top of page

Le Hadith de la semaine (n°113) - L’importance des intentions et leur influence sur le destin de l’homme

  • il y a 2 heures
  • 11 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Les gens ne seront ressuscités qu’en fonction de leurs intentions » (Hadith authentique, rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunan).


Ce noble hadith établit un principe fondamental qui met en lumière la parfaite justice divine. Le jugement d’Allah, le Jour de la Résurrection, reposera sur ce qui aura réellement habité les cœurs : les intentions, les desseins et les motivations profondes. Dans une autre narration, le Prophète ﷺ a expliqué que des personnes peuvent partager un même destin dans ce monde, emprunter le même chemin, participer à la même action, voire, être frappées par un même événement, pourtant, elles seront ressuscitées différemment auprès d’Allah, chacune selon son intention et non pas selon la seule apparence de ses actes.


Cette réalité montre que, dans l’Islam, la valeur de l’être humain se mesure avant tout à ce qu’il porte dans son cœur. Deux personnes peuvent accomplir une œuvre extérieurement identique, mais l’une la réalise pour Allah tandis que l’autre la recherche pour un intérêt mondain ou pour être vue et admirée des gens. Dès lors, la différence entre elles auprès d’Allah est immense, bien que l’acte apparaisse semblable aux yeux des gens.


Le Prophète ﷺ a confirmé ce principe dans de nombreux autres hadiths, notamment lorsqu’il a dit : « Les actes ne valent que par les intentions, et chacun ne sera récompensé que selon ce qu’il aura eu l’intention de faire. » Ce hadith fondamental enseigne que la valeur d’une œuvre est indissociable de l’intention qui l’anime. De même, il a dit ﷺ : « Certes, Allah ne regarde ni vos apparences ni vos richesses, mais Il regarde vos cœurs et vos œuvres. »  Ainsi, le véritable critère dans la balance divine réside dans le cœur et non dans les apparences.


On comprend alors que le hadith de la résurrection selon les intentions n’est pas seulement une information concernant l’Au-delà, il constitue également une clé essentielle pour comprendre toute la vie du croyant. L’homme vit aujourd’hui selon ses intentions et sera demain jugé selon celles-ci. La résurrection ne fera finalement que révéler ce qui était caché dans les cœurs durant la vie terrestre.


Ainsi, une action ordinaire peut devenir un acte d’adoration sincère lorsqu’elle est accompagnée d’une intention pieuse, tandis qu’une œuvre apparemment bonne peut perdre toute valeur si elle est dépourvue de dessein vertueux. De même que l’intention est parfois une condition de validité ou d’exaucé certains actes, elle constitue aussi l’une des plus grandes manifestations de la grâce d’Allah envers Ses serviteurs. Par elle, de nombreuses activités quotidiennes se transforment en adorations et en moyens de se rapprocher de Lui.


L’être humain mange, boit, dort, travaille et subvient aux besoins de sa famille, toutes ces choses relèvent de la nature humaine. Toutefois, lorsqu’elles sont accomplies avec une intention sincère, elles deviennent des œuvres méritoires dont la récompense demeure auprès d’Allah, alors même que leurs effets terrestres disparaissent.


L’intention ressemble ainsi à un extraordinaire transformateur qui ne modifie pas l’apparence de l’acte, mais en change totalement la valeur auprès d’Allah. Celui qui mange afin de se fortifier pour obéir à son Seigneur, qui travaille afin de subvenir licitement aux besoins de ceux dont il a la charge, ou qui recherche le mariage pour préserver sa chasteté, obtient une récompense proportionnelle à la sincérité de son intention et à la conscience qu’il a de rechercher l’agrément divin.


C’est pourquoi les pieux prédécesseurs veillaient constamment à renouveler leurs intentions dans l’ensemble de leurs actions. Ils savaient que les récompenses ne dépendent pas uniquement des actes eux-mêmes, mais également des nobles objectifs qui les accompagnent. Heureux donc celui qui remplit son cœur de sincérité, lutte contre son âme afin de maintenir une intention pure et recherche constamment l’agrément de son Seigneur. Allah lui ouvrira alors de vastes portes de bien, transformera ses habitudes en actes d’adoration et fera de ses occupations terrestres une provision éternelle pour le Jour où les hommes seront ressuscités selon leurs intentions.


En raison de l’importance de l’intention dans la législation musulmane, les savants lui ont consacré une attention particulière. En effet, elle intervient dans presque tous les domaines de la religion. Parmi ses fonctions essentielles figure celle de distinguer les actes d’adoration des simples habitudes, ainsi que certaines adorations entre elles : c’est par l’intention que le jeûne du Ramadhan se distingue d’un jeûne surérogatoire, et que la prière du Dhuhr se distingue de celle du ‘Asr.


Par ailleurs, le siège de l’intention est le cœur, sa formulation verbale n’est donc pas requise. Rien d’authentique ne rapporte que le Prophète ﷺ ou ses Compagnons prononçaient explicitement l’intention avant les actes cultuels.


Parmi les subtilités de ce sujet figure également le fait qu’une intention sincère peut permettre à son auteur d’obtenir la récompense d’une œuvre qu’il n’a pas pu accomplir en raison d’un empêchement légitime. Le Prophète ﷺ a dit : « Lorsque le serviteur tombe malade ou voyage, il lui est inscrit la récompense des œuvres qu’il accomplissait lorsqu’il était en bonne santé et résident. »  Il a également déclaré lors de l’expédition de Tabuk : « Il y a à Médine des hommes qui vous ont accompagnés à chaque étape de votre marche et dans chaque vallée que vous avez traversée, ils ont été retenus par une excuse légitime. »


De même, celui qui nourrit sincèrement le projet d’accomplir une bonne action mais en est empêché, se voit néanmoins inscrire auprès d’Allah la récompense complète de cette bonne œuvre.

A l’inverse, la corruption de l’intention peut anéantir ou diminuer la valeur d’un acte. C’est pourquoi l’ostentation (Riya’) compte parmi les maladies les plus dangereuses du cœur. Une œuvre qui semble être un acte d’obéissance peut devenir une cause de châtiment lorsque son auteur recherche les éloges et l’admiration des hommes plutôt que l’agrément d’Allah. Les pieux prédécesseurs craignaient souvent davantage pour leurs intentions que pour leurs actes, car il est plus facile de corriger l’apparence que de purifier le cœur.


Donc, l’intention est une œuvre du cœur qui exige une vigilance constante et un effort permanent. Le croyant examine ses motivations avant l’action, pendant son accomplissement et après son achèvement. Il s’interroge :  « Pour qui est-ce que j’agis ? Que recherchais-je réellement à travers cette œuvre ? » Et c’est selon la sincérité de sa réponse que se mesure son degré d’acceptation auprès d’Allah. Car Allah ne considère pas la quantité des œuvres ni leur apparence extérieure, mais ce que les cœurs renferment de sincérité, de véracité et de volonté de faire le bien.


L’intention est donc l’âme des œuvres et le secret de leur valeur auprès d’Allah. Par elle, les actes d’obéissance s’élèvent en mérite, par elle, les choses permises deviennent des moyens de se rapprocher d’Allah, et c’est sur elle que reposera la rétribution lorsque les créatures sortiront de leurs tombes pour comparaître devant leur Seigneur. Dès lors, l’une des plus grandes préoccupations du croyant doit être de rectifier ses intentions, de renouveler ses desseins et de surveiller son cœur. Car la rectitude de l’intention est la clé de la rectitude des œuvres. Celui qui purifie son for intérieur, Allah embellira son apparence extérieure, et celui qui est sincère envers Allah dans ses intentions pourra atteindre des degrés que l’abondance des œuvres, à elle seule, ne permettrait pas d’atteindre.

 


*Article paru dans le n°116 de notre magazine Iqra.




LIRE AUSSI :

Commentaires


bottom of page