Le Hadith de la semaine (n°116) - « Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Allah »
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Par Cheikh Younes Larbi
D'après Abou Saïd El-Khoudri (qu'Allah l'agrée), le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ne remercie pas les hommes ne remercie pas Allah » (Hadith authentique rapporté par Et-Tirmidhî). Et dans la narration rapportée par Et-Tabarani : « Les plus reconnaissants envers Allah sont ceux qui témoignent le plus de reconnaissance envers les gens ».
Ce noble hadith figure parmi les paroles prophétiques les plus riches de sens, auxquelles les savants ont accordé une attention particulière tant dans leurs explications que dans leurs déductions. Ils y ont mis en lumière les règles de conduite et les enseignements spirituels qu'il renferme, montrant que la gratitude envers les hommes procède de la gratitude envers Allah, tandis que l'ingratitude est un défaut moral incompatible avec la perfection de la foi et la noblesse de la fidélité.
Cependant, les paroles du Prophète ﷺ possèdent cette particularité remarquable que leurs significations ne s'épuisent jamais. Allah y a déposé une bénédiction et une profondeur telles qu'elles se renouvellent au fil des événements et continuent d'éclairer la communauté à chaque époque et en chaque circonstance où leur guidance mérite d'être méditée.
Ainsi, le présent article n'a pas pour ambition de proposer une explication générale de ce hadith, tâche dont les grands commentateurs anciens et contemporains se sont déjà admirablement acquittés. Il se propose plutôt d'en offrir une lecture particulière, inspirée par une circonstance exceptionnelle qui occupe une place privilégiée dans le cœur des musulmans de France : le centenaire de la Grande Mosquée de Paris.
Il n'est donc nullement fortuit que le thème de la gratitude soit celui de cette commémoration. Car si les cent années écoulées depuis l'inauguration officielle de la Grande Mosquée de Paris constituent un événement historique digne d'être rappelé, elles représentent également une grâce immense accordée par Allah, appelant notre reconnaissance, une responsabilité confiée aux générations présentes, exigeant leur fidélité, ainsi qu'une mission ininterrompue dont on ne peut parler sans évoquer celles et ceux qui en ont écrit l'histoire, porté les charges et servi la noble vocation avec sincérité.
La première attitude qui doit habiter nos cœurs en cette heureuse circonstance est donc la gratitude envers Allah, exalté soit-Il. Car c'est Lui qui est le véritable Bienfaiteur, le Premier et le Dernier. C'est Lui qui a décrété l'édification de cette Mosquée, qui en a préparé les causes, suscité les hommes et réuni les circonstances grâce auxquelles elle est demeurée, durant tout un siècle, un phare de l'islam, un refuge spirituel pour les musulmans, une Maison d'Allah où Son Nom est invoqué, où la prière est accomplie, où le Noble Coran est récité, où les sciences religieuses sont transmises, et d'où rayonnent la miséricorde, la connaissance et le dialogue.
Mais la Sunna prophétique nous enseigne également que la gratitude envers Allah ne saurait être complète sans la reconnaissance envers ceux par lesquels Allah a fait parvenir Ses bienfaits. Certes, Allah est l'unique Bienfaiteur, mais dans Sa sagesse, Il a voulu que chaque grâce emprunte des causes, que chaque œuvre soit portée par des hommes et que chaque mission soit transmise d'une génération à l'autre. C'est précisément dans cette perspective que s'inscrit la parole du Prophète ﷺ : « Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Allah », établissant ainsi que reconnaître les mérites de ceux qui ont œuvré pour le bien constitue un acte d'adoration par lequel le croyant se rapproche de son Seigneur, puisqu'il reconnaît ainsi la sagesse divine qui fait des serviteurs les instruments de Ses faveurs.
Dès lors, la célébration de ce centenaire est avant tout l'hommage rendu à une aventure humaine qui s'est déployée durant un siècle tout entier. Une œuvre façonnée par des hommes et des femmes, des savants, des imams, des responsables, des employés, des bienfaiteurs et des bénévoles. Certains sont demeurés dans la mémoire des hommes, tandis que beaucoup d'autres sont restés dans l'ombre. Mais leurs œuvres, elles, sont toutes parfaitement connues d'Allah, exalté soit-Il.
En de telles circonstances, la fidélité est plus éloquente que les discours. Car la véritable fidélité consiste à rappeler les hommes de mérite et à préserver le message pour lequel ils ont consacré leur existence. Depuis que cette Mosquée s'est élevée majestueusement au cœur de Paris, des générations successives se sont relayées à son service. Les époques ont changé, les circonstances ont évolué, les défis se sont multipliés, mais la mission est demeurée la même : faire de la Grande Mosquée de Paris une Maison d'Allah, un phare du savoir, un refuge pour les musulmans, une voix de l'islam de juste milieu, ainsi qu'un pont de dialogue et de connaissance mutuelle.
En cette circonstance, il nous appartient d'élever nos prières pour tous ceux qui ont contribué à la fondation et au rayonnement de cette noble institution depuis son inauguration en 1926. A leur tête figure son fondateur, Si Kaddour Benghabrit, puis tous ceux qui lui ont succédé dans la responsabilité de la Grande Mosquée de Paris, assumant chacun sa part d'efforts, de responsabilités et de sacrifices pour assurer la continuité de cette mission. Nous nous souvenons également des imams, des prédicateurs, des récitateurs du Coran, des muezzins, des enseignants, des employés, des ouvriers, des bénévoles, des bienfaiteurs et de tous ceux qui, par leur temps, leur savoir, leur énergie ou leurs biens, ont servi cette Maison bénie. Car la fidélité ne se limite pas aux titulaires de hautes fonctions, elle est un devoir envers quiconque a servi cette Mosquée, même si son nom demeure inconnu des hommes. Allah, quant à Lui, ne laisse jamais se perdre la récompense de ceux qui accomplissent le bien avec excellence.
Si ceux qui nous ont précédés ont accompli leur devoir et transmis le dépôt à ceux qui leur ont succédé, ce centenaire nous invite à méditer avec recueillement cette parole du Très-Haut : « Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été fidèles à l'engagement qu'ils avaient pris envers Allah. Certains d'entre eux ont accompli leur destinée, d'autres attendent encore, sans jamais avoir failli à leur engagement. » (Sourate El-Ahzab, 33, verset 23).
Qu'elle est éloquente, cette parole divine, en une telle circonstance ! Elle ne sépare pas les générations entre un passé révolu et un présent vivant, elle les réunit toutes dans une même fidélité. Les uns ont accompli leur mission avant de retourner vers leur Seigneur, les autres demeurent encore à leur poste, poursuivant la route et portant le flambeau afin de le transmettre, à leur tour, à ceux qui viendront après eux, comme ils l'ont eux-mêmes reçu de leurs prédécesseurs.
C'est ainsi que se construisent les grandes institutions : par une chaîne ininterrompue de femmes et d'hommes sincères, où chaque génération ajoute une pierre à l'édifice et transmet aux suivantes le dépôt reçu. Ainsi, le monument devient le témoin de la sincérité des hommes et de la noblesse de leurs engagements. La plus belle manière d'honorer leur mémoire consiste donc à préserver ce qu'ils ont préservé, à protéger ce qu'ils ont protégé et à poursuivre leur œuvre avec le même esprit de dévouement, de générosité et de sacrifice. Voilà la gratitude que fait naître une foi authentique, voilà la fidélité dont les fruits demeurent bien après la disparition des hommes.
Nous implorons Allah, alors que nous célébrons le centenaire de la Grande Mosquée de Paris, d'agréer les œuvres de tous ceux qui ont servi ce noble sanctuaire depuis sa fondation jusqu'à ce jour, d'accueillir dans Son infinie miséricorde ceux qui sont retournés vers Lui, de récompenser généreusement ceux qui poursuivent aujourd'hui cette mission, de bénir ceux qui porteront demain ce dépôt, et de faire en sorte que la Grande Mosquée de Paris demeure, durant son deuxième siècle comme elle le fut durant le premier, une Maison consacrée à Allah, un phare du Noble Coran, une école de savoir, un refuge pour les cœurs et un témoignage vivant que les œuvres accomplies exclusivement pour la Face d'Allah ne prennent jamais fin avec la disparition de leurs auteurs, mais continuent de produire leurs fruits aussi longtemps que leur héritage demeure vivant et que les générations se succèdent.
*Article paru dans le n°119 de notre magazine Iqra.
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