Le Hadith de la semaine (n°121) - La paix des cœurs commence ici

Par Cheikh Younes Larbi
D’après Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée), il a dit : « Je servais le Messager d’Allah ﷺ lorsqu’il faisait halte. Je l’entendais souvent dire : “Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le souci et la tristesse, l’impuissance et la paresse, l’avarice et la lâcheté, le poids des dettes et la domination des hommes”. » (Rapporté par El-Boukhari et d’autres).
Cette invocation prophétique, si concise dans sa formulation, renferme un remède à bien des épreuves qui alourdissent le cœur et éprouvent l’être humain. Elle revêt une importance particulière à notre époque, où les événements s’accélèrent, où les responsabilités se multiplient et où beaucoup vivent sous la pression du travail, de la famille, des charges financières et de l’inquiétude face à l’avenir. Pour le musulman vivant en terre d’accueil, s’ajoutent parfois l’éloignement des proches et du pays natal, la responsabilité des enfants, les défis de l’installation et de l’intégration, ainsi que des moments de solitude et d’inquiétude.
C’est pourquoi le Prophète ﷺ répétait fréquemment cette invocation, enseignant ainsi à sa communauté que prendre soin du cœur fait partie de notre attachement à notre foi et de notre équilibre dans la vie.
Le souci concerne ce que nous redoutons de voir advenir, tandis que la tristesse se rapporte à ce qui s’est déjà produit. L’être humain peut se laisser absorber par ce qui survient, au point d’oublier ce qu’il vit dans l’instant, ou demeurer prisonnier de ce qui est déjà passé au point de perdre la richesse de son présent. Cette invocation nous apprend alors à confier l’avenir à Allah, à regarder le passé avec lucidité et sérénité, et à agir dans le présent en prenant les moyens appropriés. Allah dit : « Afin que vous ne vous affligiez pas au sujet de ce qui vous a échappé et que vous ne vous réjouissiez pas avec excès de ce qui vous est accordé. » (El-Hadid, 57 : 23)
Vient ensuite la parole du Prophète ﷺ : « l’impuissance et la paresse ». Lorsque le souci se prolonge, il peut conduire à l’impuissance, puis à la passivité : l’homme cesse d’initier, remet à plus tard ce qu’il pourrait accomplir et finit par considérer ses difficultés comme supérieures à ses forces. L’optimisme en islam est ainsi une bonne espérance en Allah qui conduit à l’action : nous implorons l’aide d’Allah, puis nous avançons, prenons les moyens et accomplissons ce qui est à notre portée.
Nous demandons ensuite à Allah de nous préserver de l’avarice et de la lâcheté : l’avarice retient l’homme de donner, tandis que la lâcheté l’empêche d’avancer avec courage. La peur peut progressivement rétrécir l’horizon d’une personne jusqu’à la rendre hésitante à chaque pas. Le croyant, quant à lui, accomplit ce qui est en son pouvoir et confie les résultats à Allah, se rappelant Sa parole : « Dis : “Rien ne nous atteindra en dehors de ce qu’Allah a décrété pour nous. Il est notre Protecteur. Et c’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance.” » (Et-Tawbah, 9 : 51)
L’invocation s’achève par la demande de protection contre « le poids des dettes et la domination des hommes », c’est-à-dire le fardeau des dettes et les épreuves qui peuvent en découler, ainsi que l’oppression et la domination d’autrui. Ce sont des réalités que beaucoup connaissent aujourd’hui, notamment face au coût du logement et de la vie, aux responsabilités familiales et aux obligations supplémentaires qui peuvent accompagner la vie en terre d’accueil.
Nous comprenons ainsi toute la portée de cette invocation : elle réunit les blessures intérieures du cœur et les pressions qui pèsent sur l’être humain de l’extérieur. Elle nous enseigne que la paix du cœur repose sur une relation vivante avec Allah, l’adoration, la bonne compagnie, une famille unie, le travail, la concertation et le recours aux moyens appropriés.
Parmi ces moyens figure le fait de demander de l’aide lorsque cela devient nécessaire. Consulter un médecin ou un professionnel de la santé mentale lorsque la souffrance devient intense est pleinement compatible avec la confiance placée en Allah. L’invocation accompagne ainsi le recours aux soins : tous deux relèvent de la recherche des causes qu’Allah a mises à notre disposition.
La paix des cœurs que nous recherchons repose sur la capacité à traverser la tristesse, l’inquiétude et la peur avec une âme croyante : s’en remettre à Allah, placer en Lui sa confiance, demander Son aide, puis poursuivre son chemin selon ses possibilités, le cœur attaché à un Seigneur généreux qui connaît nos épreuves et décrète pour nous ce qui est meilleur.
Ô Allah, nous cherchons refuge auprès de Toi contre le souci et la tristesse, l’impuissance et la paresse, l’avarice et la lâcheté, le poids des dettes et la domination des hommes. Ô Allah, apaise nos poitrines, tranquillise nos cœurs, facilite nos affaires et accorde-nous, à chaque souci, un soulagement et, à chaque difficulté, une issue.
*Article paru dans le n°124 de notre magazine Iqra.
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