Le Hadith de la semaine (n°111) - La miséricorde prophétique et l’enfance à l’épreuve des défis contemporains
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Par Cheikh Younes Larbi
Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) a dit : « Je n’ai jamais vu quelqu’un plus miséricordieux envers les enfants que le Messager d’Allah ﷺ » (rapporté par Mouslim).
Dans ce hadith, Anas (qu’Allah l’agrée) emploie le terme « El-‘iyâl », qui désigne linguistiquement ceux qui ont besoin de prise en charge, de protection et de soin. Ici, il renvoie particulièrement aux enfants et aux plus jeunes. Cette expression révèle que le Messager d’Allah ﷺ était la personne la plus miséricordieuse envers ceux qui sont le plus en droit de recevoir tendresse, attention et bienveillance.
Il ne s’agit pas d’un témoignage ponctuel, mais de la description d’une vie vécue de près. L’enfance occupait une place centrale dans la miséricorde prophétique, et l’enfant était considéré comme un être pleinement digne, doté de sentiments, de besoins, et d’un droit à la douceur et à la considération.
Parmi les plus belles manifestations de cette miséricorde figurent ses relations avec ses petits-fils El-Hasan et El-Husayn (qu’Allah les agrée). Il les rapprochait de lui, les portait, les serrait contre lui et les embrassait devant les gens. Il leur laissait l’espace naturel de leur enfance dans sa vie. Il prolongeait même sa prosternation lorsqu’un d’eux montait sur son dos, demeurant dans sa position jusqu’à ce qu’il ait terminé son jeu, dans une scène empreinte de sérénité et de compassion, révélant une attention profonde à l’univers de l’enfant.
Cette miséricorde s’étendait à tous les enfants des musulmans. Le Prophète ﷺ jouait avec eux, leur parlait selon leur âge, partageait leur univers, et répondait à leur nature avec douceur et compréhension. Il savait que l’enfant est profondément marqué par des gestes que les adultes peuvent négliger : une parole bienveillante, un sourire sincère ou une marque d’affection.
A travers ce comportement, l’enfant grandissait avec le sentiment de sa valeur et de sa dignité. L’enfance est une étape où se forment les premières structures de la personnalité, où se développent la confiance ou la peur, la sérénité ou l’anxiété, l’ouverture ou le repli.
Ainsi, la sollicitude du Prophète ﷺ envers les enfants englobait le cœur, l’esprit et l’âme. Il y implantait la sécurité intérieure, la confiance et l’amour, et préparait des personnalités équilibrées, capables de porter le bien et de contribuer à la construction de la vie. De cette éducation prophétique est issue une génération fondée sur la miséricorde, porteuse de savoir, de Da’wa et de noblesse morale. Ceci est conforme à la parole d’Allah exalté soit-Il : « Et Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour l’univers », ainsi qu’à la parole du Prophète ﷺ : « Celui qui ne fait pas miséricorde ne recevra pas miséricorde », et : « N’est pas des nôtres celui qui ne fait pas miséricorde à nos jeunes et ne respecte pas nos aînés ». Ainsi, la miséricorde constitue un fondement de la construction de la société et non un simple trait individuel.
Lorsqu’on observe la réalité contemporaine de l’enfance, on constate un monde vaste et complexe d’influences multiples entourant l’enfant dès ses premières années. Beaucoup d’enfants vivent les effets des guerres et des conflits, de la désintégration familiale, de la violence et de la négligence, ce qui fragilise leur sentiment fondamental de sécurité et d’équilibre.
D’autres sont exposés à diverses formes de harcèlement, de discrimination et d’exploitation, que ce soit dans leur environnement scolaire, social ou dans l’éspace numérique, ce qui altère leur image d’eux-mêmes et affaiblit leur confiance intérieure, les enfermant parfois dans le silence ou le repli.
Dans certains contextes, cette réalité prend des formes encore plus graves, où les enfants sont exploités économiquement, contraints à des travaux inadaptés à leur âge, ou entraînés vers des environnements dangereux. Cela révèle la fragilité de l’enfance lorsqu’elle est privée de protection adéquate, et exposée à des atteintes qui touchent sa dignité et son humanité.
C’est ici que le modèle prophétique de la miséricorde se manifeste comme une construction globale visant à préserver l’être humain dès ses débuts, à protéger sa dignité et à lui offrir un environnement sûr, propice à un développement harmonieux.
A la lumière de ces réalités, ce hadith d’Anas (qu’Allah l’agrée) « Je n’ai jamais vu quelqu’un plus miséricordieux envers les enfants que le Messager d’Allah ﷺ », devient une interrogation ouverte sur notre époque : comment l’enfance est-elle façonnée aujourd’hui ? Comment se construit la personnalité humaine dans ses premières années ? Et quelles empreintes ces environnements laissent-ils sur les sociétés futures ?
L’enfant élevé dans la miséricorde grandit dans l’équilibre, la compréhension et la capacité de donner. A l’inverse, celui qui est exposé à la dureté, à l’instabilité ou à la violence porte souvent ces traces dans sa relation à lui-même et au monde.
Ainsi, la miséricorde, telle qu’incarnée par le Prophète ﷺ, demeure non seulement une valeur morale, mais un fondement de la compréhension de l’être humain, une mesure des sociétés, et une clé pour construire un avenir plus humain et plus équilibré.
*Article à paraître dans le n°114 de notre magazine Iqra.
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