Le Hadith de la semaine (n°117) - L’ordre divin « Lis ! »… L’appel à la quête du savoir

Par Cheikh Younes Larbi
D’après Anas ibn Mâlik, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah ﷺ a dit : « La quête du savoir est une obligation pour tout musulman. » (Hadith jugé bon par voie de corroboration, rapporté par Ibn Mâjah, n° 224).
« Lis ! » : tel fut le premier appel adressé à l’être humain dans le Noble Coran, et comme la première clef ouvrant une ère nouvelle, fondée sur le savoir, la connaissance et la conscience. C’est cette parole que la Grande Mosquée de Paris a choisie pour donner son nom à sa revue : Iqra’, en écho à cet appel coranique intemporel et dans la conviction que la mission de la mosquée s’étend du mihrab de l’adoration aux horizons du savoir, de la récitation de la Révélation à sa compréhension, et de la connaissance à sa mise en pratique.
Le choix du nom « Iqra’ » est ainsi bien davantage qu’une simple appellation : il exprime une vocation et une démarche. La lecture ouvre la voie au savoir, le savoir conduit à la clairvoyance, et la clairvoyance mène à la perfection de l’adoration ainsi qu’à l’épanouissement de l’être humain et de la société. C’est dans cette perspective que ce numéro de la rubrique « Hadith de la semaine » revient sur le premier mot par lequel la Révélation inaugura son message : « Lis ! »
A cet ordre divin furent aussitôt associés la plume et l’enseignement : « Lis, par le Nom de ton Seigneur, le Très Généreux, Celui qui a enseigné par la plume, qui a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas » (El ‘Alaq, 96 : 3-5).
Le savoir occupe ainsi, en Islam, une place fondamentale dans l’édification de l’être humain. Il constitue une voie vers la connaissance d’Allah, la justesse de Son adoration et la construction d’une vie féconde.
La conception islamique du savoir embrasse les différents domaines de la connaissance. Elle englobe les sciences religieuses, qui éclairent le croyant sur son Seigneur, sa foi, ses adorations et les prescriptions de sa religion, comme elle englobe les sciences de l’univers et de la vie, par lesquelles l’être humain découvre les lois établies par Allah dans Sa création et contribue à la prospérité de la terre. L’astronomie ouvre ainsi à la contemplation de la grandeur du Créateur et de l’ordre de l’univers, la médecine contribue à préserver la santé et à soulager les souffrances, l’ingénierie participe à l’édification et au développement des sociétés, les technologies offrent de vastes possibilités d’innovation, de communication et de service à l’humanité.
Tout savoir fondé sur la recherche et la connaissance, orienté vers le bien, l’intérêt général et la réforme, constitue ainsi un domaine dont la communauté a besoin et dont l’humanité tire bénéfice.
Le hadith de ce numéro « La quête du savoir est une obligation pour tout musulman » vient rappeler la place du savoir dans la vie du croyant et son devoir de chercher à comprendre, à vérifier et à mettre en pratique ce qu’il apprend. Chaque musulman est appelé à acquérir les connaissances religieuses indispensables à sa foi, à son adoration, à ses relations, à sa vie familiale et à son comportement. Quant à l’approfondissement et à la spécialisation dans les sciences religieuses, ils relèvent des devoirs collectifs de la communauté, tout comme les différentes disciplines dont elle a besoin pour assurer son développement et répondre aux exigences de son époque.
A notre époque, marquée par un flux continu d’informations et par un accès immédiat aux fatwas, aux exhortations et aux contenus religieux, la quête du savoir implique également de savoir distinguer l’information du savoir, la notoriété de la compétence, et la rapidité de diffusion de la fiabilité du contenu. Les avis personnels peuvent se mêler aux fatwas, la prétention au savoir à la connaissance véritable, et les réflexions individuelles aux prescriptions de la Loi révélée. Le musulman doit donc apprendre à vérifier, à interroger les personnes qualifiées, à comprendre avant de transmettre et à mesurer ses paroles.
Parmi les signes d’un savoir véritablement enraciné figure la connaissance de ses propres limites, le recours aux spécialistes et la rigueur dans ce que l’on rapporte. Savoir dire « Je ne sais pas » lorsque l’exige l’honnêteté intellectuelle et religieuse est aussi une marque de science. La parole savante est une responsabilité : elle peut influencer une décision, une famille, un jeune ou encore la perception que l’on se fait de l’Islam. C’est pourquoi le Prophète ﷺ a dit : « Les savants sont les héritiers des Prophètes. » Cette succession est celle du savoir, de la guidance et de l’explication, elle implique sincérité, sagesse et exemplarité.
Le véritable savoir se reconnaît également à ses fruits dans la vie et le comportement de celui qui le porte. Le savoir religieux est une charge confiée par Allah, une responsabilité et une mission. Lorsqu’il s’unit à la sincérité et à la mise en pratique, il fait naître davantage d’humilité, de discernement et de sagesse, et rend celui qui le possède plus apte à orienter les autres avec justesse.
C’est ici que se révèle toute l’importance de la mosquée dans la vie des musulmans. Elle est à la fois un lieu de prière et d’adoration, un espace d’apprentissage, d’éducation et d’orientation, où le croyant trouve celui qui l’aide à comprendre sa religion, à répondre à ses interrogations et à affronter les questions nouvelles qui se présentent à lui.
Cette mission revêt une importance particulière pour les musulmans de France, qui évoluent au sein d’une société diverse et sont confrontés, avec leurs familles et leurs enfants, à des questionnements religieux, intellectuels et sociaux toujours renouvelés. Ils ont besoin d’une connaissance authentique de leur religion et d’une formation qui leur permette de comprendre leur environnement, d’y vivre avec conscience et équilibre, de préserver leur identité religieuse et de s’ouvrir à leur société avec responsabilité.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la mission de la Grande Mosquée de Paris : promouvoir le savoir, l’enseignement et la formation, offrir des espaces de connaissance et d’orientation, et contribuer à la formation d’imams et d’aumôniers porteurs d’un savoir solide, d’une compréhension juste de la réalité, d’une parole empreinte de sagesse et d’une réelle connaissance de la société au sein de laquelle ils exercent leur mission. L’imam qui accompagne les fidèles aujourd’hui doit ainsi maîtriser les enseignements religieux, tout en comprenant les personnes qu’il accompagne, leur langue, leurs habitudes, leur histoire, leurs interrogations, les défis auxquels leurs familles sont confrontées et les spécificités du contexte dans lequel elles vivent.
Enfin, les fruits du savoir se prolongent au-delà de la vie de celui qui le transmet. Le Prophète ﷺ a cité parmi les œuvres dont la récompense demeure après la mort « un savoir dont on tire profit ». L’enseignant disparaît, mais son élève demeure, le savant quitte ce monde, mais son œuvre continue de transmettre, l’imam s’en va, tandis que subsiste son empreinte dans le cœur de ceux qu’il a instruits, éduqués et guidés. Ainsi, le savoir devient une œuvre de bienfaisance dont les fruits se renouvellent au gré de ceux qui en bénéficient.
« Lis ! » nous ramène ainsi à son sens le plus profond : lis pour connaître, apprends afin d’adorer Allah avec clairvoyance, comprends avant de juger, vérifie avant de transmettre, mets en pratique ce que tu as appris, puis fais-en bénéficier autrui de ce qu’Allah t’a enseigné.
La quête du savoir est une obligation, sa transmission une responsabilité, sa mise en pratique un devoir, et son partage avec autrui une mission.
*Article paru dans le n°120 de notre magazine Iqra.
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