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Le Hadith de la semaine (n°120) - La Moubahala : fermeté dans la foi et éthique du vivre-ensemble

il y a 3 heures
11 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Hudhayfa qu’Allah l’agrée qui rapporte : « El ‘Aqib et Es-Sayyid, les deux chefs de Najran, vinrent trouver le Messager d’Allah ﷺ avec l’intention de procéder à la Moubahala. L’un d’eux dit alors à son compagnon : “Ne le fais pas ! Par Allah, s’il est véritablement un Prophète et que nous procédons à la Moubahala contre lui, nous ne connaîtrons jamais la réussite, ni nous-mêmes, ni notre descendance après nous.” Ils dirent ensuite : “Nous t’accorderons ce que tu nous as demandé. Envoie avec nous un homme digne de confiance et n’envoie avec nous qu’un homme digne de confiance.” Il répondit : “J’enverrai, assurément, avec vous un homme véritablement digne de confiance.” Les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ se mirent alors à espérer être choisis pour cette mission. Il dit : “Lève-toi, Ô Abou ‘Oubayda ibn El-Jarrah !” Lorsqu’il se leva, le Messager d’Allah ﷺ dit : “Voici le dépositaire de confiance de cette communauté”. » (Rapporté par El-Boukhari dans son Sahih, Livre des Expéditions militaires, chapitre « Le récit des gens de Najran », n° 4380, ainsi que dans le Livre des Mérites, chapitre « Les mérites d’Abou ‘Oubayda ibn El-Jarrah », n° 3745, Mouslim dans son Sahih, Livre des Mérites des Compagnons, chapitre « Parmi les mérites d’Abou ‘Oubayda », n° 2420, également rapporté par El-Hakkim dans El-Moustadrak, n° 5250, Et-Tirmidhî dans ses Sunan, n° 2999, et Ahmad dans son Musnad, n° 1608).


Ce hadith relate un épisode de l’histoire de la délégation des chrétiens de Najran, venue auprès du Messager d’Allah ﷺ pour débattre de la foi et de la mission prophétique. Après le dialogue et l’exposé de la vérité par le Prophète ﷺ, la discussion parvint au stade de la Moubahala.


La Moubahala consiste, dans ce contexte, à invoquer Allah afin qu’Il fasse tomber Sa malédiction et Son châtiment sur celui des deux partis qui ment. Il s’agit d’une démarche d’une grande gravité, qui ne saurait être assimilée aux discussions ordinaires, ni utilisée pour mettre un contradicteur dans l’embarras ou satisfaire un désir de victoire personnelle.


Ce qui retient particulièrement l’attention dans ce hadith, c’est que les deux hommes qui envisageaient la Moubahala renoncèrent à cette démarche lorsqu’ils prirent conscience de la gravité de l’enjeu. L’un d’eux dit à son compagnon : « Ne le fais pas ! », exprimant ainsi leur crainte des conséquences de la Moubahala si Mohammed ﷺ était véritablement un Prophète. Ils choisirent alors de conclure la paix et demandèrent au Prophète ﷺ de leur envoyer un homme digne de confiance. Il choisit pour cette mission Abou ‘Oubayda ibn El-Jarrah, qu’Allah l’agrée, et dit à son sujet : « Voici le dépositaire de confiance de cette communauté. »


Cette scène met en lumière la place éminente de l’amana, la confiance et la loyauté, dans l’islam. Lorsqu’il s’agit de préserver les engagements, les droits et les relations entre les personnes, la confiance constitue une qualité fondamentale.


Le hadith rappelle également un principe essentiel de la foi musulmane : le musulman croit à ce que le Noble Coran a révélé comme fondements de la foi. Il affirme que la mission de Mohammed ﷺ est véridique, que le Noble Coran est la Parole d’Allah et que l’Islam est la religion qu’Allah a agréée pour Ses serviteurs. Il s’agit là d’un élément explicite de la croyance sur laquelle repose la foi du musulman. Ce principe demeure établi, quelles que soient les croyances et les convictions des autres.


Dans le même temps, la fermeté dans la foi n’empêche nullement le musulman de traiter celui qui diffère de lui avec justice, bienfaisance, bon voisinage et respect des engagements. Le Noble Coran enseigne : " Allah ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre religion et ne vous ont pas expulsés de vos demeures. Certes, Allah aime les équitables" (El-Moumtahana : 8)


Il convient ainsi de distinguer la divergence dans les croyances de la manière de traiter celui qui est différent de nous. Notre divergence doctrinale avec les adeptes d’autres religions est clairement établie par les textes de la Révélation, notamment concernant la conception de la prophétie, de la révélation et de la nature de ‘Isâ - Jésus - عليه السلام. Cette divergence demeure aussi longtemps que subsistera ce monde. Le Noble Coran nous enseigne d’ailleurs que la diversité et la divergence entre les hommes font partie de la réalité humaine : " Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait fait des hommes une seule communauté. Or, ils ne cessent de diverger, sauf ceux auxquels ton Seigneur a fait miséricorde. "(Hûd : 118-119)


La persistance de ces divergences dans le domaine de la foi ne signifie toutefois pas l’absence de paix, de sécurité et de coopération dans la vie commune. Des personnes peuvent avoir des croyances différentes, vivre au sein d’une même société, respecter les droits les unes des autres, préserver la sécurité et la dignité de chacun, coopérer dans le bien et s’unir face à l’injustice et à l’agression.


Telle est l’une des orientations majeures du Livre d’Allah et de la Sunna : fermeté dans la foi, justice dans les relations, respect des engagements, considération de la dignité humaine et coexistence pacifique avec celui qui est différent.


Quant à la Moubahala, elle ne saurait être considérée comme une démarche ouverte à toute divergence, ni comme une formule à brandir dans les débats et les controverses. Il s’agit d’une affaire grave, qui intervient dans des questions doctrinales majeures, après que la vérité a été exposée et que les preuves sont devenues claires. Elle ne doit donc jamais se transformer en instrument de querelles personnelles, de disputes ou de polémiques sur les réseaux sociaux.


L’examen de ce hadith nous montre également que la force de la conviction religieuse n’a nul besoin de s’accompagner d’une offense envers celui qui pense autrement, et que le vivre-ensemble pacifique ne signifie nullement renoncer aux fondements de la foi. Le musulman peut exprimer avec clarté ce en quoi il croit, tout en respectant celui qui diffère de lui et en vivant avec lui dans la paix et la sécurité, dans le respect de la justice, des engagements et de la dignité de chacun.


La foi demeure ferme, les valeurs morales demeurent fermes, la justice demeure un principe constant, quant aux divergences entre les êtres humains, elles perdureront jusqu’au jour où Allah héritera de la terre et de ceux qui y vivent.

 


*Article paru dans le n°123 de notre magazine Iqra.




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