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Le Hadith de la semaine (n°124) - Entre la crainte de la mort et l’aspiration à la rencontre d’Allah

il y a 8 heures
10 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Aisha (qu’Allah soit satisfait d’elle), le Messager d’Allah ﷺ a dit :

« “Celui qui aime rencontrer Allah, Allah aime le rencontrer, et celui qui répugne à rencontrer Allah, Allah répugne à le rencontrer”. Je demandai alors : “Ô Prophète d’Allah, s’agit-il de l’aversion pour la mort ? Car nous éprouvons tous de l’aversion pour la mort”. Il répondit : “Il n’en est pas ainsi. Lorsque le croyant reçoit l’annonce de la miséricorde d’Allah, de Son agrément et de Son Paradis, il aspire à rencontrer Allah, et Allah aime le rencontrer. Quant au mécréant, lorsqu’il reçoit l’annonce du châtiment d’Allah et de Son courroux, il répugne à rencontrer Allah, et Allah répugne à le rencontrer”. »

Hadith authentique, rapporté par El-Boukhari dans son Sahih (Livre de la douceur des cœurs, chapitre : « Celui qui aime rencontrer Allah, Allah aime le rencontrer ») et par Mouslim dans son Sahih (Livre de l’invocation, de la supplication, du repentir et du retour à Allah, chapitre : « Celui qui aime rencontrer Allah, Allah aime le rencontrer »


L’être humain éprouve naturellement un sentiment de crainte dès lors qu’il est question du terme de son existence terrestre. Dans sa nature même, la mort représente une séparation d’avec ce qui lui est familier, un éloignement de ceux qu’il aime et une réalité mystérieuse devant laquelle son esprit demeure saisi d’appréhension. La législation islamique, venue guider et élever la nature humaine, nous éclaire à travers ce noble hadith en établissant une distinction essentielle entre l’aversion instinctive pour la mort et la répugnance à rencontrer Allah.


Le Prophète ﷺ nous enseigne ainsi que la crainte naturelle de mourir ne saurait être considérée comme un signe de faiblesse de la foi. L’être humain aime la vie, redoute la douleur et s’attache à ce qu’il connaît. Cette disposition relève de sa nature. Ce qui importe véritablement, c’est l’état de son cœur, son rapport à Allah et la manière dont il se prépare à comparaître devant Lui. La question fondamentale réside donc dans l’aspiration intérieure à rencontrer son Seigneur, dans l’espérance de Sa miséricorde et dans la confiance en Son agrément.


Les savants expliquent que la rencontre d’Allah évoquée dans ce hadith renvoie notamment au moment où la mort se présente et où le voile de l’invisible commence à se lever, laissant apparaître les premières annonces de la destinée ultime. A cet instant décisif, lorsque le croyant reçoit la bonne nouvelle de la miséricorde divine, de l’agrément d’Allah et du Paradis, son cœur s’apaise et son âme aspire à rejoindre son Seigneur. L’espérance prend alors le dessus sur les appréhensions naturelles, et la séparation d’avec les biens de ce monde devient plus supportable, tant son désir de rencontrer son Maître est grand.


A l’inverse, celui qui a consacré son existence au rejet de la vérité et au détournement des enseignements divins éprouve, lorsque lui apparaît la perspective du châtiment, une profonde aversion pour ce qui l’attend. Il s’attache alors à la vie terrestre, redoutant les conséquences de ses actes et la destinée qui se dévoile à lui.


Ce hadith nous rappelle également un principe fondamental : l’être humain récolte, dans l’au-delà, les fruits de ses choix, de ses œuvres et de l’orientation qu’il a donnée à son cœur. Dans un monde contemporain marqué par l’accélération du rythme de vie et par l’attrait des biens matériels, il est facile de se laisser absorber par les préoccupations terrestres, de multiplier les projets et de nourrir de longues espérances, tout en accordant une place insuffisante à la préparation de l’au-delà.


Le Prophète ﷺ nous invite ainsi à réorienter notre regard vers l’essentiel : celui qui fait d’Allah la finalité de sa quête et s’efforce de vivre dans Son obéissance trouve auprès de Lui la miséricorde et la bienveillance qu’il espère au moment du grand départ. Celui qui se détourne durablement de la vérité s’expose, quant à lui, aux conséquences de ses propres choix.


L’aspiration à rencontrer Allah est donc le fruit d’une vie animée par les bonnes œuvres, la sincérité et la confiance en la miséricorde divine. Lorsque le musulman avance sur le chemin de l’existence en maintenant un juste équilibre entre la crainte révérencielle et l’espérance, en persévérant dans l’obéissance à Allah et en cultivant la proximité avec Lui, il fait grandir dans son cœur une intimité spirituelle qui lui procure paix et sérénité.


Dès lors, la mort ne représente plus uniquement, à ses yeux, une fin redoutée, elle devient le passage vers une autre demeure, l’espérance de quitter les épreuves et les fatigues de ce monde pour accéder à l’immensité de l’au-delà et à ses délices, par la grâce et la miséricorde d’Allah.

 


*Article paru dans le n°127 de notre magazine Iqra.




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