonce finalement aux biens de sa famille et commence à vivre dans la pauvreté. Il s’occupe notamment des lépreux et participe à la restauration de petites églises en ruine autour d’Assise.


L’œuvre de saint François, un héritage qui perdure


L’œuvre de saint François d’Assise est d’abord liée à la fondation de l’ordre des frères mineurs, né au début du XIIIe siècle autour de son choix de vivre selon les enseignements de l’Évangile. Avec ses premiers compagnons, François fait de la pauvreté, de la fraternité et du service des autres les bases de cette nouvelle communauté. L’ordre va rapidement se développer et s’étendre dans différentes régions d’Europe, avant de se faire connaître dans de nombreuses parties du monde, il compte aujourd’hui environ 13 000 membres dans le monde.


Son influence ne s’arrête pas aux frères mineurs, son idéal donne également naissance à une véritable famille franciscaine, avec notamment les Clarisses, fondées autour de sainte Claire d’Assise, ainsi que différentes branches de religieux et de laïcs qui se réclament encore aujourd’hui de son héritage.


François d’Assise a également laissé plusieurs textes qui permettent de mieux comprendre sa pensée et sa spiritualité. Parmi eux figurent la règle de l’ordre, son testament, des prières et des textes consacrés à la louange de Dieu. « Le Cantique des créatures » reste toutefois l’un de ses écrits les plus connus. Dans ce texte, François célèbre Dieu à travers la création, la nature et les éléments.


Une rencontre du passé qui nous parle encore aujourd’hui


En 1219, la cinquième croisade se déroule en Égypte et les armées chrétiennes assiègent Damiette. C’est dans ce contexte de guerre que François d’Assise décide de se rendre auprès du sultan d’Égypte, Al-Malik al-Kamil. Une démarche qui n’est pas sans danger, puisque les deux camps sont face à face et que les déplacements entre les lignes sont difficiles et risqués.


Il se met en route avec l’un de ses compagnons, frère Illuminé et parvient à atteindre le camp musulman. Les deux religieux sont arrêtés par les soldats et conduits devant Al-Kamil. François lui explique la raison de sa présence et lui parle de sa foi chrétienne. Les récits franciscains rapportent que le sultan l’écoute avec attention. Après cet échange, il quitte le camp du sultan, escorté par ses hommes.


La rencontre de Damiette n’a pas mis fin à la guerre et François n’est pas parvenu à convertir le sultan. Mais cet épisode a laissé une place particulière dans la mémoire franciscaine. Au milieu d’un conflit opposant deux camps, un religieux chrétien et un souverain musulman ont accepté de se rencontrer et d’échanger.


Huit siècles plus tard, cette rencontre continue d’être évoquée lorsqu’il est question de dialogue entre chrétiens et musulmans. Cette démarche reste aujourd’hui une référence pour ceux qui cherchent à favoriser la connaissance de l’autre et le dialogue entre les religions. Elle rappelle qu’au-delà des différences de croyances et des conflits qui peuvent opposer les hommes, la rencontre et l’écoute restent possibles.


800 ans plus trad, le 4 octobre, l’Église catholique célèbre la fête du Saint François d’Assise. Cette journée est l’occasion de rappeler son parcours, mais surtout les valeurs auxquelles il a consacré sa vie. La simplicité, la fraternité, la paix et l’attention portée aux plus fragiles occupent une place importante dans son message.


La fête de saint François est aussi liée à son rapport particulier à la création, à son attachement à la nature et aux animaux a contribué à faire de lui un religieux souvent associé à la protection de l’environnement.


Plus largement, le 4 octobre peut être l’occasion de se rappeler que le message de François d’Assise ne se limite pas à son époque. La fraternité, le respect de l’autre, le refus de la violence et la recherche de la paix restent des questions qui concernent encore nos sociétés.



*Article à paraître dans le n°123 de notre magazine Iqra.




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