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Regard fraternel (n°121) - Ce qui reste quand tout passe

il y a 20 heures
15 min de lecture

« On ne meurt pas de sa maladie, mais du fait d'être vivant »

Michel de Montaigne, philosophe français du XVIᵉ siècle


Par Nassera Benamra

Dans la vie, nous passons beaucoup de temps à vouloir réussir, à améliorer notre situation, à construire quelque chose pour nous-mêmes et pour notre famille. Nous voulons être reconnus, respectés, parfois même admirés et il n'y a rien de mauvais à vouloir avancer dans la vie. Chacun souhaite vivre dignement, mettre ses proches à l'abri du besoin et profiter du fruit de ses efforts.


Il suffit parfois de regarder autour de nous pour comprendre que rien n'est définitivement acquis. Une personne qui occupait un poste important peut se retrouver sans considération, lorsqu'elle perd son poste, une autre qui occupe une place importante dans nos cœurs, peut être oubliée, une famille autrefois aisée peut connaître des difficultés et quelqu'un que l'on croyait indispensable peut être remplacé du jour au lendemain. La vie nous réserve parfois des surprises que nous n'aurions jamais imaginées. Ce qui nous semblait essentiel hier peut perdre de son importance aujourd'hui.


Que nous soyons croyants ou non, nous savons tous que rien n'est éternel sur cette terre et que nous finirons, un jour, par disparaître. Pourtant, nous vivons parfois comme si nous avions tout le temps devant nous, en oubliant que notre passage ici-bas est limité.


Nous accordons trop d'importance aux apparences


Nous vivons sur une planète où la réussite se mesure souvent à ce que l'on possède, à la maison que l'on habite, à la voiture que l'on conduit ou à la fonction que l'on occupe. Il arrive même que nous accordions davantage de considération à une personne parce qu'elle est riche, connue ou influente, alors que nous ne prêtons pas toujours attention à celle qui n'a rien à nous offrir en retour.


Cela se remarque dans des situations très simples. Lorsqu’une personne gare sa belle voiture devant une boulangerie et rentre pour acheter des gourmandises, arrivée à la caisse, elle découvre qu’elle a oublié son portefeuille. Le boulanger peut alors la laisser prendre ses courses et payer plus tard.


Mais lorsqu’un petit garçon entre dans cette même boulangerie pour acheter une baguette et qu’il lui manque, par exemple, 20 centimes, on refuse de la lui donner, alors que ses petits frères, à la maison, l’attendent pour souper. Pourtant, lui aussi a peut-être simplement besoin qu’on lui fasse confiance. Sa pauvreté ne devrait pas être une raison pour le traiter différemment.


Nous oublions pourtant que les circonstances peuvent changer, celui qui aide aujourd'hui, peut avoir besoin d'aide demain, et celui que nous regardons de haut peut posséder des qualités que nous ne soupçonnons même pas. La pauvreté ne retire rien à la dignité d'une personne, pas plus que la richesse ne garantit la bonté du cœur.


Prenons le temps de penser à l'essentiel


La vie passe, les situations changent et les personnes que nous aimons ne sont pas éternellement auprès de nous. Nous ne pouvons pas retenir le temps, conserver toutes nos réussites ni éviter toutes les épreuves. Nous pouvons encore choisir ce que nous faisons de chaque journée qui nous est donnée.


Il ne s'agit pas de chercher à être parfait, car personne ne l'est, nous aurons toujours des erreurs à corriger, des paroles que nous aurions pu mieux choisir et des occasions que nous regretterons d'avoir manquées. L'essentiel est peut-être de ne pas cesser de nous remettre en question, d'apprendre de nos erreurs et de faire un peu plus attention à ceux qui vivent autour de nous.


Parfois, nous attendons un événement important pour nous rendre compte de la valeur d'une personne, pour lui dire merci ou pour lui montrer notre affection. Pourtant, nous n'avons pas toujours besoin d'attendre ces moments. Une visite, un appel, une excuse sincère ou un geste de solidarité peuvent déjà faire une différence.


Au bout du compte, nous ne savons pas exactement ce qui restera de notre passage dans la vie des autres. Mais nous pouvons essayer de faire en sorte que notre présence ne soit pas seulement liée à ce que nous avons obtenu, mais aussi à ce que nous avons partagé, aux difficultés que nous avons contribué à alléger et au respect que nous avons témoigné.


Penser à la mort fait partie de la vie


Croire que notre existence ait une fin peut nous aider à mieux comprendre la valeur de la vie. Des philosophes, notamment parmi les stoïciens, ont réfléchi à la manière dont la conscience de notre mortalité peut nous apprendre à mieux vivre, au lieu de nous empêcher d'avancer.


Prendre conscience que notre temps est limité nous aide à revoir nos priorités, à accorder plus d'importance à nos proches et à ne pas toujours remettre à demain les choses qui comptent pour nous. Il ne s'agit pas de vivre dans la peur de la mort, mais de ne pas oublier que le temps passe et que certaines occasions ne se présentent pas toujours une seconde fois.


Mais penser à la mort, c'est aussi prendre conscience que nous sommes en vie. Nous continuons à faire des projets, à penser au lendemain et à espérer, même si nous savons que notre passage sur terre n'est pas éternel.


Lorsque tout passe, il reste parfois une parole que l'on n'a jamais oubliée, une main tendue au moment où l'on en avait besoin ou le souvenir d'une personne qui nous a traités avec dignité, alors qu'elle n'avait rien à gagner à le faire.


La spiritualité, une autre façon de réfléchir à la vie


La spiritualité peut aussi nous aider à réfléchir au sens de notre existence et à la manière dont nous souhaitons vivre. Les enseignements des religions monothéistes, le judaïsme, accordent d’importance à la justice, à la bonté, à la solidarité et au respect des autres. La vie n'est pas seulement une question de réussite personnelle ou de biens matériels, elle nous engage aussi dans nos relations avec les autres et dans les choix que nous faisons chaque jour, et surtout sur ce qu’on fait pour suivre le chemin du paradis.


Même en dehors de toute croyance religieuse, chacun peut se demander ce qu'il souhaite transmettre et quelle trace de son passage il veut laisser sur terre. Car au-delà de nos différences, nous avons tous la possibilité de faire du bien autour de nous, d'aider une personne en difficulté, de reconnaître nos erreurs et de traiter les autres avec dignité. Finalement, lorsque tout passe, ce sont peut-être ces valeurs, mises en pratique dans nos actes, qui continuent à vivre dans le souvenir de ceux que nous avons rencontrés.


Si nous commencions dès aujourd'hui à nous demander non pas seulement ce que nous voulons réussir dans la vie, mais aussi ce que nous souhaitons apporter à celle des autres ?

 



La Toussaint, une fête religieuse

qui rassemble autour de l’amour qu’on porte aux défunts

 

En France, la Toussaint fait partie de ces traditions qui continuent de rassembler les familles, mais derrière cette journée que beaucoup associent aux cimetières et aux chrysanthèmes, il y a aussi une histoire religieuse ancestrale.


Le 1er novembre de chaque année, de nombreuses familles se rendent au cimetière pour déposer des fleurs sur les tombes de leurs proches disparus. Pour certains, c'est un moment de recueillement et de prière, pour d'autres, c'est surtout l'occasion de se souvenir d'un parent, d'un ami ou d'une personne qui a marqué leur vie et dont l'absence se fait parfois encore sentir, même après plusieurs années.


Au fond, que signifie réellement la Toussaint ? Pourquoi la célèbre-t-on le 1er novembre et comment cette fête est-elle entrée dans les habitudes des Français ?


C’est une fête qui remonte au cinquième siècle du christianisme


La Toussaint est une fête chrétienne célébrée chaque année le 1er novembre par l'Église catholique. Comme son nom l'indique « Tous les Saints », elle est consacrée à tous les saints, connus ou inconnus, que l'Église considère comme ayant vécu dans la fidélité à Dieu et qui sont désormais auprès de lui.


Pour comprendre l'origine de cette fête, il faut remonter aux premiers siècles du christianisme, à une époque où les chrétiens étaient persécutés en raison de leur foi. Certains ont préféré mourir plutôt que de renier leurs convictions et c'est ainsi que les premiers martyrs ont occupé une place importante dans la mémoire des communautés chrétiennes.


Chaque communauté chrétienne avait alors ses propres traditions et ses jours de commémoration. Il devenait donc nécessaire de réunir toutes ces célébrations en une seule fête, afin de rendre hommage à l'ensemble des saints, y compris ceux qui n'avaient pas de date particulière dans le calendrier.


C'est au VIIe siècle que le pape Boniface IV consacre l'ancien Panthéon de Rome au culte chrétien, en l'honneur de la Vierge Marie et des martyrs. Cette étape importante contribue à installer une célébration commune, qui est alors associée au 13 mai. Plus tard, le pape Grégoire III élargit cette fête à tous les saints.


La date que nous connaissons aujourd'hui, le 1er novembre, s'est développée à partir des traditions chrétiennes d'Irlande et d'Angleterre, avant de se répandre dans d'autres régions d'Europe. Au IXe siècle, sous le pape Grégoire IV et à la demande de l'empereur Louis le Pieux, cette date est adoptée à Rome. Depuis, la Toussaint est devenue une fête importante dans le calendrier chrétien.


Pourquoi associe-t-on la Toussaint aux personnes décédées ?


Lorsqu'on parle de la Toussaint en France, on pense immédiatement aux cimetières, aux fleurs déposées sur les tombes et aux familles qui viennent se recueillir devant les sépultures de leurs proches. Pourtant, dans la tradition catholique, la Toussaint et la commémoration des fidèles défunts sont deux célébrations différentes.


Le 1er novembre est consacré à tous les saints, tandis que le 2 novembre est la journée dédiée à la prière pour les personnes décédées. Mais au fil des années, les deux traditions se sont rapprochées dans les habitudes des Français, notamment parce que le 1er novembre est un jour férié. Les familles profitent donc de cette journée pour se rendre au cimetière, parfois de loin, afin d'entretenir les tombes et d'y déposer des fleurs.


Pour beaucoup, cette visite est un moment particulier, car elle permet de faire une pause dans le quotidien et de penser à ceux qui ne sont plus là. On se souvient d'une parole, d'un geste, d'un moment partagé, et parfois même de petites choses qui semblaient ordinaires à l'époque mais qui prennent une autre importance avec le temps.


La mort fait partie de la vie, même si elle reste difficile à accepter lorsqu'elle touche une personne que l'on aime. Chacun vit le deuil à sa manière et il n'est pas toujours facile de trouver les mots pour exprimer ce que l'on ressent. Une visite au cimetière, une prière ou simplement quelques instants de silence peuvent alors représenter une façon de garder un lien avec la personne disparue.


C'est aussi pour cette raison que la Toussaint conserve une place dans la société française, y compris chez des personnes qui ne pratiquent pas la religion. Au-delà de sa dimension religieuse, elle est devenue un rendez-vous où la mémoire familiale occupe une place importante.


Les chrysanthèmes, un symbole de la Toussaint en France


A l'approche du 1er novembre, les chrysanthèmes font leur apparition chez les fleuristes, à l’entrée des grandes surfaces et dans les cimetières. Ces fleurs, qui existent en plusieurs couleurs, sont devenues au fil du temps un symbole de l'hommage aux défunts.


Cette tradition ne vient pas directement des origines religieuses de la Toussaint. Elle s'est notamment développée au lendemain de la Première Guerre mondiale. En novembre 1919, à l'occasion de la première commémoration de l'armistice, les autorités françaises souhaitent que les tombes des soldats soient fleuries. Le chrysanthème, qui fleurit à cette période de l'année et résiste relativement bien au froid, est alors particulièrement adapté. Petit à petit, cette fleur s'est installée dans les habitudes des familles qui se rendent au cimetière pour la Toussaint.


Une journée de prière, mais aussi de retrouvailles familiales


Pour les catholiques pratiquants, la Toussaint est d'abord une fête religieuse. Les fidèles se rendent à la messe pour célébrer tous les saints et se rappeler leur exemple. Certains participent également à des offices la veille de la fête. Pour cette année, le 1er novembre coïncide avec le dimanche.


Mais cette journée est aussi l'occasion pour de nombreuses familles de se retrouver. Après la visite au cimetière, certains partagent un repas, évoquent des souvenirs et racontent aux plus jeunes l'histoire de ceux qu'ils n'ont parfois pas connus. Ces moments permettent de transmettre une mémoire familiale et de garder vivants certains souvenirs.


Selon les régions, des traditions particulières existent également autour de cette période. En Corse, on prépare notamment des « salviate », la salviata, des pâtisseries associées aux traditions locales. En Bretagne, certaines coutumes font aussi référence aux gâteaux des âmes, qui rappellent les anciennes pratiques liées à la commémoration des morts. Ces traditions montrent que la Toussaint ne se limite pas à un passage au cimetière, mais elle devient une histoire culturelle qui se transmet d'une génération à l'autre.


Comment la Toussaint est-elle célébrée dans les autres pays ?


En Espagne, « el Dia de Todos los Santos » est marqué par les visites aux cimetières et les bouquets déposés sur les tombes. Les familles se réunissent également autour de spécialités sucrées, comme les « Huesos de Santo », que l'on peut traduire par « os des saints ».


En Italie, le 1er novembre est également consacré à tous les saints, tandis que le 2 novembre est associé à la mémoire des défunts. Dans certaines régions, les familles préparent des douceurs traditionnelles en souvenir de leurs proches. En Sicile, des coutumes populaires racontent notamment que les défunts apportent des cadeaux aux enfants durant cette période.


Au Mexique, la célébration du « Dia de los Muertos », les 1er et 2 novembre, prend une forme très différente. Les familles installent des autels décorés de fleurs, de bougies, de photographies et d'offrandes pour accueillir symboliquement les âmes de leurs proches. Les rues se remplissent de couleurs et les rassemblements sont parfois accompagnés de musique et de festivités. La mort y est évoquée avec émotion, mais aussi dans une ambiance qui célèbre la vie et les souvenirs partagés.


En Pologne, les familles se rendent au cimetière pour fleurir les tombes, allumer des bougies et prier. Aux Philippines, cette période est également marquée par de grands rassemblements familiaux. Les proches nettoient les sépultures, déposent des fleurs et partagent des repas, transformant parfois les cimetières en lieux de rencontre.


Ces pratiques sont différentes, mais elles rappellent que le besoin de se souvenir des personnes disparues ne concerne pas uniquement une culture ou une religion. Dans de nombreuses sociétés, les gestes et les cérémonies permettent de garder une place pour les morts dans la vie des vivants.

Au fil des siècles, la Toussaint a conservé sa dimension religieuse tout en prenant une place particulière dans les traditions familiales. Pour les croyants, elle est l'occasion de célébrer tous les saints et de renouveler leur espérance. Pour de nombreuses familles, elle représente surtout un moment pour se souvenir de ceux qui ont partagé leur vie et qui continuent d'occuper une place dans leur cœur.



 

*Article paru dans le n°127 de notre magazine Iqra.




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